14 mai 2026, 12h53

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Faune sauvage

Stérilisation des sangliers : quand la chasse de loisir échoue face à son propre échec

En France, la stérilisation des sangliers fait à nouveau débat. « Le Chasseur Français », l'un des porte-voix les plus traditionnels de la chasse de loisir française, s'empare du sujet et en révèle plus sur la crise de la chasse de loisir que ses auteurs ne le souhaiteraient. Car le débat sur la contraception du sanglier n'est rien d'autre qu'un aveu : la chasse de loisir, après des décennies, ne parvient pas à maîtriser le « problème du sanglier » qu'elle a elle-même créé.

Rédaction Wild beim Wild — 14 mai 2026

Des chercheurs de l'Universitat Autònoma de Barcelona ont mené des essais sur des sangliers en milieux urbains et périurbains avec le vaccin immuno-contraceptif GonaCon.

Le principe actif déclenche la production d'anticorps contre l'hormone GnRH, qui régule l'ovulation et la spermatogenèse. Selon les chercheurs, la méthode s'est révélée efficace et fiable chez les femelles traitées ; chez les jeunes mâles prépubères, l'inhibition semble même durable. Chez les animaux plus âgés, un rappel vaccinal est nécessaire.

C'est précisément cette perspective qui fait grincer des dents dans les médias proches de la chasse comme « Le Chasseur Français ». Car si GonaCon ou un produit similaire venait à s'imposer à grande échelle, la chasse de loisir perdrait son principal argument de légitimation : la « régulation nécessaire » d'une population de sangliers prétendument hors de contrôle.

Le boomerang de leurs propres pratiques

La vérité dérangeante que l'on évite d'évoquer dans les milieux de la chasse de loisir : l'explosion des effectifs de sangliers est en grande partie le fruit de leurs propres pratiques. Une étude de 22 ans menée par la scientifique Sabrina Servanty, publiée dans le « Journal of Animal Ecology », l'a démontré noir sur blanc. Dans les zones soumises à une chasse intensive, la fécondité des sangliers est nettement plus élevée que dans les régions peu chassées. Sous une forte pression de chasse, la maturité sexuelle intervient plus tôt, si bien que des laies de l'année sont déjà gestantes. La forte contribution démographique des jeunes à la reproduction est dès lors « très probablement la conséquence d'une forte pression de chasse plutôt qu'une stratégie de survie propre à l'espèce ».

À cela s'ajoute l'agrainage. Dans le district d'Altenkirchen en Rhénanie-Palatinat, au cours de l'année cynégétique 2006/07, dans un secteur de chasse, 780 kilogrammes de maïs par sanglier abattu ont été déposés sur 22 sites d'agrainage (source : Wildökologie Heute, 2012). La chasse de loisir nourrit donc massivement pour ensuite abattre, et se plaint ensuite d'effectifs trop élevés. Une étude tchèque a montré de manière éloquente que l'agrainage, lors des années de pleine fructification du chêne et du hêtre, stimule encore davantage la reproduction, car l'offre alimentaire naturelle est complétée par un nourrissage artificiel.

Des chiffres qui documentent un échec

En France, environ 36 000 sangliers ont été abattus lors de la saison 1973/74. Lors de la saison 2020/21, selon l'Office Français de la Biodiversité, ce chiffre s'élevait à environ 800 000 animaux. Une augmentation de plus de vingt fois, et pourtant la population est plus importante que jamais. En Allemagne, le tableau de chasse annuel est passé d'une moyenne de 477 000 animaux il y a dix ans à 625 000 lors de l'année cynégétique 2020/21. Les effectifs sont estimés entre 1,5 et 1,7 million d'animaux, soit environ 500 000 de plus qu'il y a une décennie.

Quiconque, face à de tels chiffres, continue d'affirmer que la chasse de loisir «régule» les populations de sangliers s'illusionne ou induit délibérément en erreur. Si les effectifs augmentent malgré une multiplication par dix des tableaux de chasse, la méthode n'est manifestement pas la solution pour les animaux, mais bien une partie du problème.

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La Drôme, un exemple gênant

Particulièrement embarrassante pour la chasse de loisir est une observation faite dans le département français de la Drôme. Là-bas, la population de sangliers n'est pas problématique, car le loup est revenu. Les chasseurs de loisir y déplorent qu'il y ait «trop peu» de sangliers à chasser. Cela démasque la prétendue intention de régulation pour ce qu'elle est : un besoin de loisir. Tant qu'il y a suffisamment à tirer, la chasse de loisir est satisfaite. Dès que des prédateurs comme le loup accomplissent gratuitement et efficacement le travail des prétendus «régulateurs», l'ambiance tourne au vinaigre.

Ce que le lobby de la chasse de loisir préfère taire

Dès que le sujet de la stérilisation est évoqué, la réaction du lobby de la chasse de loisir est un réflexe. Trop cher, trop complexe, techniquement irréalisable, chaque animal devrait être capturé individuellement. Ce discours peut être réfuté d'un seul coup d'œil sur la pratique appliquée aux pigeons des villes.

En Belgique, la substance active nicarbazine est autorisée depuis 2016 sous le nom R-12 et est utilisée sur plus de 100 sites, soutenue par des organisations de protection animale comme GAIA et Vets For City Pigeons. En Italie, le même produit est commercialisé sous le nom d'Ovistop depuis 2002. L'Espagne, la France, la Hongrie, Malte et les Pays-Bas y ont également recours. Dans la commune bruxelloise d'Ixelles, la population de pigeons a diminué de 40 pour cent en trois ans. À Zaventem, elle a baissé de 10 pour cent en seulement sept mois. Une étude catalane de 2024 a évalué jusqu'à huit années d'utilisation de la nicarbazine dans 24 villes, avec des résultats clairement positifs. Plus de détails dans l'article sur la Contraception des pigeons plutôt qu'abattage.

Les coûts par site restent raisonnables. Un distributeur automatique de nourriture, à remplir cinq jours par semaine pendant la saison de reproduction avec du maïs enrobé, et c'est tout. La ville de Cologne prévoit à cet effet à peine 23’000 euros par an. À titre de comparaison : rien que l'enclos d'accoutumance au sanglier de Zurich, à Elgg, a englouti 200’000 francs en frais d'investissement, financés par les contribuables. Ceux qui parlent ici de «trop cher» ont une comptabilité bien particulière. Pour en savoir plus sur ce projet douteux, voir l'article «Des chasseurs accros obtiennent un enclos à sangliers dans le canton de Zurich».

Les appâts oraux existent depuis longtemps, aussi pour les sangliers

L'argument technique selon lequel seule l'injection serait possible chez le sanglier ne résiste pas non plus à la vérification des faits. Dès 2010, Giovanna Massei et son équipe ont développé le Boar-Operated-System (BOS), un distributeur d'appâts spécifique à l'espèce. Un poteau métallique muni d'une plaque de base perforée et d'un cône mobile que seuls les sangliers peuvent soulever avec leur groin. Les autres espèces n'ont pas accès aux appâts. Lors d'essais sur le terrain, la consommation d'appâts par des espèces non ciblées a été empêchée à 100 pour cent, tandis que les sangliers utilisaient régulièrement l'appareil.

L'institut de recherche espagnol IREC a en outre développé un appât spécifique pour sangliers, qui convient également aux marcassins et résiste à la chaleur. L'UE dispose par ailleurs d'une longue expérience en matière de vaccination orale par appâts, notamment dans le cadre des programmes de lutte couronnés de succès contre la peste porcine classique chez les sangliers en Allemagne et en France. En 2025, des chercheurs coréens (Choe et al.) ont publié une étude sur un vaccin oral GnRH pour sangliers qui immunise simultanément contre la peste porcine. Selon des travaux de synthèse du Botstiber Institute for Wildlife Fertility Control, les contraceptifs oraux à base de phages constituent également une option réaliste.

En d'autres termes : ce qui fonctionne depuis des décennies pour la vaccination orale des renards contre la rage, ce qui fonctionne avec la nicarbazine chez les pigeons urbains dans plusieurs pays européens, est techniquement également possible depuis longtemps chez le sanglier. Ce qui manque, ce n'est pas la science, mais la volonté politique.

Kassel révèle le véritable schéma

L'exemple de Kassel montre à quel point le lobby de la chasse de loisir s'oppose de manière réflexe à toute alternative. À l'été 2025, l'Association fédérale d'aide à la faune sauvage y a lancé un projet pilote unique en Europe pour la stérilisation des ratons laveurs dans la « capitale du raton laveur » officieuse d'Allemagne, où l'on estime qu'entre 10 000 et 30 000 animaux vivent. Entièrement financé par l'association, sans un centime d'argent public, avec un budget total d'environ 30 000 à 50 000 euros. Accompagné scientifiquement par l'Université de Bonn. Mis en œuvre avec le soutien de dix vétérinaires et de 30 bénévoles, parmi lesquels figurent expressément aussi des chasseurs de loisir et des soigneurs de la faune sauvage.

Méthodologie rigoureuse : les animaux sont stérilisés, et non castrés. C'est une différence essentielle. Les organes sexuels sont préservés, seuls les canaux déférents ou les trompes sont sectionnés. Ainsi, le comportement territorial des animaux est maintenu, et leurs places ne sont pas occupées par des congénères migrants et capables de se reproduire. Astucieux du point de vue de la biologie des populations et exemplaire sur le plan de la protection animale.

Que s'est-il passé ? La Fédération des chasseurs de Hesse s'y est opposée, et la préfecture régionale a arrêté le projet après quelques semaines. Les réserves d'ordre juridique européen invoquées par le lobby de la chasse de loisir ont depuis été expressément réfutées par le ministère fédéral de l'Environnement. La stérilisation d'espèces invasives est compatible avec le règlement de l'UE. Le projet reste néanmoins gelé.

L'argument des fédérations de chasseurs de loisir? Les animaux stérilisés continueraient à "causer des dégâts". Mais cela vaut pour chaque sanglier, chaque renard et chaque martre dans les forêts allemandes. Selon cette même logique, il faudrait exterminer tous les animaux sauvages. Ce qui est en réalité défendu ici, ce n'est pas l'écosystème, mais le monopole des chasseurs de loisir sur la gestion des "animaux nuisibles". Une chasse de loisir qui pendant des décennies n'a pas été capable d'arrêter l'expansion du raton laveur s'oppose à toute alternative susceptible de rendre visible son échec.

Le Sénat CDU de Hambourg examine, malgré l'arrêt de Cassel, son propre projet de stérilisation. À Berlin également, le projet "Hauptsache Waschbär e.V." est en cours depuis 2022, avec des études préliminaires sur la stérilisation. D'autres pays sont plus avancés: en Finlande, en Suède et au Danemark, la méthode a été utilisée avec succès sur le chien viverrin. En Italie, sur les ragondins. La plateforme de l'UE sur les espèces invasives atteste expressément que cette approche est transposable. Ce qui fonctionne là-bas fonctionne aussi en Allemagne.

Le schéma est toujours le même. Qu'il s'agisse du sanglier, du raton laveur, du loup ou du renard, le lobby des chasseurs de loisir recourt par réflexe à son droit de veto dès qu'une alternative au fusil devient visible. Les justifications changent, le résultat reste le même: rien ne doit changer qui pourrait affaiblir la position de la chasse de loisir. Même lorsque des chasseurs de loisir engagés sur le terrain, comme à Cassel, souhaitent coopérer avec les associations de protection animale, l'appareil fédératif bloque.

La stérilisation comme composante d'une gestion moderne de la faune sauvage

Honnêtement, la stérilisation n'est pas non plus une solution miracle qui agit du jour au lendemain. L'effet contraceptif s'installe certes en quelques semaines chez les animaux concernés. Mais une réduction mesurable de la population ne se produit qu'au fil de plusieurs cycles de reproduction, car les animaux traités continuent à vivre et seule la descendance fait défaut. Les dégâts immédiats dans les champs de maïs ne seront donc réduits que dans quelques années grâce aux vaccinations d'aujourd'hui.

Mais c'est précisément là tout l'enjeu. Dans les espaces urbains et périurbains, où le tir est de toute façon interdit ou irresponsable pour des raisons de sécurité, il n'existe pas d'alternative rapide. Une modélisation stochastique pour le parc naturel de Collserola, près de Barcelone, a en outre montré que la stratégie la plus efficace est une combinaison: réduction des sources de nourriture d'origine humaine (donc pas de maïs aux postes d'agrainage, pas de poubelles ouvertes, pas de nourrissage par les riverains) et contraception.

Ce qui aiderait vraiment

Une gestion des sangliers véritablement orientée vers la protection des animaux et de la nature ressemblerait à autre chose que la pratique actuelle. Une interdiction stricte de l'agrainage au lieu de la tolérance actuelle envers les nourrissages massifs. Un retour à des périodes de protection efficaces, afin que les laies puissent élever leurs marcassins et que les structures sociales des compagnies ne soient pas démantelées par des tirs aveugles. Davantage de mesures d'effarouchement comme les clôtures olfactives, les clôtures électriques autour des cultures sensibles et les signaux acoustiques. L'acceptation des prédateurs naturels comme le loup et le lynx, dont l'effet régulateur est avéré. Et dans les zones urbaines et périurbaines, la contraception orale via des distributeurs d'appâts spécifiques à l'espèce, là où des battues à l'arme à feu ne sont tout simplement pas envisageables de manière responsable.

Que ce soient précisément ceux qui profitent du statu quo depuis des décennies qui s'opposent à chacune de ces mesures est cohérent. Mais cela révèle aussi que la chasse de loisir n'a jamais été primairement une question de régulation, mais bien un loisir subventionné qui se dissimule sous un mince vernis de rhétorique écologique. Le débat sur la stérilisation écarte un peu plus ce vernis. L'exemple de Kassel montre que même les associations nationales sont prêtes à bloquer des projets de protection animale qui ne cadrent pas avec leur corporation. C'est peut-être là le véritable mérite de ce débat. Il rend visible qui s'accroche réellement à quoi.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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