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Criminalité & Chasse

Les loups sous tirs permanents : la politique cynégétique suisse ignore la science

Le 9 décembre 2025, la Suisse se distingue en Europe par une chasse au loup sans équivalent : en l'espace de deux hivers, plus d'une centaine de loups ont été abattus de manière préventive, principalement des louveteaux. Malgré cela, le nombre de meutes continue d'augmenter. Les justifications officielles oscillent entre forêt protectrice, économie alpestre et sécurité. Les données racontent une autre histoire.

Rédaction Wild beim Wild — 9 décembre 2025

L'Office fédéral de l'environnement a désormais évalué les deux premières grandes phases de régulation 2023/24 et 2024/25.

Lors de la première phase (décembre 2023 à fin janvier 2024), les cantons étaient autorisés à abattre environ 100 loups ; 55 animaux ont effectivement été tués. Lors de la deuxième phase (septembre 2024 à fin janvier 2025), l'OFEV a approuvé l'abattage d'environ 125 loups, 92 ont été effectivement abattus, presque exclusivement de manière préventive. Neuf meutes entières devaient être éliminées. Pourtant, à l'issue de la deuxième phase, 36 meutes subsistaient, dont 25 avec des territoires entièrement situés en Suisse.

Actuellement, le monitoring du loup de KORA indique : pour l'année de monitoring 2025/26, 41 meutes sont déjà confirmées, dont 31 entièrement en Suisse et 10 transfrontalières. Par ailleurs, 130 louveteaux ont été recensés jusqu'à présent.

En d'autres termes : la Suisse mène l'une des chasses au loup les plus intensives d'Europe, sans que la population diminue. Elle continue de croître, seulement plus lentement. Pourtant, le discours politique ne parle plus de régulation des effectifs, mais de plus en plus ouvertement de décimation.

La chasse aux louveteaux comme stratégie de gestion – une grande expérience sans résultats

Une analyse de la RTS réalisée avec KORA révèle ce qui se cache derrière les chiffres austères de l'OFEV. En 2024, 221 loups ont été identifiés génétiquement en Suisse. Du début juin 2024 à fin janvier 2025, sept loups solitaires et 92 membres de meutes ont été abattus de manière proactive. Une grande partie d'entre eux étaient des louveteaux. Selon l'expert de KORA Sven Buchmann, environ 60 louveteaux ont été tués, soit près de la moitié de la cohorte annuelle.

L'idée : réguler les meutes sans éliminer systématiquement les animaux parentaux, afin de préserver la structure sociale. Quelles en sont les conséquences réelles sur le comportement, les dégâts, la génétique et l'acceptation ? Personne ne le sait. La KORA souligne que la Suisse mène avec cette orientation de régulation une expérience à l'échelle mondiale — des projets de recherche sont en cours, mais il n'existe encore aucun résultat fiable.

Parallèlement, l'OFEV écrit lui-même qu'il n'est pas possible, après deux périodes, d'évaluer ni l'évolution à long terme de la population ni les effets de la régulation sur le comportement des loups. Pourtant, année après année, de nouveaux droits d'abattage étendus sont inscrits dans l'ordonnance sur la chasse. La chasse au loup a donc explicitement lieu, alors que l'état des connaissances propres à l'administration décrit les effets comme largement non élucidés.

Les Grisons comme exemple : 48 loups abattus, une meute du Parc national anéantie

Le canton des Grisons fait figure de laboratoire pour cette ligne dure. Entre septembre 2024 et janvier 2025, 48 loups y ont été abattus. L'élimination complète de la meute du Fuorn, qui vivait en partie dans le Parc national suisse, a été particulièrement contestée.

Des analyses ADN ont révélé ultérieurement qu'une femelle d'un an appartenant au groupe était impliquée dans une attaque sur des bovins. Lors de la deuxième attaque, les traces étaient trop insuffisantes pour attribuer clairement un animal. Pourtant, toute la meute a été abattue. Le Parc national a critiqué le fait qu'il n'avait pas été consulté par la Confédération et qu'aucune approche alternative n'avait été examinée, malgré une pétition recueillant des dizaines de milliers de signatures.

C'est précisément ici que transparaît à quel point la logique de la chasse domine : le stock de grands prédateurs légalement protégés est massivement réduit à la demande des cantons et des administrations de chasse, alors que même au cœur d'un parc national, ni les effets écologiques ni les alternatives n'ont été sérieusement explorés.

Quelle est la réelle ampleur du problème du gibier en forêt ?

Un argument politique central affirme que sans une chasse intensive au chevreuil, au cerf et au chamois, et sans une régulation stricte des loups, la forêt en pâtit. Les abroutissements du gibier mettraient en danger les forêts protectrices et la transformation des peuplements vers des forêts résilientes face au climat.

Ses propres recherches dressent un tableau plus nuancé. Un aperçu à l'échelle suisse réalisé par la chercheuse de la WSL Andrea Kupferschmid et ses collègues montre que les forestiers évaluent l'impact de la faune sauvage comme faible ou négligeable sur environ 68 % des surfaces forestières analysées. 27 % se situent dans une catégorie intermédiaire, et seulement 5 % sont jugées insoutenables du point de vue sylvicole.

Certes, l'abroutissement peut causer des problèmes considérables à l'échelle locale — en particulier pour le sapin, le chêne et le sorbier des oiseleurs, qui sont importants pour la forêt de protection et l'adaptation au climat. Mais les données réfutent le récit selon lequel la Suisse serait en proie à un effondrement généralisé dû à l'abroutissement.

Ce que les loups accomplissent réellement en forêt — et ce qu'ils n'accomplissent pas

Le rôle écologique du loup est volontiers réduit à des slogans dans le débat public. Les uns espèrent un second Yellowstone, les autres mettent en garde contre une «forêt sans faune». Les deux positions sont trop simplistes.

Une synthèse sur l'influence des ongulés sauvages sur le rajeunissement forestier en Suisse montre que l'abroutissement constitue un facteur pertinent, mais qu'il varie fortement selon la région, l'essence forestière et la station, et qu'il n'est pas problématique partout.

Une analyse portant sur le rôle des loups sur la forêt et la faune sauvage conclut qu'une meute unique ne peut pas, «à elle seule», ramener les populations de gibier à un niveau souhaité dans un paysage culturel fortement anthropisé, mais qu'elle peut modifier considérablement leur comportement. L'abroutissement devient plus localisé, le gibier gagne en mobilité et se replie vers des zones rocheuses ou boisées. L'équation «loup = moins de gibier = moins d'abroutissement» ne fonctionne pas automatiquement ; les effets sont complexes et dépendent du contexte local.

La région du Calanda, où la première meute suisse a vu le jour, en est un exemple parlant : l'abroutissement des essences importantes comme le sapin, l'érable et le sorbier des oiseleurs a nettement reculé dans le territoire central de la meute, tandis que la pression peut s'intensifier dans les zones d'hivernage. Un tableau nuancé qui se retrouve à peine dans le débat politique.

Nouvelle grande étude : la chasse et l'utilisation des terres régulent les populations de cerfs, non le loup

Une étude internationale, menée par l'Université de Fribourg et publiée en 2023 dans le Journal of Applied Ecology, a analysé les facteurs influençant la densité des cerfs élaphe sur 492 sites répartis dans 28 pays européens. Résultat : dans les paysages culturels européens, la chasse humaine et l'utilisation des terres déterminent la densité des populations bien plus fortement que les grands prédateurs tels que le loup, le lynx et l'ours.

Ce n'est que là où les trois grands carnivores coexistent et où l'influence humaine est relativement faible que la densité de cerfs diminue de manière mesurable. Dans les régions alpines typiques, marquées par une chasse intensive, le tourisme, le pâturage et la sylviculture, l'influence numérique des grands carnivores reste faible.

Transposé à la Suisse, cela signifie : le nombre de cerfs, de chevreuils et de chamois qui traversent les forêts est déterminé avant tout par les régimes de chasse, les nourrissages, les surfaces agricoles, les sports de neige et les routes. Les loups modifient le comportement et la répartition des proies, mais ils ne réparent pas à eux seuls une gestion de la faune sauvage qui a été complètement mise à mal depuis des décennies, principalement en raison d'intérêts cynégétiques.

La protection des troupeaux fonctionne – et fragilise les arguments des chasseurs

Tandis que les milieux politiques et une partie du lobby cynégétique continuent d'augmenter les abattages, des données sont sur la table depuis des années qui montrent clairement ce qui réduit réellement les attaques sur les animaux de rente : la protection des troupeaux.

Une analyse du «Bote der Urschweiz» réalisée conjointement avec le Groupe Loup Suisse montre que le nombre d'animaux de rente tués par loup a diminué depuis le retour de l'espèce, passant de plus de 50 à désormais moins de 10 de manière constante. Raison principale selon le Groupe Loup : une meilleure protection des troupeaux.

Pour 2023, plusieurs sources attestent que dans les cantons les plus touchés, le Valais et les Grisons, les chiffres d'attaques ont reculé de 55 et 80 pourcent respectivement au premier semestre, tandis que la population de loups continuait d'augmenter. Les mesures de protection des troupeaux nouvellement mises en œuvre et financées par la Confédération — chiens de protection, clôtures et troupeaux accompagnés — ont été déterminantes.

Pourtant, le Conseil fédéral a parallèlement abaissé les seuils de dommages autorisant les abattages et facilité la régulation des meutes. Sur le plan scientifique, cela signifie : au lieu de développer de manière cohérente une stratégie qui fonctionne (la protection des troupeaux), les milieux politiques ancrent à égalité une seconde stratégie à peine évaluée scientifiquement (les abattages préventifs) — principalement pour satisfaire les milieux cynégétiques et agricoles.

La politique cynégétique en conflit d'objectifs avec la protection des espèces

L'ordonnance sur la chasse révisée définit un nombre minimal de seulement douze meutes de loups pour l'ensemble de la Suisse. Des spécialistes comme l'ancien directeur du Parc national Heinrich Haller parlent ouvertement d'une politique de décimation et critiquent le fait que cette valeur ne repose sur aucun fondement biologique, mais qu'elle est fixée politiquement.

Parallèlement, l'OFEV souligne dans son propre communiqué de presse que les conséquences de la régulation sur le comportement des loups et l'évolution future des effectifs ne peuvent pas encore être évaluées. Pourtant, cent animaux par an sont pris pour cible – dans une population de quelques centaines d'individus.

Pour la protection des espèces, cela signifie : une espèce strictement protégée par les conventions internationales est chassée si intensément au nom d'une «gestion des conflits» qu'un rôle écologiquement pertinent des loups dans le système forêt–faune–homme ne peut jamais se développer. Dans le même temps, les véritables leviers de la gestion de la faune sauvage – quotas de chasse, pratiques d'affouragement, zones de tranquillité hivernales, gestion du tourisme – restent largement intacts.

Ce dont la Suisse aurait besoin maintenant

Plutôt que des seuils d'abattage toujours plus bas et des éliminations de meutes à forte charge symbolique, la Suisse a besoin d'une politique de chasse et de faune sauvage articulée autour de trois principes simples :

  1. La primauté de la science sur le fusil
    Les mesures de gestion doivent être liées à des objectifs clairs et à des indicateurs mesurables. Sans contrôle indépendant des résultats, sans obligation générale de monitoring et sans données transparentes, la chasse au loup reste un réflexe politique, et non un instrument de politique environnementale fondée sur des données probantes.
  2. La protection des troupeaux d'abord, l'abattage en dernier recours
    Les données disponibles sur les attaques, les attaques par loup et l'efficacité de la protection des troupeaux indiquent clairement où les priorités devraient se situer. Les abattages peuvent désamorcer des cas isolés, mais ne remplacent pas une prévention financée à grande échelle et encadrée professionnellement.
  3. Rendre la politique de chasse honnête
    De grandes études sur les cerfs élaphes en Europe montrent que nous gérons nous-mêmes les populations de faune sauvage dans nos paysages cultivés – par la chasse, l'utilisation des terres et les dérangements. Lorsque les chasseurs affirment que seule une régulation stricte du loup peut sauver la forêt, cela contredit leur propre littérature scientifique internationale.

Au 9 décembre 2025, la chasse au loup en Suisse n'est pas un outil objectivement justifié dans une gestion finement équilibrée des écosystèmes, mais l'expression d'un rapport de force politique. Les loups sont abattus en grand nombre, bien que

  • les effectifs continuent de croître,
  • la protection des troupeaux se révèle efficace de manière démontrable,
  • les conséquences écologiques de la régulation restent largement inexplorées, et
  • les grands problèmes de la forêt sont liés en premier lieu au climat, à l'utilisation des terres et à la gestion humaine de la faune sauvage.

La question centrale n'est donc pas de savoir combien de loups «la Suisse peut supporter». La question est de savoir combien de temps une société moderne veut se permettre d'orienter sa politique en matière de faune sauvage sur des réflexes de politique cynégétique plutôt que sur la recherche, l'éthique et la responsabilité écologique à long terme.

Dossier : Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse

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