Quand le loup est limité mais que la chasse de loisir croît
En Allemagne, on discute depuis des années de prétendus plafonds pour les animaux sauvages. Le loup en particulier est au centre d'une campagne politique qui le présente comme un problème, une charge et un danger. Parallèlement, un autre facteur croît de manière quasi illimitée, sans débat écologique comparable : le nombre de chasseurs de loisir. Cette asymétrie n'est pas un hasard. Elle est politiquement construite, juridiquement sécurisée et médiatiquement stabilisée.
Le loup a été rétrogradé au sein de l'UE de «strictement protégé» à «protégé».
Le point de départ formel était l'adaptation de la Convention de Berne, entrée en vigueur le 7 mars 2025. Peu après ont suivi les décisions du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne pour modifier la directive Habitats. Cette reclassification est vendue publiquement comme une solution pragmatique. En réalité, elle signifie avant tout une chose : plus de marge de manœuvre politique pour les prélèvements, les abattages et une capacité d'action symbolique face aux groupes d'intérêt bruyants.
Ce qui est systématiquement passé sous silence : même avant la reclassification, il n'y avait pas de limite numérique fixe pour le loup. Le droit de la protection de la nature travaille avec le concept d'état de conservation favorable, pas avec des chiffres arbitraires. La reclassification maintenant décidée ne remplace pas ce principe de protection par de la science, mais par une logique administrative. Le loup devient déplaçable, disponible, régulable.
Il en va tout autrement de la chasse de loisir elle-même. En Allemagne, il n'y a pas de limite légale supérieure pour les détenteurs de permis de chasse. Qui réussit l'examen, est considéré comme fiable et présente une assurance, obtient le permis de chasse. L'augmentation souvent citée de 42 pour cent se réfère à environ trois décennies. Actuellement, il existe près d'un demi-million de permis de chasse. Ce nombre peut continuer à croître. Écologiquement, socialement et en termes de politique sécuritaire, il est à peine problématisé.
C'est là que réside le véritable scandale. Alors que pour le loup on parle constamment de limitation, la chasse de loisir reste presque non régulée comme source de perturbation humaine. Or l'effet écologique est clair : plus de chasseurs de loisir signifie plus de pression de chasse. Plus de présence dans la forêt, plus de chasses en battue, plus de chiens, plus d'activité nocturne, plus de coups de feu. Le stress pour les animaux sauvages augmente, les zones de refuge se réduisent, les périodes sensibles comme la mise-bas ou le repos hivernal sont systématiquement compromises.
La question souvent posée « Combien de chasseurs de loisir un biotope peut-il supporter ? » est délibérément mal posée. Un biotope ne supporte pas de perturbation arbitraire. Ce qui compte n'est pas le nombre absolu de permis de chasse, mais l'intensité de l'exercice de la chasse. C'est précisément là que manque toute vraie limitation. Les permis de chasse fonctionnent comme un ticket d'entrée dans un système de territoires, d'invités de chasse et de chasses collectives. Avec l'augmentation du nombre, la pression augmente pour remplir les plans d'abattage et créer des possibilités de chasse.
Le schéma ne se limite pas à l'Allemagne
En Suisse, cette double morale devient même institutionnellement visible, quand parallèlement à la critique de la pression de chasse, des décisions politiques soulagent ou normalisent les structures de chasse. Un exemple sont les baux réduits et les nouveaux territoires mis aux enchères, qui montrent comment le canton traite la chasse de loisir comme un usage à promouvoir. Ceci est politiquement pertinent, car cela ne conçoit pas la forêt comme un espace de protection, mais comme une ressource administrée pour une pratique de loisir.
Politiquement, ce déséquilibre est soutenu en racontant la chasse de loisir comme un pouvoir d'ordre. Elle ne vaut pas comme charge environnementale, mais comme instrument de « régulation ». Elle se soustrait ainsi précisément à cette logique qui est constamment invoquée pour le loup. Les animaux sauvages sont comptés, les chasseurs de loisir ne sont pas limités. Les animaux sauvages doivent s'adapter, la chasse de loisir peut croître.
Cette double morale n'est pas un problème marginal. Elle marque la législation, l'exécution et le débat public. Qui exprime une critique de la chasse se retrouve rapidement sous pression, comme le montrent aussi les cas où la protestation de la société civile est criminalisée ou délégitimée. Un exemple en est le traitement de la critique de la cruauté envers les animaux et des pratiques de chasse au niveau communal.
La proximité institutionnelle entre autorités de chasse, commercialisation et politique d'intérêt n'est pas non plus un cas isolé :
Qui parle sérieusement de protection de la nature doit nommer cette asymétrie. Il est incohérent d'exiger de la flexibilité pour le loup et pour la chasse de loisir de refuser toute limitation. Un débat écologique qui ne fait que compter les animaux mais exclut l'usage humain n'est pas de la science, mais de la politique de pouvoir.
La question centrale n'est donc pas de savoir s'il faut une limite supérieure pour le loup. La question est de savoir pourquoi il n'y a pas de limite écologique supérieure à la pression de chasse. Tant que cette question reste sans réponse, toute discussion sur la protection des espèces est incomplète et politiquement biaisée.
Défiguration du paysage par les miradors
Les miradors sont construits pour donner aux chasseurs de loisir une vue surélevée et une position stationnaire. Ils se dressent souvent pendant des années voire des décennies dans la même section forestière et constituent ainsi des interventions permanentes dans le paysage. Pour de nombreuses personnes, ils ne sont pas seulement des éléments perturbateurs dans la nature. Ils agissent comme des monuments d'un ancien ordre dont de larges pans de la société se sont depuis longtemps distanciés.
Dans des contextes critiques, cette impression visuelle est liée à des souvenirs historiques qui dépassent largement la simple pratique de la chasse. De nombreux citoyens et citoyennes perçoivent les nombreux miradors, généralement en bois, comme des images d'un passé qu'ils associent à des structures autoritaires. Dans les discussions sur les réseaux sociaux ou dans les lettres de lecteurs, cela est souvent exprimé ouvertement. Une analyse pertinente se trouve sur wildbeimwild.com sous le titre «Rampes d'abattage dans la tradition».
Cette perception n'est pas un affect négligeable. Elle montre à quel point les pratiques de chasse influencent l'image quotidienne et combien il est difficile pour de nombreuses personnes de s'identifier à des symboles comme les miradors. Pour de plus en plus d'utilisateurs de la forêt, de promeneurs et de familles dans la verdure, le paysage n'est pas perçu comme un espace de vie libre, mais comme un espace segmenté par l'usage humain. Lignes, arêtes et plateformes de tir marquent les limites de territoire, les «axes de tir» et les zones de chasse. Ce n'est pas une esthétique forestière naturelle, mais une intervention anthropogène.
La dimension écologique est tout aussi claire : les miradors peuvent créer des clairières, modifier les structures végétales, perturber les sites de nidification d'oiseaux et agir comme barrières pour les animaux craintifs. De nombreux animaux sauvages évitent les zones à forte présence humaine, particulièrement en présence d'infrastructures stationnaires comme les miradors. Cela conduit à des espaces de refuge fragmentés qui privent les espèces particulièrement sensibles de leur habitat. La prétendue «protection de la nature par la chasse de loisir» perd ainsi toute base écologique.
Quand les miradors deviennent toujours plus denses, les chasses en mouvement plus fréquentes et les espaces de refuge toujours plus petits, ce n'est pas seulement un problème pour les animaux sauvages. Qui parle de limites supérieures doit aussi parler d'infrastructure et de densité de chasse. C'est un problème de paysage pour nous tous.
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