15 mai 2026, 11h58

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Environnement & Protection de la nature

Les animaux sauvages comme boucs émissaires : ce qui rend les forêts françaises malades

Un nouveau rapport de l'État français réclame un «choc de régulation» contre les cerfs, chevreuils et sangliers, mais une contre-analyse montre que les véritables causes du dépérissement forestier résident dans la sylviculture industrielle, la fragmentation des habitats et le régime de perturbation de la chasse de loisir.

Rédaction Wild beim Wild — 15 mai 2026

Le rapport conjoint de l'État et de l'ONF pour la période 2026 à 2030 explique la crise des forêts françaises principalement par le changement climatique et une prétendue surpopulation d'ongulés sauvages.

L'analyse du « Collectif pour un Équilibre Forestier Naturel » s'y oppose : ce ne sont pas les animaux sauvages qui rendent les forêts malades, mais les monocultures, les coupes rases, les interventions lourdes sur les sols et une pratique de la chasse qui génère elle-même de nouveaux dégâts.

Le rapport et son biais

Le rapport CGAAER n° 24100 et le rapport IGEDD n° 015934-01 se lisent à première vue comme un document administratif sobre, mais leur orientation politique est claire. Ils misent sur un « choc de régulation des ongulés sauvages », c'est-à-dire sur des tirs massivement renforcés allant jusqu'à l'éradication locale. Parallèlement, le Comité technique national mis en place pour l'« équilibre sylvo-cynégétique » travaille avec une unilatéralité frappante, car les associations de protection de la nature et la science indépendante n'y sont pas représentées.

La contre-analyse en fait une critique systémique : celui qui ne considère la forêt que comme un espace de production et les animaux sauvages que comme un facteur de perturbation produit précisément cette mauvaise gestion qu'il présente ensuite comme une crise de la nature. Ce point est central pour wildbeimwild.com, car il rend visible la chasse non pas comme une solution, mais comme une composante du problème. Le texte ne s'en tient donc pas à la morale, mais à la question du pouvoir, de la souveraineté interprétative et des fausses causes.

Le mythe de la surpopulation

Selon la contre-analyse, la logique officielle repose principalement sur les chiffres d'abattage : davantage de prélèvements devraient automatiquement signifier davantage d'animaux. L'analyse qualifie cela de modèle autoréférentiel, car les plans de tir élevés reposent d'abord sur des hypothèses d'effectifs contestables, puis la réalisation ultérieure des plans sert de preuve à ces hypothèses. Un tel procédé ne prouve pas la surpopulation, mais la prédisposition politique et cynégétique du système.

L'exemple de la Forêt de Compiègne est particulièrement éloquent. L'Indice Nocturne d'Abondance y a chuté de 50,9 pour cent entre 2006 et 2019, tandis que le quota de tirs en 2020/21, malgré sa réduction, n'a jamais été pleinement atteint. La structure d'âge plaide également contre une population stable ou croissante : lorsque 90 pour cent des cerfs abattus ont moins de six ans, ce n'est pas le signe d'effectifs robustes, mais l'indice d'un appauvrissement démographique. Le lobby de la chasse ne peut donc pas marquer de points ici avec son récit habituel d'une « densité de gibier qui explose ».

Ce qui affaiblit réellement la forêt

L'analyse situe les véritables causes dans la transformation de la forêt en un espace industriel. Au lieu de forêts mixtes diversifiées, ce sont les monocultures qui dominent, surtout le douglas, l'épicéa et le pin, auxquelles s'ajoutent les coupes rases, le raccourcissement des cycles de rotation et les machines lourdes qui compactent les sols et détruisent les réseaux mycorhiziens. Ce n'est pas simplement une question d'entretien forestier, mais une atteinte aux fondements écologiques du système.

S'y ajoute une seconde industrialisation par la chasse de loisir elle-même. Miradors, layons, places d'agrainage, infrastructures de battue et, dans certaines régions, même des clôtures fragmentent davantage les espaces. Le résultat est une forêt qui ne fonctionne plus comme un écosystème complexe, mais comme un partage entre production de bois et gestion de la faune. C'est précisément cette logique qui aggrave les problèmes qu'elle prétend résoudre.

La chasse de loisir comme perturbation

La contre-analyse s'appuie ici sur plusieurs études d'écologie comportementale. La pression de chasse modifie les rythmes d'activité, le choix de l'espace et la physiologie des animaux, notamment par un stress accru, une activité nocturne et un repli vers des habitats plus denses et de moindre qualité. C'est le « Landscape of Fear » : les animaux ne réagissent pas à une prédation naturelle, mais à une persécution humaine.

La distinction est importante, car la chasse de loisir ne remplace aucun prédateur. Les prédateurs sélectionnent les animaux faibles ou malades et stabilisent ainsi les populations à long terme, tandis que les chasseurs amateurs prélèvent souvent des individus dominants, visibles ou aptes à devenir des trophées. C'est précisément ce qui engendre des effets sélectifs et évolutifs qui n'ont guère à voir avec une « régulation ». Et lorsque les dégâts d'abroutissement servent ensuite à justifier davantage de chasse, l'argument bascule définitivement dans un raisonnement circulaire.

Genève comme contre-exemple

La référence au modèle genevois est particulièrement forte. Depuis la votation populaire de 1974, il n'y a plus de chasse de loisir à Genève, la gestion de la faune sauvage étant assurée par les gardes-faune professionnels du canton. Genève démontre ainsi que la gestion de la faune sauvage fonctionne très bien sans tirs de loisir. Cela réfute l'affirmation selon laquelle l'absence de chasse de loisir entraînerait automatiquement un chaos écologique.

Les exemples internationaux vont également à l'encontre de cette dramatisation. Dans les Abruzzes, à Białowieża ou dans les régions sans chasse au renard, on observe des dynamiques écologiques stables ou robustes, bien que de grands herbivores ou prédateurs y soient présents. Ce n'est donc pas l'abattage généralisé qui est déterminant, mais l'intégrité de l'habitat.

Sources :

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