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Criminalité & chasse

David Clavadetscher : le networker de la chasse de loisir

En tant que directeur de JagdSchweiz, David Clavadetscher est depuis des années l'un des visages marquants du lobby cynégétique suisse. En public, il se présente comme un médiateur affable, un professionnel de la communication qui vend la chasse comme une forme contemporaine de protection de la nature. Dans les coulisses, cette image se combine pourtant à un réseau dense d'intérêts associatifs, de lobbying jusqu'à Bruxelles et d'une stratégie de communication qui écarte systématiquement les questions critiques sur la chasse de loisir.

Rédaction Wild beim Wild — 11 décembre 2025

Le présent article retrace le rôle de Clavadetscher à partir de sources accessibles au public et confronte ses affirmations centrales aux recherches actuelles sur la faune sauvage, la chasse et les usages récréatifs.

Officiellement, David Clavadetscher est directeur de JagdSchweiz, l'organisation faîtière des chasseurs de loisir suisses, qui compte quelque 30’000 membres. Le secrétariat général, dirigé par Clavadetscher, est établi à Zofingue.

Parallèlement, il dirige la Sandona GmbH, une société spécialisée dans la communication au service d'associations et de groupes d'intérêt. Les offres d'emploi de JagdSchweiz transitent par cette société, ce qui illustre clairement l'imbrication organisationnelle étroite entre l'association et l'entreprise privée.

Clavadetscher n'est donc pas simplement un chasseur de loisir qui se serait retrouvé par hasard à occuper une fonction, mais un directeur associatif professionnel disposant d'une solide expérience en communication. Dans des interviews, il décrit lui-même comment le mandat de JagdSchweiz est arrivé dans sa société à Zofingue et comment il dirige l'association depuis lors.

Ascension vers le lobbying cynégétique européen

Son influence ne s'arrête pas aux frontières suisses. La FACE (Federation of Associations for Hunting and Conservation of the EU), organisation faîtière européenne qui fédère les intérêts des associations cynégétiques à Bruxelles, compte Clavadetscher dans son conseil d'administration en qualité de Treasurer General.

FACE est répertoriée dans le registre de transparence de l'UE et représente les positions des associations de chasse auprès des institutions européennes, notamment en ce qui concerne les directives sur la protection des espèces, la législation sur les armes ou la régulation des espèces protégées.

C'est sans équivoque : Clavadetscher n'agit pas seulement en tant que porte-parole d'un loisir national, mais comme figure charnière d'une structure de lobbying européenne qui a un intérêt direct à normaliser, romantiser et sécuriser politiquement la chasse.

Le récit fondamental : les chasseurs de loisir comme contributeurs nets et protecteurs de la nature

L'un des motifs centraux de la communication de Clavadetscher est l'image du chasseur comme bienfaiteur de la collectivité. Dans un article du NZZ am Sonntag de 2013 intitulé «Les chasseurs donnent plus qu'ils ne prennent», des chiffres de JagdSchweiz relatifs aux contributions des chasseurs sont présentés pour la première fois. Clavadetscher y est cité avec la déclaration selon laquelle les chasseurs paieraient «nettement plus pour leur passion qu'ils n'en retirent», soit au total 26 millions de francs en contributions directes.

Ce récit financier remplit plusieurs fonctions :

  • Il vise à présenter la chasse de loisir comme une sorte de service privatisé pour la nature et la sécurité publique.
  • Il déplace le regard en s'éloignant de la violence envers les animaux pour se concentrer sur des prétendues prestations rendues à l'État.
  • Il détourne l'attention du fait qu'une grande partie de ces paiements sont des taxes et des coûts liés à un loisir qui n'existe que grâce aux chasseurs de loisir eux-mêmes.

Que les chasseurs de loisir paient des taxes est indéniable. Mais qu'il en découle automatiquement une valeur ajoutée éthique ou écologique est une tout autre question. Du point de vue de l'écologie de la faune sauvage, ce qui compte n'est pas le montant que quelqu'un paie, mais les effets de ses actes sur les populations, les écosystèmes et les animaux pris individuellement. L'argumentation financière ne remplace pas cette évaluation — elle la masque.

La chasse comme produit de style de vie

Dans des entretiens avec des médias régionaux, Clavadetscher souligne que la chasse est en vogue. Les jeunes et les femmes, y compris les citadins et citadines, s'intéresseraient de plus en plus au permis de chasse. De telles déclarations apparaissent notamment dans le contexte d'expositions et d'articles sur la culture cynégétique moderne.

Il rapproche ainsi la chasse de loisir d'un produit de style de vie : expérience authentique de la nature, régionalité, gibier, tradition. La chasse devient une marque que l'on charge de modernité urbaine et d'individualisme.

Ce qui manque dans cette représentation, c'est la perspective des animaux : le regard porté sur les réactions de fuite, le stress, les risques de blessures, les prises accessoires et les tirs manqués. Des études en recherche sur la faune sauvage montrent depuis des années que tant les activités de loisir que la chasse peuvent provoquer des réactions de stress marquées chez les animaux sauvages et réduire concrètement leurs habitats.

Dans la communication publique de JagdSchweiz, la chasse est toutefois présentée de manière majoritairement positive et héroïsée. Les aspects critiques sont plutôt mentionnés de façon marginale, relativisés ou imputés à d'autres acteurs.

La crise du chamois : quand la société des loisirs sert de bouc émissaire

Un exemple qui illustre le style de communication de Clavadetscher est le débat autour du déclin des chamois en Suisse. En 2021, SRF a rapporté, dans des reportages tels que «Sinkende Gämsenpopulation – Jäger dürfen weniger Gämsen schiessen» et «Wie die Gämsen gerettet werden sollen», les baisses d'effectifs et les réactions cantonales, notamment la réduction des quotas d'abattage.

Clavadetscher a reconnu à cet égard que la chasse de loisir jouait également un rôle. Dans ses prises de position, la responsabilité a cependant été attribuée en premier lieu à d'autres facteurs, en particulier la société des loisirs et sa pression croissante sur les régions de montagne.

Le débat scientifique dresse un tableau plus nuancé. Les spécialistes font référence à une combinaison de maladies, de changement climatique, de modifications des habitats, de pression cynégétique et d'utilisation récréative. Dans un reportage SRF de 2017 sur le déclin de la population de chamois, il est expressément mentionné que tant l'utilisation récréative que la chasse et les prédateurs tels que le lynx contribuent au déclin.

Sur le plan communicationnel, Clavadetscher réduit fréquemment cette complexité à un message clair : la responsabilité principale incomberait à d'autres. Les chasseurs de loisir apparaissent sous leur meilleur jour, tandis que le tourisme de détente et les sports de montagne servent de commode écran de projection. Le fait que les associations de chasseurs aient eux-mêmes défendu et imposé politiquement des quotas d'abattage élevés pendant des années n'est guère évoqué.

Le loup comme figure ennemie et la loi sur la chasse rejetée

La loi sur la chasse révisée a mis en évidence de manière particulièrement claire la façon dont Clavadetscher argumente. Le projet, soumis au vote le 27 septembre 2020, aurait considérablement facilité les tirs préventifs de loups. L'Office fédéral de l'environnement et des plateformes d'information telles qu'easyvote ont exposé que des espèces protégées comme le loup pourraient à l'avenir être régulées avant même que des dommages concrets ne surviennent.

Des organisations environnementales et de protection des animaux ont mis en garde contre une «loi d'abattage» au détriment des espèces protégées. JagdSchweiz, avec Clavadetscher à sa direction, s'est résolument positionnée en faveur de la loi. Parallèlement, la fédération a clairement défendu, dans des documents sur la régulation de la population de loups, une gestion rigoureuse des effectifs de loups et de lynx, alignée sur le modèle des espèces chassables.

Dans des émissions télévisées et des apparitions médiatiques, Clavadetscher a présenté la révision comme une étape nécessaire à la résolution des conflits dans l'espace alpin. La question fondamentale de la place que les prédateurs devraient occuper dans un paysage fortement exploité et de la fonction écologique qu'ils remplissent n'a joué qu'un rôle secondaire dans ce débat.

La population votante a rejeté la révision le 27 septembre 2020. Les analyses officielles et les rapports médiatiques confirment que la protection du loup n'a pas été assouplie et que la loi a échoué principalement en raison des larges possibilités d'abattage prévues pour les espèces protégées.

La position fondamentale de la fédération dans sa communication sur le loup et le lynx n'a guère évolué depuis lors : le loup y apparaît avant tout comme un facteur de conflit auquel il conviendrait de répondre par des tirs facilités.

Conflit avec les critiques de la chasse et IG Wild beim Wild

La IG Wild beim Wild et JagdSchweiz sont en conflit ouvert depuis des années. Plusieurs articles publiés sur wildbeimwild.com critiquent sévèrement Clavadetscher et la politique de la fédération, notamment son débat terminologique autour des «chasseurs de loisir» ou ses relations publiques.

Selon IG Wild beim Wild, des attaques publiques contre des membres de l'organisation ont été menées via des publications de JagdSchweiz, ce qui a conduit à l'engagement de poursuites judiciaires. JagdSchweiz, de son côté, rejette les accusations et présente l'ONG comme manquant d'objectivité.

Il importe ici d'établir une distinction claire :

  • Il existe un affrontement documenté et virulent entre une fédération de chasse et une ONG critique de la chasse, qui a débouché sur des procédures judiciaires.
  • Les accusations réciproques sont partisanes et n'ont jusqu'à présent pas fait l'objet d'un traitement judiciaire exhaustif.

D'un point de vue journalistique, il convient de noter que JagdSchweiz, sous la direction de Clavadetscher, ne poursuit pas une stratégie de désescalade, mais accepte la confrontation lorsque les critiques adressées à la chasse de loisir sont perçues comme excessives ou diffamatoires. Plutôt que de répondre sur le fond aux arguments relatifs à l'éthique animale et à l'écologie moderne de la faune sauvage, les critiques font parfois l'objet d'attaques personnelles ou de pressions juridiques. Cela correspond à un style de communication qui cherche à défendre le monopole interprétatif sur le thème de la chasse de loisir, plutôt que de s'engager dans un débat ouvert fondé sur la science.

Double fonction : lobbyiste de la chasse et juge de paix

Dans ce contexte, la nouvelle fonction publique de Clavadetscher apparaît particulièrement remarquable. En 2025, il a été élu juge de paix dans le cercle XIV du district de Zofingen. Ce cercle comprend le Suhrental, l'Uerkental et plusieurs communes de la région de Zofingen. Des médias régionaux tels que le Zofinger Tagblatt et des blogs d'information régionaux rendent compte en détail de son élection et de son rôle.Oltner Tagblatt+3Zofinger Tagblatt+3Zofinger Tagblatt+3

Dans des interviews, il souligne l'importance de la désescalade, de la neutralité et de la résolution des conflits, et explique que, en tant que juge de paix, il souhaite contribuer à désamorcer les conflits à l'amiable, permettant ainsi d'économiser du temps, de l'argent et de l'énergie.Zofinger Tagblatt+1

Parallèlement, en tant que directeur d'une association de lobbying, il se trouve en première ligne d'un conflit permanent et polarisant autour de la faune sauvage, de la violence cynégétique et de la détention d'armes. Sur le plan formel, cela n'est pas incompatible. Sur le plan politique et éthique, se pose néanmoins la question de la crédibilité d'une personne à se présenter comme instance neutre lorsqu'elle représente professionnellement un secteur régulièrement impliqué dans des conflits avec la protection animale, la protection de la nature et les intérêts publics.

Quiconque exerce une fonction de médiation étatique doit faire preuve d'une transparence particulière quant à la manière dont les conflits d'intérêts sont évités et dont les rôles sont clairement séparés. Dans le cas de Clavadetscher, cette tension entre rôle de lobbyiste et rôle de conciliateur est pour le moins évidente.

La combinaison d'une fonction de juge de paix et d'une fonction de lobbyiste exposée est juridiquement admissible, mais soulève des questions de fond quant à la séparation des rôles. Quiconque représente professionnellement un groupe d'intérêts polarisant doit démontrer de manière particulièrement visible, au sein d'une fonction de médiation étatique, comment il garantit neutralité et désescalade.

Non pas un ami de la nature mal compris, mais un lobbyiste stratégique

Les sources disponibles montrent :

  • David Clavadetscher est un manager professionnel des associations et de la communication, et non le porte-parole occasionnel d'un groupe marginal.
  • Il joue un rôle déterminant au sein de structures nationales et européennes dont la vocation est de légitimer la chasse politiquement et socialement.
  • Sa communication suit un schéma clair : la chasse de loisir est présentée comme un service rendu à la collectivité et comme une forme de gestion de la nature, tandis que ses aspects problématiques — souffrance animale, tirs manqués, dérangements et rapports de force structurels — sont occultés ou imputés à d'autres acteurs.
  • Les critiques émanant de la société civile ne sont pas traitées comme une composante légitime du débat démocratique, mais fréquemment perçues comme des attaques auxquelles on répond par la contre-propagande ou des moyens juridiques.

Une politique moderne et éclairée en matière de faune sauvage exige pourtant autre chose : de la transparence, une volonté d'autocritique, une séparation nette entre intérêt public et intérêts de loisir, et surtout une orientation résolue vers la science, qui place au centre le bien-être des animaux et le fonctionnement des écosystèmes.

Tant que des figures comme David Clavadetscher façonnent de manière déterminante le débat public, la chasse en Suisse reste avant tout ceci : un hobby commercialisé de façon professionnelle, doté d'un grand poids politique, dont les véritables conséquences pour les animaux et la nature sont fréquemment marginalisées dans le discours public.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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