De nombreuses cigognes restent désormais tout l'hiver
Il y a 75 ans, la cigogne blanche était considérée comme éteinte en Suisse. Aujourd'hui, elle est de nouveau bien établie – et ne se distingue pas seulement par son retour, mais aussi par l'évolution de son comportement migratoire : de plus en plus de ces oiseaux hivernent en Suisse, au lieu de migrer loin vers le sud comme autrefois.
Il y a deux décennies, on comptait environ 200 couples de cigognes.
En 2025, ce chiffre a atteint l'impressionnant total de 1’250 couples nicheurs. On observe ainsi une tendance vers des trajets migratoires plus courts, voire un maintien complet dans la zone de nidification.
Désormais, seule la moitié des cigognes blanches nichant en Suisse migre encore vers le sud. La plupart s'arrêtent dans des décharges à proximité en Espagne ou au Portugal – des endroits où elles trouvent suffisamment de nourriture. Seuls quelques oiseaux poursuivent leur route jusqu'en Afrique.
L'hiver en Suisse – pas un obstacle
Même sous la neige, les cigognes trouvent suffisamment de nourriture telle que des souris, des grenouilles, des vers ou des insectes – selon ce qui est disponible. Sans petits à nourrir, les besoins énergétiques sont faibles. Les oiseaux se reposent fréquemment et volent peu, ce qui minimise leurs besoins alimentaires.
Dans certaines communes comme Avenches (VD) ou Uznach (SG), les cigognes blanches font depuis longtemps partie du paysage hivernal. À Avenches, l'évolution est particulièrement frappante : l'année précédente, 54 couples y nichaient ; cette année, ils sont déjà 94. Dès 2023, environ 650 cigognes hivernaient en Suisse – soit environ un tiers de la population totale. La proportion était particulièrement élevée dans la région de Bâle.
La cigogne blanche est aujourd'hui un symbole d'adaptation et de changement : un territoire de repli géographique – autrefois son paysage de nidification – devient de plus en plus son quartier d'hiver. Le rétablissement rapide de la population et l'évolution du rythme migratoire témoignent de l'interaction entre les programmes de protection de la nature, les changements climatiques et l'offre alimentaire en milieu urbain et rural. Ainsi, la cigogne écrit un nouveau chapitre de son histoire – et de nos hivers.
L'évolution du comportement migratoire des cigognes blanches n'est pas un cas isolé — d'autres espèces d'oiseaux indigènes hivernent de plus en plus souvent en Europe centrale. Des études récentes attribuent ces changements de comportement aux hivers de plus en plus doux résultant du changement climatique.
Merle noir et étourneau — de migrateur à sédentaire
Il y a quelques décennies encore, les merles noirs et les étourneaux migraient en grand nombre vers la région méditerranéenne. Aujourd'hui, beaucoup d'entre eux hivernent directement en Suisse ou dans le sud de l'Allemagne. Là encore, le constat est le même : les hivers sont devenus plus doux, les périodes d'enneigement plus courtes, la nourriture disponible plus longtemps. Le long voyage vers le sud ne vaut dès lors tout simplement plus la peine.
Milan royal — un succès comparable à celui de la cigogne
Le cas du milan royal est particulièrement frappant. À l'origine, il hivernait presque exclusivement en Espagne. Désormais, des milliers de ces rapaces restent également en Suisse — notamment dans le Plateau. Leurs effectifs s'en sont ainsi considérablement rétablis.
Hirondelle rustique et martinet noir — toujours fidèles grands migrateurs
Les hirondelles rustiques et les martinets noirs se comportent tout autrement. Ils vivent presque exclusivement d'insectes capturés en vol et dépendent d'un climat chaud. C'est pourquoi ils continuent de voler jusqu'en Afrique de l'Ouest ou australe pour survivre à l'hiver. Pour ces espèces, la migration sur de longues distances reste vitale.
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