Boussole des labels de la PSA : pourquoi «protection animale» est ici le mauvais terme
La boussole des labels de la Protection Suisse des Animaux évalue les modes de détention, et non l'acte de tuer lui-même.
La «boussole des labels» de la Protection Suisse des Animaux vise à offrir des repères dans le rayon de la viande.
Mais tandis que l'organisation compare les labels, le nombre d'animaux tués en Suisse augmente d'année en année. Une analyse sur la question de savoir où s'arrête la protection animale et où elle commence à stabiliser le système qu'elle devrait en réalité critiquer.
Une boussole qui indique la mauvaise direction
La Protection Suisse des Animaux (PSA) a lancé une nouvelle «boussole des labels». Elle évalue les labels de viande, d'œufs et de lait selon quatre catégories : très bon, bon, suffisant, insatisfaisant. L'objectif déclaré : «Peu de protéines animales, mais de meilleure qualité, produites de manière durable, avec respect envers les animaux de rente.»
Cela paraît raisonnable. Mais ça ne l'est pas, quand on regarde les chiffres qui se cachent derrière ce «respect».
86 millions de morts, avec une tendance à la hausse
En 2025, plus de 86 millions d'«animaux de rente» ont été abattus en Suisse. Cela représente 236’621 par jour, 9’859 par heure, 164 par minute. Au total, en 2025, environ 40’636 animaux de plus ont été tués que l'année précédente. Déjà en 2024, la Suisse avait établi un triste record avec plus de 85 millions d'animaux tués, dont la majeure partie étaient des poules, avec environ 82 millions. Entre 2014 et 2024, le nombre d'animaux abattus est passé de 68 à plus de 85 millions, surtout en raison du glissement vers la volaille.
Cette évolution ne se produit pas malgré, mais parallèlement à un paysage de labels croissant, que la PSA a précisément durant cette période contribué à façonner et dont elle porte une part de responsabilité. Si le nombre de décès augmente tandis que le débat sur les labels se différencie, il faut se demander ce que les labels produisent réellement.
Ce que la PSA admet elle-même
À l'occasion de la boussole des labels, le porte-parole du STS Manuel Iseli a déclaré ouvertement à Nau.ch que la production de denrées alimentaires d'origine animale était une « réalité sociale » dont on souhaitait améliorer les conditions. La mise à mort en elle-même n'est pas en débat. Elle est administrée, pas empêchée.
C'est précisément là que d'autres organisations de la scène de la protection animale s'opposent. Céline Schlegel d'Animal Rights Switzerland le résume dans le même article : « Beaucoup de souffrance animale est aussi permise dans la production sous label. » Même les labels les mieux notés occulteraient des formes centrales de souffrance, par exemple la panique des porcs lors de l'étourdissement au CO2 ou les douloureuses fractures du bréchet chez les poules pondeuses. Swissveg met également en garde contre un effet de « Moral Licensing » : celui qui achète un bon label se sent moralement déchargé et continue de consommer allègrement, au lieu de remettre fondamentalement en question sa consommation.
Le spécisme avec label de qualité
Le reproche contenu dans ces 86 millions va plus loin qu'une simple critique des labels. Il concerne la question de savoir quels animaux non humains sont considérés comme dignes de protection. Le terme pour cela est le spécisme : le traitement inégal des êtres vivants uniquement en raison de leur appartenance à une espèce, un concept que le psychologue Richard Ryder a forgé en 1970 et que Peter Singer a popularisé avec son livre « Animal Liberation ». Il est significatif que la mise à mort et la consommation de porcs et de bovins soient largement acceptées dans le monde occidental, tandis que la mise à mort de chiens et de chats est socialement réprouvée et légalement interdite, bien que ces animaux disposent de capacités comparables de ressentir la douleur et de nouer des liens sociaux.
C'est précisément ce schéma qui sous-tend la critique formulée au début : si 86 millions de chiens ou de chats étaient tués chaque année en Suisse, il y aurait un tollé national, des émissions spéciales, des interventions politiques, et sans doute aussi des réactions vives du STS lui-même. Pour les poules, les porcs et les bovins, on se contente d'une évaluation par label à quatre catégories. Ce n'est pas une différenciation neutre selon l'espèce animale, mais une hiérarchisation morale qui reproduit exactement la structure qui sous-tend le racisme et le sexisme : l'appartenance à un groupe décide de la valeur d'une vie, et non la capacité réelle de souffrir.
Si l'on applique la mesure de la protection des humains
Le terme « protection animale » suggère qu'un bien à protéger est ici au centre : la vie et l'intégrité de l'animal. Si l'on applique le même critère que celui que la société utilise pour la protection des êtres humains, cette suggestion s'effondre immédiatement. Aucune conception de la protection humaine ne permettrait qu'une organisation évalue les « conditions » dans lesquelles des personnes peuvent être tuées, puis appelle cela une « protection ». Une institution qui élabore des normes sur la manière dont une mise à mort doit se dérouler pour être considérée comme « bonne » plutôt qu'« insatisfaisante » ne ferait pas partie de la protection, s'il s'agissait d'êtres humains. Elle ferait partie du crime.
Ce que pratique le STS ne peut donc pas être qualifié plus justement de protection animale, mais plutôt de domaine social pour les animaux : une gestion des conditions de détention et de mise à mort au sein d'un système dont le postulat de base, à savoir que l'on peut tuer un être sensible sans qu'il y ait le moindre intérêt de sa part, reste intact. Le terme « protection » masque ce postulat de base. Il confère à une pratique administrative une légitimité morale qui ne lui revient pas, et la rend ainsi plus difficile à attaquer, précisément parce qu'elle se met elle-même en scène comme un progrès pour les animaux.
La montagne de viande nuit aussi à l'être humain, à l'environnement et au climat
Les 86 millions ne constituent pas un problème isolé de souffrance animale. L'agence de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé (CIRC) classe la viande transformée comme cancérogène et la viande rouge comme probablement cancérogène pour l'être humain, un jugement fondé sur l'analyse de plus de 800 études et qui établit le lien avant tout avec le cancer colorectal. Chaque portion supplémentaire de 50 grammes de viande transformée par jour accroît de manière mesurable le risque de cancer colorectal.
Pour l'environnement et le climat également, la forte consommation d'aliments d'origine animale est une cause majeure. L'agriculture et l'élevage émettent plus de gaz à effet de serre que l'ensemble du secteur des transports, une grande partie de ces émissions provenant de la culture des aliments pour animaux et des changements d'affectation des sols. La commission EAT-Lancet calcule qu'une transition mondiale vers une alimentation majoritairement végétale permettrait de réduire de plus de moitié les émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire et d'éviter chaque année jusqu'à 15 millions de décès prématurés. À cela s'ajoutent la pollution des eaux par les apports de nutriments et la perte de biodiversité due aux immenses surfaces requises par l'élevage.
Un label ne peut rien changer à ces ordres de grandeur. Il améliore ponctuellement certaines conditions de détention, mais laisse la quantité elle-même intacte, et c'est précisément cette quantité qui pose problème, tant pour le climat, la santé que pour le nombre d'animaux tués.
Complicité au lieu de protection
La STS n'agit pas de manière neutre à cet égard. Avec sa boussole des labels, l'organisation contribue activement à structurer la manière dont les consommatrices et consommateurs perçoivent et légitiment l'industrie de la mise à mort existante. Celui qui achète un label évalué «très bien» s'achète une bonne conscience, non pas l'absence de souffrance et de mort. L'animal meurt de toute façon, le plus souvent jeune, le plus souvent dans de grandes installations, le plus souvent sans que le public n'y regarde jamais.
Ainsi, la STS ne devient pas l'adversaire de cette réalité, mais l'un de ses stabilisateurs. L'organisation gère le statu quo au lieu de le remettre en question. C'est là la différence décisive entre un domaine social pour les animaux, qui veut améliorer les conditions de détention au sein de l'exploitation, et une position de droit animal, qui désigne l'exploitation elle-même comme le cœur du problème.
Les labels ne libèrent pas un seul animal du système
Un label peut améliorer graduellement une forme de détention. Il ne peut sauver la vie d'aucun des 86 millions d'animaux, car ce n'est justement pas son but. Celui qui accepte, sous couvert de prétendue «protection animale», que tuer soit fondamentalement acceptable tant que les conditions préalables sont bonnes, déplace la question éthique au lieu de la poser. Et celui qui fait cela avec une boussole promettant de l'orientation risque que cette orientation pointe précisément dans la direction où l'on tue le plus, au détriment des animaux, des humains, de l'environnement et du climat à la fois.
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