3’200 personnes pour les droits des animaux et presque invisibles dans les grands médias suisses
3'200 personnes ont manifesté à Zurich pour les droits des animaux – dans les grands médias en ligne suisses, le rassemblement est resté presque invisible.
Le samedi 15 août 2026, selon les organisateurs, 3’200 personnes ont manifesté à Zurich pour les droits des animaux.
L'Animal Rights March est parti de la Helvetiaplatz et a traversé le centre-ville de Zurich. Il était autorisé, annoncé publiquement et visible. Il s'agissait, selon les organisateurs, de la plus grande manifestation pour les droits des animaux jamais organisée en Suisse.
Par la suite, le rassemblement est resté pratiquement invisible dans les grands médias en ligne suisses examinés par Wild beim Wild.
Note sur la recherche : Wild beim Wild a effectué le 19 août 2026 des recherches en ligne concernant les comptes rendus de l'Animal Rights March à Zurich. Ont été examinés les résultats de moteurs de recherche ainsi que les sites web librement accessibles et les fonctions de recherche de plusieurs grands médias d'information suisses, dont 20 Minuten, Tages-Anzeiger, NZZ et SRF. Ne sont pas pris en compte les éventuels comptes rendus uniquement imprimés, les articles derrière un paywall, les émissions sans archive en ligne ou les contenus non indexés.
Une recherche ouverte portant sur «Animal Rights March Zürich», «Tierrechtsdemo Zürich», la date et des termes apparentés conduit à des annonces, des pages d'organisateurs, des vidéos et des publications sur les réseaux sociaux. En revanche, aucun compte rendu autonome et librement accessible réalisé par les grands médias en ligne suisses examinés n'a pu être trouvé.
Il n'est pas exclu que certains articles soient parus derrière des paywalls, exclusivement en version imprimée ou sur des canaux non indexés. Mais même dans ce cas, la question demeure : pourquoi une manifestation autorisée réunissant plusieurs milliers de personnes en plein cœur de Zurich ne laisse-t-elle presque aucune trace médiatique visible en ligne ?
Un rassemblement politique, pas un événement lifestyle
Dans de nombreuses rédactions, les droits des animaux sont encore traités comme un sujet de niche émotionnel. Comme une préoccupation de véganes, d'amis des animaux ou de militantes. Comme un mode de vie, un choix de consommation ou un appel moral.
C'est méconnaître la dimension politique.
Les droits des animaux concernent la régulation publique, l'agriculture, le commerce, les subventions, les prescriptions d'importation, le droit pénal, le transport d'animaux, l'abattage, l'expérimentation animale, la chasse de loisir et l'application du droit de la protection animale en vigueur. Ils touchent ainsi à la responsabilité de l'État, aux intérêts économiques et à la question de la valeur accordée à la vie et à la souffrance des animaux non humains dans une société démocratique.
Lorsque plusieurs milliers de personnes descendent dans les rues de Zurich pour ces thèmes, il ne s'agit pas d'une expression d'opinion privée en petit comité. C'est un événement politique visible publiquement.
Selon les organisateurs, l'Animal Rights March a été conçu de manière délibérément pacifique, colorée et non conflictuelle. C'est précisément ce qui pourrait, du point de vue de certaines rédactions, faire partie du problème : aucune intervention policière, aucun dommage matériel, aucune arrestation, aucun carrefour bloqué, aucune escalade.
Mais depuis quand une manifestation pacifique n'est-elle plus un événement digne d'intérêt ? Toute manifestation pacifique n'est pas automatiquement soumise à obligation de couverture – mais un rassemblement autorisé avec une mobilisation annoncée de 3’200 personnes à Zurich est du moins un événement politique dont il est compréhensible qu'il mérite d'être rapporté.
La visibilité dépend manifestement du thème
Toute manifestation n'a pas automatiquement droit à un long article. Les rédactions doivent faire des choix. Elles disposent d'un temps, d'un personnel et d'un espace limités. Mais un choix n'est jamais neutre.
Les médias ne décident pas seulement de la manière dont un sujet est traité. Ils décident aussi si un sujet apparaît tout simplement comme socialement pertinent. Ce choix façonne la perception publique bien davantage que de nombreuses rédactions ne veulent l'admettre.
Un rassemblement de plusieurs milliers de personnes à Zurich remplit des critères journalistiques classiques essentiels :
- Il est actuel et public.
- Il se déroule dans un lieu central.
- Il offre des images fortes et des déclarations claires.
- Il concerne des conflits politiques et économiques.
- Il mobilise un grand nombre de personnes.
- Il révèle une pression sociale en dehors des parlements, des associations et des entreprises.
Si un tel événement reste malgré tout à peine visible, la question se pose de savoir si les droits des animaux doivent franchir un seuil plus élevé que d'autres préoccupations dans le processus de sélection éditoriale.
Dans la perception médiatique, la protection animale n'apparaît souvent comme une nouvelle que lorsqu'un cas particulièrement cruel est rendu public, qu'un chien est sauvé, qu'une naissance dans un zoo est présentée ou qu'un scandale ne peut plus être ignoré. En revanche, l'exploitation systématique des animaux, les conditions-cadres politiques qui la sous-tendent et la résistance de la société à son encontre restent souvent invisibles.
L'omission est également une décision
Les médias suisses ne sont pas juridiquement tenus de rendre compte de chaque manifestation. Le Conseil suisse de la presse exige des journalistes une recherche de la vérité et le respect du droit du public à connaître la vérité. Il n'en découle toutefois aucune obligation générale de traiter chaque événement social pertinent.
Mais la liberté des médias ne signifie pas que chaque sélection éditoriale est automatiquement équilibrée ou socialement neutre.
L'omission est elle aussi une décision.
Celui qui rend régulièrement compte des traditions cynégétiques, des tirs de loups, des intérêts agricoles ou de la consommation de viande du point de vue des branches, des autorités et des organisations de lobbying, mais qui ignore la protestation politique en faveur des animaux, déplace la perception publique. Les intérêts de ceux qui utilisent, tuent ou exploitent économiquement les animaux apparaissent comme la normalité. Les intérêts des animaux et de leurs défenseurs, en revanche, sont traités comme un sujet marginal.
Il ne s'agit pas de censure étatique. Il s'agit d'un déséquilibre journalistique.
La conséquence est grave : ce qui n'apparaît pas n'est pas discuté. Ce qui n'est pas discuté ne génère aucune pression politique. Et ce qui ne génère aucune pression politique reste facilement en l'état.
Les animaux ne sont pas seulement un sujet marginal
En Suisse, un très grand nombre d'animaux non humains sont chaque année utilisés et tués pour l'alimentation, la chasse de loisir, la recherche, le divertissement ou d'autres fins économiques. Derrière ces chiffres se cachent des décisions politiques : lois, ordonnances, contrôles, subventions, autorisations exceptionnelles et pratique d'exécution.
Les animaux non humains ne peuvent pas manifester. Ils ne peuvent pas écrire de lettres de lecteurs, ni élire des parlementaires, ni convoquer de conférences de presse, ni payer de lobbyistes.
D'autant plus importante est la question de savoir si les médias perçoivent les personnes qui descendent dans la rue pour eux.
Lors de l'Animal Rights March à Zurich, 3’200 personnes se sont réunies selon les organisateurs, précisément pour faire entendre cette voix. L'événement avait été annoncé publiquement au préalable et présenté comme une manifestation autorisée.
Que ce rassemblement soit ensuite resté visible principalement sur les propres canaux du mouvement est plus qu'une simple information manquée. C'est un symptôme du peu de reconnaissance des droits des animaux comme question politique dans l'agenda médiatique suisse.
Les droits des animaux ont leur place dans la rubrique politique
Une couverture équitable ne doit pas reprendre chaque revendication. Elle ne doit pas non plus rendre compte de l'activisme de manière non critique. Les médias peuvent poser des questions, contextualiser les revendications, présenter les positions opposées et nommer les contradictions.
Mais ils devraient enfin traiter les droits des animaux pour ce qu'ils sont : un conflit de société sur le pouvoir, la responsabilité, le droit et la violence envers des êtres sensibles.
Cela implique :
- d'informer au moins sur les grandes manifestations pour les droits des animaux ;
- de ne pas rendre compte uniquement des sauvetages spectaculaires ou de scandales isolés ;
- d'analyser la chasse de loisir, l'élevage et l'abattage comme des systèmes politiques ;
- d'interroger les autorités et les secteurs sur des questions concrètes d'application ;
- de prendre au sérieux les connaissances scientifiques sur le bien-être animal, la gestion de la faune et les alternatives non létales ;
- de donner la parole à celles et ceux qui réclament une autre relation aux animaux.
La question n'est pas de savoir si chaque rédaction doit adopter la même position sur les droits des animaux. La question est de savoir si une opinion publique démocratique peut se permettre de reléguer régulièrement en marge un sujet aux conséquences éthiques, écologiques et politiques aussi profondes.
Le 15 août, 3’200 personnes sont descendues dans la rue à Zurich pour les animaux, selon les organisateurs. Les grands médias en ligne suisses auraient pu s'y intéresser. Ils ne l'ont manifestement guère fait.
RESTONS EN CONTACT !
Nous aimerions te faire parvenir les dernières nouvelles et offres dans la newsletter.
Soutiens notre travail
Avec ton don, tu contribues à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don maintenant →