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Éducation

Les oiseaux migrateurs souffrent des pesticides et de la disparition des insectes

Les néonicotinoïdes ne s'attaquent pas seulement aux insectes, mais aussi aux oiseaux. Une étude montre que les oiseaux migrateurs qui absorbent ces pesticides sont considérablement affaiblis.

Rédaction Wild beim Wild — 14 septembre 2019

Les oiseaux migrateurs sont sous pression. Le changement climatique décale l'offre alimentaire saisonnière, qui ne correspond plus vraiment à leur calendrier de migration. Les zones de halte disparaissent sous l'effet de l'utilisation des terres ou se transforment sous l'influence du changement climatique. Dans le bassin méditerranéen notamment, les oiseaux migrateurs sont aussi chassés (lisez plus à ce sujet ici). Et l'utilisation massive de pesticides dans l'agriculture fait diminuer les insectes, qui constituent une source de nourriture importante pour de nombreux oiseaux.

À tous ces problèmes s'ajoutent apparemment des atteintes directes à la santé causées par les pesticides de la classe des néonicotinoïdes. Les néonicotinoïdes sont des pesticides hautement puissants. Lorsque des oiseaux chanteurs consomment des graines traitées aux pesticides, cela perturbe leur comportement migratoire et, dans le pire des cas, compromet même leur survie. Ainsi, le néonicotinoïde imidaclopride inhibe l'appétit des oiseaux et prolonge leur durée de halte de plusieurs jours. Les oiseaux chanteurs deviennent ainsi plus vulnérables aux prédateurs, arrivent en retard à destination et ne trouvent alors peut-être plus de partenaire.

Perte de poids et départ retardé

L'absorption de quantités réalistes de l'insecticide a suffi, en quelques heures seulement, à faire manger moins les oiseaux, à leur faire perdre du poids et à retarder leur départ de leur zone de halte — autant de facteurs qui compromettent leurs chances de reproduction et de survie. Les oiseaux exposés à la dose la plus élevée ont notamment retardé leur départ de plusieurs jours, rapportent les chercheuses dans la revue spécialisée «Science».

Les quantités administrées, 1,2 ou 3,9 milligrammes par kilogramme de poids corporel, correspondent pour un bruant des marais à environ 0,03 et 0,1 milligramme. «Un grain de maïs traité contient 1 milligramme, une graine de colza 0,17 milligramme de néonicotinoïdes», explique Livio Rey de la Station ornithologique suisse de Sempach. Un granivore comme le bruant des marais aurait donc absorbé très rapidement la quantité utilisée dans l'étude.

L'étude souligne l'importance des effets non directement létaux des néonicotinoïdes sur d'autres groupes d'animaux que les insectes, a commenté Rey. Les animaux ne meurent pas directement des quantités d'insecticide absorbées, mais leur organisme est affaibli par le poison et se trouve alors moins bien préparé à faire face à d'autres défis.

En prenant l'exemple des bruants des neiges sauvages, des chercheurs ont démontré pour la première fois un effet négatif des néonicotinoïdes sur le comportement des oiseaux migrateurs. © Wolfgang Wander / CC-by-sa 3.0

Des études antérieures avaient déjà montré que ces pesticides à action neurotoxique sont loin d'agir uniquement sur les insectes, mais aussi sur les oiseaux et les poissons. C'est surtout en raison de leurs effets négatifs sur les insectes pollinisateurs tels que les abeilles que trois produits phytosanitaires contenant des néonicotinoïdes sont interdits en Suisse, dont l'imidaclopride.

Des résidus persistants

Toutefois, la majeure partie de ces insecticides hydrosolubles est entraînée sous forme de poussière ou par la pluie, et parvient ainsi dans des sols et des eaux situés bien loin des zones d'application. Ces substances y sont très persistantes, comme l'a notamment révélé une étude de la Station ornithologique de Sempach et de l'Université de Neuchâtel.

Pour ce faire, ils ont examiné dans le Plateau suisse 100 surfaces cultivées et 69 surfaces de promotion de la biodiversité (SPB), exploitées de manière conventionnelle (22 exploitations), selon les normes IP-Suisse (20) ou en agriculture biologique (20). Toutes les surfaces conventionnelles présentaient des résidus de néonicotinoïdes. Plus préoccupant encore, toutes les surfaces IP-Suisse, 93 % des surfaces bio et plus de 80 % des SPB étaient également contaminées par des néonicotinoïdes, certes à des concentrations nettement plus faibles. Ces contaminations provenaient vraisemblablement de poussières soulevées ou de dérive depuis des parcelles conventionnelles, ou avaient été introduites par les eaux souterraines ou de surface.

Même sur les surfaces de promotion de la biodiversité et sur des terres agricoles exploitées en agriculture biologique depuis plus de dix ans, des résidus de néonicotinoïdes sont présents dans le sol. Les insectes, araignées et vers de terre y ont été exposés de manière chronique à ces pesticides. Il serait difficile d'estimer l'ampleur des dommages causés par les effets directs des néonicotinoïdes sur les populations d'oiseaux, a indiqué Rey. Le déclin des insectes, et donc la perte de nourriture qui en résulte, joue également un rôle important. Face aux défis auxquels sont confrontés notamment les oiseaux migrateurs, les effets sublétaux des néonicotinoïdes mis en évidence dans l'étude peuvent toutefois avoir une influence déterminante.

«Face aux preuves croissantes des effets néfastes des néonicotinoïdes sur les abeilles, les poissons, les oiseaux et l'environnement en général, la question centrale est de savoir comment l'Office fédéral de l'agriculture a pu autoriser des pesticides aussi nocifs», estime Rey. «Autrefois, c'était l'insecticide DDT qui causait des dommages sanitaires bien au-delà des insectes. Aujourd'hui, ce sont les néonicotinoïdes, et après leur interdiction, il y aura probablement de nouveaux pesticides qui apporteront eux aussi des effets secondaires indésirables.» Il plaide donc pour un examen critique des procédures d'autorisation des nouveaux produits phytosanitaires et, si nécessaire, pour leur renforcement.

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