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Divers

Disparition des insectes : pire qu'on ne le pensait

Un tiers d'espèces d'insectes en moins en seulement dix ans : c'est ce que montre une étude à laquelle ont participé le WSL et l'Université de Berne. Les terres agricoles exploitées intensivement sont particulièrement touchées, mais aussi les forêts et les zones protégées.

Rédaction Wild beim Wild — 1. novembre 2019

Sur de nombreuses surfaces, on recense aujourd'hui environ un tiers d'espèces d'insectes en moins par rapport à il y a dix ans. C'est ce que révèle une étude menée avec la participation de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et sous la coordination de l'Université de Berne. Le recul des espèces touche en premier lieu les prairies situées dans un environnement à forte utilisation agricole, mais aussi les zones forestières et les zones protégées.

Toutes surfaces d'étude confondues, le nombre d'espèces d'insectes a diminué de plus d'un tiers en seulement dix ans.

Les données ont certes été collectées en Allemagne, mais les paysages choisis sont comparables à différentes régions de Suisse.

Ce sont surtout les espèces rares qui disparaissent

Pour leurs études, l'équipe de recherche internationale a collecté, entre 2008 et 2017, plus d'un million d'insectes sur près de 300 surfaces réparties dans trois régions d'Allemagne : le Brandebourg, la Thuringe et le Bade-Wurtemberg. Les surfaces sélectionnées allaient de milieux très naturels à des prairies et des forêts fortement exploitées sur le plan agricole ou sylvicole.

Beaucoup des quelque 2’700 espèces d'insectes étudiées sont en déclin. Les espèces rares en particulier ont complètement disparu de nombreuses surfaces.

Les études précédentes s'étaient concentrées soit exclusivement sur la biomasse, c'est-à-dire le poids total de tous les insectes, soit sur des espèces ou des groupes d'espèces isolés, a expliqué Sebastian Seibold de l'Université technique (TU) de Munich, selon le communiqué. «Il n'était jusqu'ici pas établi qu'une grande partie de l'ensemble des groupes d'insectes était effectivement concernée

Des espèces d'insectes, comme ce criquet des genévriers (Euthystira brachyptera), ont vu leurs effectifs nettement diminuer. Photo : Martin Fellendorf / Université d'Ulm

Une perte drastique de biomasse

Dans les prairies, le nombre d'espèces recensées a reculé de 34 % au cours de la période d'étude. Mais ce n'est pas seulement la biodiversité, la quantité totale d'insectes a également diminué, et de façon dramatique : la biomasse des insectes a enregistré une perte des deux tiers en dix ans.

Le déclin le plus marqué a été observé par les chercheurs sur des surfaces situées dans des environnements fortement exploités par l'agriculture. En particulier, les groupes d'insectes incapables de parcourir de grandes distances ont diminué. Cela suggère un lien avec l'agriculture, ce qui était déjà suspecté. Toutefois, il n'est pas encore possible de déterminer quel rôle jouent la perte d'habitat, l'utilisation accrue de pesticides ou le recours à des pesticides plus puissants.

Les forêts également touchées

La question de savoir si et dans quelle mesure les forêts sont également affectées par le déclin des insectes était jusqu'ici peu claire. Là aussi, les scientifiques ont constaté une régression : la biomasse des insectes a diminué de 41 pourcent. Le nombre d'espèces a reculé de 36 pourcent. Aussi bien les forêts de conifères exploitées à des fins sylvicoles que les forêts non exploitées dans des zones protégées ont perdu des insectes, selon l'étude.

Contrairement aux prairies, ce sont surtout les espèces capables de parcourir de longues distances qui ont régressé en forêt. Un lien éventuel avec l'agriculture reste ici encore incertain : «Nous devons encore déterminer si les espèces plus mobiles entrent davantage en contact avec l'agriculture lors de leur dispersion hors de la forêt, ou si les causes sont également liées aux conditions de vie dans les forêts», a expliqué Martin Gossner, auteur de l'étude à l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).

Un déficit de données considérable en Suisse

Les données sur le déclin des insectes font jusqu'ici défaut en Suisse. C'est un déficit énorme. Mais les données allemandes laissent également présager le pire pour la faune entomologique suisse : en matière d'utilisation d'engrais et de pesticides, il n'existe pas de grandes différences entre l'UE et la Suisse.

Afin de combler ces lacunes, un chercheur indique qu'il a soumis avec des collègues une demande au Fonds national suisse (FNS) pour un Pôle de recherche national consacré aux causes et aux conséquences de la perte de biodiversité en Suisse. En cas de réponse favorable, une vaste étude à long terme pourrait démarrer au plus tôt l'année prochaine et devrait alors durer plusieurs années. «Mieux vaut tard que jamais», a conclu le chercheur.

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