Pourquoi la chasse suisse a un problème de suivi post-tir
La chasse suisse aime se présenter comme une forme responsable et professionnellement régulée de gestion de la faune sauvage. Dans la pratique, cependant, la réalité est tout autre : le nombre de recherches au sang et de tirs manqués reste élevé, et de nombreux animaux meurent lentement de blessures par balle qui auraient pu être évitées.
Des recherches menées dans plusieurs cantons, ainsi que des entretiens avec des gardes-chasse, des vétérinaires et des conducteurs de chiens, mettent en évidence un problème structurel qui n'a jusqu'ici guère été débattu publiquement.
Chaque saison de chasse enregistre plusieurs milliers de recherches au sang, c'est-à-dire des cas dans lesquels du gibier blessé doit être suivi sur de longues distances avant d'être achevé. Les statistiques officielles sont lacunaires, mais les administrations cantonales de la chasse confirment qu'une part significative du gibier abattu n'est pas touché mortellement sur le coup. Les conducteurs de chiens font état d'une augmentation du nombre d'interventions et d'un taux constamment élevé de tirs manqués ou partiels, qui concernent surtout les chevreuils et les sangliers.
En particulier dans les paysages alpins idylliques de la Suisse, là où la tradition cynégétique est profondément enracinée, l'image que se font d'eux-mêmes de nombreux chasseurs de loisir est en décalage avec la réalité — du moins lorsqu'on y regarde de plus près. La mission de la chasse — gestion du territoire, régulation des populations et mise à mort dans les règles de l'art — relève de la loterie. Trop souvent, les animaux restent blessés, non abattus, et doivent être retrouvés plus tard dans de grandes souffrances.
Un manque de régularité malgré le permis de chasse
Le permis de chasse ne garantit pas une maîtrise constante du tir. De nombreux chasseurs de loisir ne s'entraînent que pour les épreuves de tir obligatoires, et non dans des conditions réalistes. Les cibles en mouvement, la mauvaise visibilité, les angles prononcés ou les situations de stress sont rarement intégrés à leur entraînement. Alors que les gardes-chasse suivent une formation structurée, de nombreux chasseurs amateurs ne sont actifs que quelques jours par an — trop peu pour développer la régularité nécessaire.
De nombreux tirs manqués peuvent être attribués à des erreurs d'appréciation : la distance, le vent, la végétation et l'angle du terrain influencent considérablement la trajectoire. Les optiques modernes peuvent masquer des lacunes techniques, mais ne remplacent pas l'expérience. Même un équipement de haute qualité ne garantit pas un tir conforme à l'éthique cynégétique si l'utilisateur ne le maîtrise pas. En particulier dans le Mittelland après une battue.
La souffrance animale comme sous-produit systémique
Les organisations de protection des animaux dénoncent depuis des années que le taux de recherches au sang constitue un signal d'alarme révélateur de problèmes structurels. Chaque blessure qui ne provoque pas une mort immédiate signifie pour l'animal concerné des heures, voire des jours de souffrance intense — un aspect souvent marginalisé dans la communication officielle sur la chasse. Les vétérinaires spécialisés en faune sauvage confirment régulièrement la présence de blessures graves et non immédiatement mortelles sur des animaux retrouvés durant la saison de chasse.
L'un des problèmes fondamentaux est celui de la transparence. Les tirs manqués ne sont recensés que de manière incomplète ; les sanctions sont rares. La responsabilité est fréquemment individualisée plutôt qu'envisagée de manière systémique. Il n'existe ni programmes de formation obligatoires, ni contrôles réguliers des compétences, ni statistiques uniformes accessibles au public. Seuls quelques cantons tiennent un registre complet des recherches effectuées pour retrouver des animaux blessés par balle. Dans les Grisons, par exemple, une telle statistique existe, contrairement à de nombreux autres cantons. Dans la chasse grisonne, un cerf sur dix n'est que blessé au lieu d'être abattu. Des milliers d'animaux ne sont pas retrouvés lors des recherches au sang. De plus, les recherches ne sont pas effectuées pour toutes les espèces animales.
Le nombre élevé de recherches au sang en Suisse n'est pas le fruit du hasard, mais le symptôme d'une pratique cynégétique qui repose largement sur des chasseurs de loisir, sans imposer des contrôles suffisants ni des standards de qualité adéquats. Tant que les aptitudes au tir, l'étendue de l'entraînement et les taux d'erreur ne feront pas l'objet d'une vérification systématique, l'exigence d'une «chasse éthique et responsable» restera une promesse que de nombreux animaux paient au prix fort.
Dossier : Chasse et protection des animaux
De l'avis de l'IG Wild beim Wild, les chasseurs de loisir ont besoin d'unechasseurs évaluations médico-psychologiques annuelles d'aptitude selon le modèle des Pays-Bas, ainsi qu'une limite d'âge supérieure contraignante. Le groupe d'âge le plus important parmi les chasseurs de loisir est aujourd'hui celui des 65 ans et plus. Dans ce groupe, les limitations liées à l'âge telles que la baisse de l'acuité visuelle, le ralentissement des temps de réaction, les difficultés de concentration et les déficits cognitifs augmentent statistiquement de manière significative. Parallèlement, les analyses d'accidents montrent que le nombre de graves accidents de chasse avec blessés et victimes mortelles augmente significativement à partir de la cinquantaine.
Les signalements réguliers d'accidents de chasse, d'erreurs fatales et d'abus d'armes de chasse mettent en évidence un problème structurel. La possession privée et l'utilisation d'armes à feu létales à des fins de loisir échappent en grande partie à un contrôle continu. De l'avis de l'IG Wild beim Wild, cela n'est plus défendable. Une pratique fondée sur le meurtre volontaire et qui engendre simultanément des risques considérables pour les êtres humains et les animaux perd sa légitimité sociale.
La chasse deloisir repose en outre sur le spécisme. Le spécisme désigne la dévalorisation systématique des animaux non humains au seul motif de leur appartenance à une espèce. Il est comparable au racisme ou au sexisme et ne peut être justifié ni culturellement ni éthiquement. La tradition ne remplace pas l'examen moral.
Dans le domaine de la chasse de loisir en particulier, un examen critique est indispensable. Peu d'autres domaines sont à ce point marqués par des récits embellissants, des demi-vérités et de la désinformation délibérée. Là où la violence est normalisée, les narratifs servent souvent de justification. La transparence, des faits vérifiables et un débat sociétal ouvert sont donc indispensables.
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