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Criminalité & chasse

Gestion du loup en Valais : régulation sans fondement

Deux organisations révèlent des lacunes dans les demandes d'abattage – et remettent en question l'ensemble du système de régulation.

Rédaction Wild beim Wild — 12 octobre 2025

Le loup est de retour, et avec lui l'ancien réflexe de répondre au contrôle par le contrôle.

Dans le canton du Valais, ce réflexe est devenu une stratégie politique. Tandis que le conseiller d'État et chasseur de loisirchasseur Christophe Darbellay se targue de sa «ligne offensive» en matière de gestion du loup, des spécialistes et des organisations de protection de la nature tirent la sonnette d'alarme, écritblick.ch.

Deux d'entre elles, le Groupe Loup Suisse (GLS) et Pro Natura Valais, ont désormais mis au jour de graves lacunes dans les dossiers officiels de régulation du canton. Leur analyse, étayée par des travaux de terrain, des analyses génétiques et des observations de meutes, dresse un tableau qui va bien au-delà d'une simple négligence administrative. Il s'agit d'irrégularités systématiques, de criminalité et d'une violation des engagements internationaux.Lien vers le rapport.

Des bases scientifiques contestables

Les deux organisations ont étudié entre août 2023 et l'été 2024 cinq meutes de loups dans le Valais romand : Chablais, Hauts-Forts, Toules, Hérens-Mandelon et Nendaz-Isérables. Ces meutes se trouvaient toutes au cœur de demandes d'abattage déposées par le service cantonal de la chasse auprès de l'Office fédéral de la biodiversité (OFEV).

Selon les rapports transmis à l'OFEV, à la Convention de Berne et à la Large Carnivore Initiative for Europe (LCIE), bon nombre de ces demandes reposent sur des données erronées.

  • Double comptage des cas de dommages : dans plusieurs dossiers, des attaques identiques sur des animaux de rente auraient été répertoriées sur deux années consécutives (2023 et 2024) afin de justifier un montant de dommages plus élevé.
  • Données génétiques incomplètes : pour certaines meutes, les analyses ADN sont quasi inexistantes, ce qui rend pratiquement impossible l'identification correcte des individus ou des liens de parenté.
  • Absence de monitoring photographique : dans au moins un cas, même les données de base issues des pièges photographiques font totalement défaut.
  • Délimitations territoriales floues : les zones de transition entre meutes ne sont pas prises en compte, avec le risque que des loups extérieurs au groupe ciblé soient abattus.

De telles lacunes ne sont pas de simples erreurs formelles. Elles sapent le fondement scientifique de toute régulation et contredisent les exigences de la Convention de Berne et de la loi suisse sur la chasse, selon lesquelles les interventions ne peuvent reposer que sur des données fiables.

Quand la politique remplace la biologie

Au cœur des critiques se trouve une posture politique fondamentale qui conçoit de plus en plus la gestion du loup comme une question de pouvoir.

Depuis la révision de l'ordonnance sur la chasse en 2023, les cantons sont autorisés à intervenir de manière «préventive» dans les populations de loups, c'est-à-dire même en l'absence de dommages concrets aux animaux de rente. Le conseiller fédéral Albert Rösti et l'OFEV ont explicitement approuvé cette pratique de lachasse de loisir en 2024. Dans le Valais, cela signifie concrètement : entre septembre 2024 et janvier 2025, 34 loups ont été abattus, contre 27 l'année précédente.

Ce qui est particulièrement controversé, c'est que trois meutes dans leValais peuvent être totalement éliminées. Selon le GLS, cela contredit à la fois l'écologie des populations du loup et le principe des «interventions minimales», qui était à l'origine ancré dans laloi sur la chasse.

"Nous observons des décisions de plus en plus politiques plutôt que biologiques", déclare Isabelle Germanier, responsable romande du Groupe Loup Suisse. "Lorsqu'on délimite mal les territoires et qu'on abat des adultes plutôt que des louveteaux, on déstabilise les meutes — et c'est précisément cela qui peut conduire à davantage d'attaques contre les animaux de rente."

Tirs erronés et louveteaux orphelins

Germanier et son équipe ont documenté plusieurs cas dans lesquels des animaux adultes auraient apparemment été abattus avant le 31 octobre, en violation des directives de l'OFEV. Dans un cas au sein de la meute du Chablais, ce sont même des géniteurs qui auraient été touchés. Trois louveteaux ont été laissés pour compte, avec de faibles chances de survie.

Ces «confusions» ne sont pas nouvelles. Dès 2024, un cas similaire s'était produit, enregistré en interne mais jamais officiellement confirmé. Pour les deux organisations, il s'agit d'un problème systématique : trop peu de monitoring, trop de pression politique.

"Une meute discrète comme celle d'Hérens-Mandelon a été régulée alors qu'elle ne causait presque aucune prédation sur les animaux de rente", indique le rapport. "Cela montre que les critères définissant les 'meutes problématiques' ne sont pas appliqués de manière objective."

Entre droit et réalité

L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a jusqu'ici réagi avec retenue. Le délégué au loup compétent, Urs Wegmann, n'a pas encore pu prendre position en raison de son absence pour congés. Le service cantonal de la chasse, quant à lui, renvoie aux bases légales en vigueur et déclare ne pas commenter les rapports d'organisations privées.

Or, c'est précisément cette attitude qui fait partie du problème. La Suisse s'est engagée, dans le cadre de la Convention de Berne, à traiter le loup comme une espèce strictement protégée. Les tirs préventifs ou indiscriminés contredisent l'esprit de cet engagement, en particulier lorsqu'ils ne reposent sur aucun fondement scientifique.

Sur le plan juridique, le Valais évolue ainsi dans une zone grise, mais sur le plan politique, il avance à pleine vitesse. Darbellay avait déjà annoncé en 2024 vouloir s'entretenir avec le conseiller fédéral Rösti au sujet de «marges de manœuvre élargies», c'est-à-dire de tirs même en l'absence de dommages avérés.

Un symptôme de la manière dont on traite la faune sauvage

Ce qui se passe en Valais, au Tessin ou dans les Grisons n'est pas un cas isolé, mais un symptôme. Chaque fois qu'un animal génère des conflits avec des intérêts humains, la science devient accessoire.

Les données disponibles sur le loup en Suisse sont comparativement solides, mais elles ne sont pas exploitées de manière cohérente. Alors que d'autres pays misent sur un suivi intégratif et la recherche en matière de protection des troupeaux, le Valais s'en tient à un schéma défensif : problème = abattage.

Pourtant, des études montrent que l'abattage d'animaux isolés produit rarement l'effet escompté. Au contraire : lorsque les structures de meutes sont détruites, le risque d'attaques sur le bétail augmente, car les jeunes animaux inexpérimentés modifient leur choix de proies.

C'est scientifiquement établi. Politiquement, cela est ignoré.

Le prix de la politique symbolique

34 loups tués en un seul hiver ne relèvent pas de la gestion de la faune sauvage, mais de la politique symbolique. Ils signalent une capacité d'action face à un public exaspéré, notamment dans les régions de montagne où le loup est devenu une figure ennemie.

Mais à long terme, cette stratégie nuit également aux agriculteurs qu'elle est censée protéger. Lorsque les meutes deviennent instables, la pression sur la protection des troupeaux s'accroît. Et lorsque les critères scientifiques sont remplacés par des critères politiques, la gestion perd toute crédibilité.

Le Groupe Loup Suisse et Pro Natura Valais demandent donc que l'OFEV et le Secrétariat de la Convention de Berne examinent les pratiques valaisannes et, le cas échéant, engagent des mesures correctives.

«Nous espérons que c'est enfin la science et non la politique qui décidera de la régulation des prédateurs», déclare Germanier.

Le retour du loup est une success-story écologique et un défi de société. Mais quiconque y répond avec intransigeance politique plutôt qu'avec rigueur scientifique risque de causer plus de tort que de bien.

L'exemple valaisan montre à quel point la frontière entre gestion et démonstration de force peut être ténue. Une gestion crédible du loup doit reposer sur des données transparentes, des critères compréhensibles et une logique écologique. Tout le reste est arbitraire — et l'arbitraire est l'ennemi naturel de toute coexistence.

Action participative : En raison de la politique désastreuse du conseiller fédéral Albert Rösti (UDC), demandez à votre commune une remise des impôts fédéraux et cantonaux suite aux tirs de loups récemment autorisés en Suisse. Vous pouvez télécharger la lettre type ici : https://wildbeimwild.com/ein-appell-fuer-eine-veraenderung-in-der-schweiz/

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications des faits, des analyses et des reportages de fond.

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