Valais : neuf défenseurs du loup condamnés pour un post Facebook
Neuf condamnations en Valais suite à un post «Defend the Wolf» : même une réaction par emoji peut être considérée par un tribunal comme une participation à une diffamation.
Le Ministère public valaisan a émis le 1er avril 2026 des ordonnances pénales à l'encontre de neuf défenseurs du loup, généralement sous forme de jours-amende avec sursis.
L'élément déclencheur est une publication de la page Facebook «Defend the Wolf» datée de la veille de Noël 2023, visant le grand conseiller UDC Grégory Logean. Ont été condamnées non seulement les personnes à l'origine du post, mais aussi des personnes qui s'étaient contentées d'y apposer un «J'aime» ou une réaction par emoji. L'affaire place au cœur du débat la question juridiquement délicate de savoir si un simple like sur Facebook constitue déjà une approbation punissable d'un contenu portant atteinte à l'honneur.
Le post en question du 24 décembre 2023
Au cœur de la procédure se trouve une publication apparue la veille de Noël 2023 sur la page Facebook de «Defend the Wolf». Cette page est gérée par l'association bernoise «Defend The Wolf», qui œuvre pour la protection des loups en Suisse. Rhône FM, première rédaction à avoir rendu l'affaire publique, cite les passages suivants du post :
«Vous êtes des criminels et vous devrez un jour répondre de vos actes devant un tribunal.»
«N'oubliez pas que vous êtes tout aussi vulnérables que d'autres espèces animales.»
«Vous serez traqués jusque dans votre dernier refuge.»
Un autre commentaire de la même page, accompagné d'une photo, ajoutait : «À l'heure actuelle, c'est la seule solution pour protéger le loup en Suisse.» Le message s'adressait aux chasseurs de loisir, aux gardes-chasse et aux politiciens qui soutiennent les décisions d'abattage de loups. Cette rhétorique menaçante retourne le langage de la chasse de loisir en faisant des chasseurs amateurs eux-mêmes des proies.
L'élément déclencheur de la plainte pénale
Plus lourds encore furent les commentaires apparus sous la publication sur la même page, documentés par Rhône FM dès début 2024. L'un d'eux indiquait, en substance, qu'il serait préférable que «le père Logean soit lui aussi liquidé». Cette formulation fut vraisemblablement la raison principale pour laquelle Logean déposa une plainte pénale début février 2024. Le canton fit ensuite entendre treize personnes.
Le rebondissement judiciaire
Le Ministère public valaisan a rendu neuf ordonnances pénales. Les infractions retenues : injure, diffamation et menaces, selon des qualifications variables d'une personne à l'autre. Sur les treize prévenus initiaux, neuf ont été condamnés ; les ordonnances pénales peuvent encore faire l'objet d'une opposition.
Logean s'est déclaré auprès de Rhône FM «satisfait du rebondissement judiciaire». Le politicien UDC a parlé d'un «signal nécessaire» de la justice, montrant que l'on «ne peut pas tout se permettre derrière son clavier et son écran». Logean est président de l'Association romande pour la régulation des grands prédateurs (ARRGP), qui milite pour une «régulation» renforcée des prédateurs — autrement dit, leur abattage.
Le like, une zone grise
Sur le plan juridique, le fait qu'au moins l'une des personnes condamnées n'ait ni rédigé ni partagé la publication, mais s'y soit simplement réagie par un emoji, est particulièrement sensible. Son défenseur, Grégoire Rey, reconnaît auprès de Rhône FM que la publication elle-même avait clairement «franchi le seuil du droit pénal». Il conteste néanmoins la condamnation et y voit «un cas d'école intéressant». La question centrale, selon Rey : «Le simple fait d'approuver quelque chose constitue-t-il déjà une participation à ce qui a été dit ?»
Un précédent existe depuis 2020 : dans l'arrêt de principe ATF 146 IV 23 (6B_1114/2018 du 29 janvier 2020), le Tribunal fédéral a établi que «j'aime» et «partager» augmentent de manière mesurable la visibilité d'une publication attentatoire à l'honneur et peuvent donc être punissables en tant que rediffusion d'une diffamation au sens de l'art. 173 ch. 1 al. 2 CP. Le tribunal a souligné en même temps qu'un like est «fondamentalement ouvert à l'interprétation» : il ne vaut pas automatiquement approbation en droit, mais est appréhendé par le biais de la rediffusion. La question de savoir si une rediffusion punissable est effectivement constituée requiert un examen au cas par cas.
Mise en contexte : la politique du loup en Valais
Ce cas est emblématique de la radicalisation croissante des positions entre le mouvement de protection du loup et le lobby des chasseurs amateurs en Suisse romande. Le canton du Valais mène la politique la plus agressive de Suisse en matière de gestion du loup : selon la KORA et le Service de la chasse, de la pêche et de la faune (DJFW), onze meutes valaisannes existaient en 2025, dont dix avec reproduction, pour 75 individus identifiés. Au cours de la période 2025/26 écoulée, 27 loups ont été tués en Valais au total : trois par décision d'abattage individuel et 24 dans le cadre de la régulation proactive du 1er septembre 2025 au 31 janvier 2026, dont sept jeunes issus de la régulation de base. Le conseiller d'État Christophe Darbellay a formulé l'objectif politique de réduire le nombre de meutes de onze à trois.
Parallèlement à la procédure engagée contre les neuf défenseurs du loup, l'association «Defend The Wolf» a elle-même déposé des plaintes pénales contre des internautes qui l'avaient insultée, elle et ses militantes, sur le web. La mobilisation réciproque de la justice témoigne du degré de polarisation atteint aujourd'hui.
Un point est indéniable : le ton sur les réseaux sociaux s'est radicalisé dans les deux sens. D'un côté, des menaces et des appels à traquer les chasseurs amateurs «jusque dans leurs derniers retranchements». De l'autre, des messages haineux visant les défenseurs du loup, les gardes-chasse chargés d'exécuter les abattages, ainsi que des scientifiques. L'affaire valaisanne constitue un test juridique pour les deux camps.
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