23 mai 2026, 10h18

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Chasse

Le Valais réclame le tir du lynx : abattre au lieu de protéger

En Valais, les associations de chasse de loisir et des politiciens réclament un projet pilote pour le tir du lynx, précisément dans le canton où ce prédateur strictement protégé a été, de manière avérée, braconné pendant des décennies.

Rédaction Wild beim Wild — 23 mai 2026

Plusieurs groupes d'intérêts demandent pour la première fois ouvertement en Valais un tir de régulation du lynx.

Le conseiller national Benjamin Roduit (Le Centre) a confirmé à «watson» que lors de la dernière assemblée de la Fédération cantonale valaisanne des chasseurs, on a discuté des prétendus dégâts causés par le lynx et que le canton souhaite mener un projet pilote dans une région cible avec l'accord de l'Office fédéral de l'environnement. Jean-Frédéric Sierro, président de la fédération de chasse Diana Romande, admet un «certain souhait» d'ouvrir la discussion, tandis qu'un chasseur de loisir restant anonyme parle déjà du fait que le territoire aurait été «nettoyé». Au niveau fédéral, la motion déposée en mars 2026 par le conseiller national Thomas Knutti (UDC) visant à «adapter le concept Lynx Suisse» accroît encore la pression.

Une espèce menacée qui commence tout juste à se rétablir

Ce que la revendication passe sous silence : le lynx n'est guère de retour en Valais. Le biologiste de la conservation bernois Raphaël Arlettaz documente que dans les années 2010, il n'existait plus que cinq à huit animaux indépendants et que seulement deux portées avaient été attestées. Ce n'est que depuis 2020 que la tendance s'inverse ; durant l'hiver 2024/2025, les spécialistes ont dénombré environ 30 lynx indépendants et huit portées comptant au moins onze jeunes. À l'échelle suisse, la fondation KORA, chargée du monitoring, continue de classer le lynx comme «fortement menacé», avec une priorité nationale très élevée. Déclarer qu'un rétablissement qui ne fait que commencer constitue déjà une surpopulation revient à inverser la réalité biologique.

Le canton à l'histoire de braconnage documentée

Si les populations valaisannes étaient à ce point basses, cela est dû à l'action humaine. Une étude de l'équipe d'Arlettaz avait déjà mis en évidence en 2020 dix-sept pièges à collet sur l'unique corridor migratoire du lynx du canton ; la densité de population s'élevait à environ un tiers de lynx par cent kilomètres carrés, alors qu'elle est plusieurs fois supérieure dans des régions alpines comparables. Au sein du service cantonal, la maxime selon laquelle un bon lynx est un lynx mort a prévalu pendant des années, plusieurs gardes-faune ont été soupçonnés de braconnage, et en 2024 encore, près de Crans-Montana,un lynx abattu a été retrouvé. C'est précisément ce canton qui déclare aujourd'hui que ce timide rétablissement constitue un problème.

Non pas le bétail, mais la concurrence pour le chevreuil et le chamois

L'argument du betail tue ne resiste pas aux donnees. Selon KORA, les chevreuils et chamois representent environ 88 pour cent des proies du lynx ; les attaques sur moutons ou chevres restent limitees dans l'espace et le temps et se concentrent surtout la ou la population sauvage est deja faible. Lorsque la motion Knutti evoque un lynx qui tuerait en quelques jours un nombre a deux chiffres de moutons, elle decrit une exception rare, non la regle. Le veritable conflit est ailleurs : dans un canton a chasse a patente comme le Valais, les chasseurs et chasseuses de loisir n'assument aucune responsabilite de reserve, ils sont en concurrence directe pour les memes chevreuils et chamois que le lynx. Une etude de KORA dans l'Oberland bernois a conclu que l'impact de la chasse de loisir sur la population de chamois est en moyenne plus important que celui du lynx.

Les memes milieux qui sapent la biodiversite

Il est piquant de constater que l'appel au tir vient precisement des milieux qui font obstacle au retour du lynx depuis des decennies. Si les populations valaisannes sont restees artificiellement faibles, c'est la consequence d'abattages illegaux ; au sein du service cantonal, plusieurs gardes-faune ont ete soupconnes de braconnage. Or, en tant que predateur, le lynx n'est pas un nuisible mais un stabilisateur : il prelevera de preference les animaux affaiblis et agit ainsi sur la sante des populations de chevreuils et de chamois ; selon les organisations de protection de la nature, une foret intacte a precisement besoin de cette selection naturelle. Vouloir abattre une espece-cle strictement protegee n'est pas faire de la protection de la nature, mais le contraire. La revendication sabote exactement la regulation que la chasse de loisir s'attribue par ailleurs.

La loi autorise deja des interventions

Aucun nouveau projet pilote n'est juridiquement necessaire. Le « Concept Lynx Suisse » et la loi sur la chasse permettent deja aujourd'hui le prelevement d'individus causant des dommages considerables, ainsi que, sous conditions strictes, une reduction de population, principalement par capture et translocation. Les dommages au betail sont indemnises a 80 pour cent par la Confederation et a 20 pour cent par le canton. L'OFEV declare ne disposer actuellement d'aucune information sur d'eventuels tirs de lynx en Valais, et le statut du lynx est reste inchange meme apres la derniere revision de la loi et de l'ordonnance sur la chasse. Qui exige malgre tout un regime special pour une espece menacee ne cherche pas a resoudre un probleme de moutons, mais a eliminer un concurrent alimentaire.

Plus sur le theme de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons des verifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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