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Criminalité & Chasse

Délire d'un chasseur de loisir sous cocaïne : quand les loisirs armés deviennent un danger pour tous

Un chasseur de loisir problématique, une traque au sanglier, des chiens chassant de manière incontrôlée sur une route départementale, un conducteur handicapé incapable d'éviter un chien à temps. Et un chasseur amateur gorgé de cocaïne et d'amphétamines qui perd alors tout contrôle, roue l'homme de coups et saccage sa voiture.

Rédaction Wild beim Wild — 1er décembre 2025

C'est exactement ce scénario qui s'est déroulé à la mi-octobre dans le département de Tarn-et-Garonne, dans le sud de la France.

Selon le quotidien régional La Dépêche, le chasseur de loisir a été testé positif à la cocaïne et aux amphétamines par la police et comparaît désormais devant la justice.

L'incident est alarmant, mais il ne surgit pas de nulle part. Il est le symptôme d'un système qui considère comme normal que des acteurs privés pratiquant leurs loisirs opèrent avec des armes à feu, des chiens, de l'alcool et, visiblement, des drogues dures dans les forêts et le long des chemins publics, court-circuitant de fait le monopole de la violence légitime de l'État.

L'affaire en Tarn-et-Garonne : violences après une partie de chasse

À la mi-octobre 2025, l'homme participe à une chasse de loisir au sanglier. Les chiens de chasse traversent une route départementale près de la commune de Molières ; l'un d'eux n'y parvient pas à temps et est renversé par une voiture. Le conducteur est handicapé et ne roulait manifestement pas à vitesse excessive, mais le chasseur problématique voit rouge. Il s'en prend à l'homme, lui assène plusieurs coups au visage et endommage son véhicule. Seule l'intervention de la police met fin au délire. Le test de dépistage de drogues qui s'ensuit confirme les soupçons.

Le tableau est absurde et, en même temps, révélateur :

  • Un homme armé consomme volontairement des drogues dures.
  • Il évolue dans le cadre d'un loisir avec des armes létales à proximité de routes, de maisons et de personnes non impliquées.
  • Après un accident impliquant un chien utilisé à des fins de chasse, il ne dirige pas sa violence contre son propre milieu, mais contre un usager de la route pris au hasard, qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment.

Les associations de chasseurs vont désormais souligner qu'il s'agit d'un cas isolé regrettable. Mais derrière cela se pose la question fondamentale : que dit-il d'un système lorsque quelqu'un sous l'emprise de drogues peut quand même participer armé à une chasse de loisir ?

Armes, drogues et chasse de loisir : défaillance systémique, pas une panne

Un tel délire n'est pas seulement un échec personnel. C'est un désastre sécuritaire à plusieurs niveaux.

  1. Accès aux armes et culture de l'indulgence
    En France, selon les données de la Fédération nationale des chasseurs, environ 960’000 personnes sont enregistrées comme chasseurs amateurs actifs, un chiffre en légère baisse. La chasse de loisir est traitée politiquement comme un pilier culturel important, et l'accès aux armes et aux munitions est en conséquence largement ouvert. Les contrôles réguliers d'alcoolémie dans les zones de chasse, les tests systématiques de dépistage de drogues ou les examens psychologiques d'aptitude exhaustifs sont plutôt l'exception que la règle.
  2. L'espace public comme terrain de chasse
    Les chasses à rabat se déroulent le long des routes, à proximité des habitations et des chemins de promenade. C'est précisément là que naissent des situations dangereuses : voitures, familles avec enfants, joggeuses, promeneurs de chiens et, au milieu de tout cela, des particuliers lourdement armés qui rabattent le gibier hors des forêts.
  3. Violence débridée contre les humains et les animaux
    Le prétexte à la crise de violence dans le Tarn-et-Garonne était la mort d'un chien de chasse. Pour la victime, il s'agissait d'un tragique accident ; pour l'auteur, apparemment d'un laissez-passer pour la violence. Le fait même que le chien ait été exposé à un tel danger pour un loisir reste généralement invisible dans le traitement médiatique dominant de la chasse. Ici se croisent maltraitance animale et mise en danger des personnes : l'animal est utilisé comme munition dans le système de la chasse de loisir, sa mort servant de détonateur émotionnel à la violence physique contre des tiers.

Pas un dérapage : la chasse de loisir comme risque sécuritaire

Le lobby de la chasse français aime à rappeler que le nombre d'accidents de chasse a diminué au cours des dernières décennies. C'est vrai, mais cela occulte l'essentiel. Selon les chiffres de l'Office français de la biodiversité (OFB), 97 accidents de chasse au total ont été enregistrés lors de la saison 2023/24, contre 78 l'année précédente.

Parallèlement, le nombre de ce que l'on appelle les «incidents», c'est-à-dire les tirs ayant causé des dommages matériels ou passant à quelques centimètres de personnes, est en hausse. L'organisation de protection des animaux ASPAS fait état de 135 incidents de ce type pour la saison 2024/25, avec des impacts sur 58 habitations, 27 véhicules et 50 animaux domestiques.

Ce bilan démontre :

  • Ce ne sont pas seulement les chasseurs de loisir eux-mêmes qui se mettent en danger,
  • des personnes non impliquées et leurs animaux se retrouvent régulièrement dans la ligne de tir,
  • La frontière entre «quasi-accident» et issue fatale relève souvent du pur hasard.

Dans ce contexte, un chasseur de loisir sous cocaïne et amphétamines n'apparaît pas comme un cas exotique isolé, mais comme la version escaladée d'un problème structurel : une activité de loisir qui normalise l'usage d'armes létales et le recours réel à la violence engendre inévitablement des situations dans lesquelles des êtres humains et des animaux souffrent ou meurent.

La société souhaite des restrictions, la politique accorde des privilèges

Tandis que des incidents comme celui du Tarn-et-Garonne rendent les risques visibles, la politique française ressent avant tout la pression du lobby de la chasse. Dans le même temps, les critiques au sein de la population se font de plus en plus nombreuses.

Un sondage Ipsos commandé par l'organisation One Voice le montre : en 2023, 53 % des Français ont déclaré être globalement opposés à la chasse de loisir, soit la valeur la plus élevée jamais mesurée jusqu'à présent.

Pourtant, le lobby parvient régulièrement à empêcher ou à faire annuler des restrictions. La décision récente de réautoriser la chasse de loisir à la tourterelle des bois en France — une espèce dont les effectifs ont fortement diminué à l'échelle européenne et qui continue d'être classée comme «vulnérable» — illustre très clairement ce biais politique.

Il en résulte un tableau paradoxal :

  • La majorité de la population considère de plus en plus la chasse de loisir comme dangereuse, anachronique et cruelle.
  • La politique maintient des privilèges pour une minorité déclinante de chasseurs de loisir.
  • Le prix de ce déséquilibre est payé par les êtres humains, les animaux domestiques et les animaux sauvages.

Ce que le «chasseur de loisir en état de délire» révèle

L'affaire du chasseur de loisir sous cocaïne dans le Tarn-et-Garonne est une loupe. Elle illustre sous une forme extrême ce qui se déroule généralement de manière plus feutrée au quotidien, mais qui est structurellement similaire.

  • La chasse autorise des particuliers à se déplacer armés dans l'espace public,
  • elle normalise la violence envers les animaux en tant que « sport »,
  • elle crée une culture dans laquelle l'agressivité, la mentalité de possession et les rituels de virilité se combinent avec des armes à feu,
  • et elle produit régulièrement des situations dans lesquelles des personnes innocentes en deviennent victimes.

Quiconque maintient un tel système ne peut honnêtement s'étonner que des chasseurs de loisir dérapent dans un état de délire drogué. La question n'est pas de savoir s'il existe des « brebis galeuses », mais pourquoi une société accepte un loisir dans lequel un « délire » avec un fusil chargé est seulement possible.

Tant que les politiques et les autorités s'inclinent devant le lobby de la chasse, chaque promenade sur le territoire de chasse, chaque trajet en voiture à travers une zone de chasse reste un risque calculable. Pour des personnes qui veulent simplement vivre. Et pour des animaux dégradés en cibles mobiles par un modèle de loisir violent.

Et c'est précisément pourquoi le scandale dans le Tarn-et-Garonne ne sera pas clos une fois le jugement prononcé contre le chasseur de loisir en question. Le véritable procès reste encore à venir : celui portant sur l'avenir de la chasse de loisir en tant qu'activité récréative acceptée dans une société prétendument civilisée.

 

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications des faits, des analyses et des reportages de fond.

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