Texte type : protéger la forêt protectrice et les prédateurs
Les forêts protectrices constituent une infrastructure pertinente pour la sécurité. Elles protègent les personnes, les agglomérations et les voies de communication contre les avalanches, les chutes de pierres et les glissements de terrain. Parallèlement, elles deviennent de plus en plus le terrain de jeu de la chasse de loisir sous prétexte de «régulation des effectifs». Les prédateurs naturels comme le loup et le lynx, qui pourraient soulager les forêts protectrices, sont en revanche chassés ou refoulés.
1. Motion
Le Conseil d'État est chargé de soumettre au Grand Conseil un projet de modification de la loi sur la chasse et la protection de la faune sauvage (……… ), de la loi forestière (……… ) ainsi qu'éventuellement d'autres ordonnances dans le domaine de la prévention des dangers naturels et de l'aménagement du territoire, par lequel dans le canton (……… ) la forêt protectrice est explicitement protégée des conséquences négatives de la chasse de loisir et une politique de la faune sauvage résolument orientée vers la forêt, les prédateurs et les dangers naturels est ancrée. La révision législative doit notamment garantir
- que dans le droit cantonal, le concept de forêt protectrice et sa fonction primaire, la protection des personnes, des infrastructures et des agglomérations contre les dangers naturels, soient clairement définis et établis comme intérêt public prioritaire face aux intérêts récréatifs cynégétiques.
- que dans les forêts protectrices désignées et dans les zones sensibles aux dangers naturels
- les chasses battues, les chasses à l'approche et les chasses en mouvement comparables soient interdites
- l'usage de chiens pour la chasse en forêt protectrice soit prohibé
- la chasse nocturne, les chasses spéciales et les activités cynégétiques fortement perturbantes soient fondamentalement exclues ou limitées à des cas d'exception justifiés, compatibles avec la prévention des dangers naturels, la protection des animaux et la protection des prédateurs.
- qu'aucune nouvelle infrastructure cynégétique comme les miradors, les affûts, les places d'appât, les nourrissages ou les pistes de chasse ne soit autorisée dans les forêts protectrices et que les constructions existantes illégales soient progressivement supprimées ; la motion « Miradors illégaux : libérer les forêts de l'expansion cynégétique anarchique » doit être prise en compte.
- que les concepts forêt-gibier pour les zones de forêts protectrices contiennent impérativement
- une analyse globale des causes des problèmes de régénération, y compris le stress climatique, les pratiques forestières passées, les monocultures, la pression des loisirs, l'abroutissement et le rôle des prédateurs
- l'influence de la chasse de loisir sur le comportement des animaux, notamment le refoulement vers les forêts protectrices pentues et difficiles d'accès et la concentration de l'abroutissement, soit explicitement prise en compte
- le loup, le lynx et autres prédateurs soient considérés comme partie intégrante de l'écosystème forestier protecteur et que leurs effets positifs sur les populations d'ongulés sauvages soient intégrés dans les concepts
- les organisations de protection des animaux et de protection de la faune sauvage soient impliquées à égalité avec la chasse, la sylviculture et l'agriculture.
- que dans les zones de forêts protectrices s'applique le principe :
- priorité aux mesures sylvicoles et d'aménagement du territoire comme les forêts mixtes, la richesse structurelle, la gestion de la lumière, les zones de tranquillité et d'interdiction, la réduction des perturbations ainsi que la promotion des mécanismes de régulation naturelle par les prédateurs avant les interventions cynégétiques
- les mesures cynégétiques ne sont autorisées que là et dans la mesure où elles contribuent manifestement à la fonctionnalité de la forêt protectrice et ne servent pas prioritairement aux intérêts de loisir ou à la chasse aux trophées.
- que pour les grands prédateurs comme le loup et le lynx dans la forêt protectrice et dans les zones centrales adjacentes
- les interventions cynégétiques et les tirs soient fondamentalement exclus, sauf dans des cas d'exception étroitement définis et réglementés par la loi
- les activités cynégétiques soient orientées de manière à ce que les corridors migratoires, les territoires et les espaces de refuge de ces espèces ne soient pas systématiquement perturbés ou fragmentés
- les mesures de protection des troupeaux, les règles d'indemnisation et la communication avec les détenteurs d'animaux concernés soient renforcées, au lieu de réguler les prédateurs par la chasse de loisir.
- que le Conseil d'État examine comment passer à moyen terme dans les forêts protectrices à une gestion professionnelle de la faune sauvage sous responsabilité étatique, où les interventions délicates sur les populations d'ongulés sauvages seraient effectuées par des gardes-faune ou d'autres spécialistes et la chasse de loisir progressivement réduite ou supprimée dans ces zones.
- que dans la planification cynégétique et les directives de tir soit expressément évité qu'une forte pression de chasse en terrain ouvert refoule systématiquement les animaux vers les zones de forêts protectrices et y concentre artificiellement l'abroutissement. Les conflits d'objectifs correspondants doivent être révélés dans les concepts, de même que le rôle des prédateurs qui peuvent réduire de telles concentrations artificielles.
- que le Conseil d'État expose dans le message notamment
- quelles surfaces de forêts protectrices existent dans le canton (………) et comment leur utilité économique nationale est évaluée
- comment ont évolué les populations de gibier, la situation d'abroutissement, la présence du loup et du lynx ainsi que l'utilisation cynégétique dans ces surfaces au cours des 10 à 20 dernières années
- quels moyens publics sont investis annuellement dans l'entretien des forêts protectrices, les clôtures, les mesures de régénération, les projets de dangers naturels et les mesures de protection des troupeaux et comment ces coûts se situent par rapport au prétendu « service gratuit » de la chasse de loisir.
Le Conseil d'État tient compte dans son projet des dispositions transitoires nécessaires, notamment pour les planifications cynégétiques en cours, les autorisations de chasse existantes, les projets de protection des troupeaux et les projets de forêts protectrices déjà commencés.
2. Justification succincte
Les forêts protectrices ne sont pas des forêts d'exploitation ou de loisir quelconques. Elles protègent les zones habitées, les voies de communication et les infrastructures contre les avalanches, les laves torrentielles, les chutes de pierres et les glissements de terrain. La valeur économique de cette fonction protectrice est énorme. Parallèlement, les forêts protectrices font l'objet d'une exploitation cynégétique intensive. Les chasses en battue, l'utilisation de chiens et la forte pression de chasse sont justifiées par la nécessité d'assurer le rajeunissement forestier, bien que les liens soient plus complexes.
L'abroutissement du grand gibier est réel, mais n'est qu'un facteur parmi d'autres. Le stress climatique, des décennies de monocultures, un manque de structure dans les peuplements, d'anciennes pratiques forestières et la pression croissante des loisirs sur la forêt contribuent largement à cette situation fragile. La chasse de loisir aggrave souvent les problèmes au lieu de les résoudre. La forte pression de chasse en terrain découvert et dans les parties forestières facilement accessibles repousse cerfs, chevreuils et chamois vers les forêts protectrices escarpées et difficiles d'accès. L'abroutissement s'y concentre, ce qui est ensuite invoqué comme argument pour encore plus de chasse.
Les prédateurs naturels comme le loup et le lynx agissent différemment. Ils ne chassent pas selon un plan de chasse et un permis, mais selon des critères écologiques. Ils sélectionnent plutôt les animaux malades, faibles ou imprudents, répartissent la pression sur de grandes surfaces et influencent le comportement des populations de grand gibier. Les animaux sauvages qui craignent les prédateurs s'exposent moins longtemps dans les espaces ouverts, modifient leur séjour en lisière de forêt et évitent certaines zones à risque. Cela peut contribuer à désamorcer les foyers d'abroutissement et faciliter le rajeunissement forestier.
Pourtant, les prédateurs sont combattus par certains secteurs du lobby de la chasse comme étant de la concurrence. Des tirs de protection et la régulation cynégétique du loup et du lynx sont réclamés, tandis que simultanément de hauts tableaux de chasse pour le grand gibier sont présentés comme indispensables. Dans les forêts protectrices, cette approche est particulièrement contradictoire. C'est précisément là que la tranquillité, la richesse structurelle et les mécanismes de régulation naturels seraient importants, au lieu de perturbations supplémentaires par les chasses en battue et les chasses spéciales.
Si les forêts protectrices sont comprises comme une infrastructure pertinente pour la sécurité, leur avenir ne peut pas dépendre principalement des intérêts de loisir cynégétiques. Une approche contemporaine exige :
- une priorité claire pour la fonction de forêt protectrice, la prévention des dangers naturels, la protection des animaux et la protection des prédateurs naturels
- la minimisation des perturbations et de l'infrastructure cynégétique dans les forêts protectrices
- des concepts intégraux qui remettent en question de manière critique le rôle de la chasse de loisir et prennent au sérieux le rôle du loup et du lynx comme alliés naturels dans la forêt protectrice.
Avec cette motion, le Conseil d'État est chargé d'ancrer juridiquement ce changement de paradigme. Les forêts protectrices doivent être protégées contre les dysfonctionnements cynégétiques, les causes des problèmes de rajeunissement analysées honnêtement et les animaux sauvages ne plus être utilisés comme boucs émissaires commodes pour une politique forestière et cynégétique mal orientée pendant des décennies. Le loup et le lynx doivent être compris comme faisant partie de la solution, et non comme un facteur perturbateur que la chasse de loisir peut chasser des paysages de forêts protectrices.
Articles pour aller plus loin
- Loups sous le feu nourri : Comment la politique cynégétique suisse ignore science et éthique
- Forêt protectrice : La chasse de loisir crée des problèmes qu'elle prétend résoudre
- Le loup n'est pas le problème – il est la solution
- Transformation forestière : Voies vers des forêts mixtes résilientes face à la chasse
- Transformation forestière au col du Lukmanier
- La chasse n'est pas la solution pour la transformation forestière
- Les chasseurs de loisir n'aident pas à la transformation forestière
- Le conflit entre sylviculture, chasse et animaux sauvages
