23 juillet 2026, 07:57

Rechercher

Faune

La Lettonie augmente le quota de loups à 400 malgré un rapport d'audit

Sa propre Cour des comptes juge que les données démographiques de l'autorité forestière ne sont pas vérifiables, mais le nombre de tirs augmente tout de même.

Rédaction Wild beim Wild — 23 juillet 2026

La Lettonie a relevé le volume de tir autorisé pour les loups pour la saison 2026/2027, le faisant passer de 370 à 400 animaux ; la période de chasse est ouverte depuis le 15 juillet 2026.

La Cour des comptes lettone avait déjà qualifié l'évaluation des effectifs par l'autorité forestière compétente de non traçable et non vérifiable.

Ce qui est établi pour la nouvelle saison

Le Service forestier de l'État a réparti le volume sur deux unités de gestion. Dans l'unité A, qui couvre la plus grande partie du territoire national et où les loups sont présents de manière permanente, 330 animaux sont autorisés ; la période de chasse y court jusqu'à l'atteinte du contingent, au plus tard jusqu'au 31 mars. Dans l'unité B, où la présence n'est que sporadique, 70 animaux sont autorisés avec une échéance fixée au 31 décembre.

Pétition

Aucun tir de lynx en Valais

Le lynx est génétiquement à la limite, et pourtant le Valais entend être le premier canton de Suisse à autoriser son tir.

Signez maintenant →

Un point décisif est une clause additionnelle qui passe inaperçue dans la perception publique : une fois le contingent épuisé, l'autorité peut autoriser le tir de dix loups supplémentaires. Le plafond réel s'établit ainsi à 410 animaux.

Le Service forestier chiffre la population à environ 1’400 loups. Avec 400 animaux autorisés, cela correspond à un taux de prélèvement de 28 pour cent de la population totale, et à près de 30 pour cent en cas d'utilisation de l'autorisation supplémentaire.

Le bilan de la saison écoulée

Dans les trois États baltes, plus de 800 loups ont été tués au total durant la saison 2025/2026. La Lettonie a entièrement épuisé son contingent de 370 animaux en janvier 2026. En Lituanie, la limite était fixée à 307 animaux ; 275 loups au total ont été abattus jusqu'à la fin de la saison, le 31 mars 2026. En Estonie, 151 des 163 animaux autorisés ont été tués, auxquels se sont ajoutés 16 loups au titre d'autorisations spéciales de l'autorité environnementale.

Le parcours estonien mérite une analyse à part. Le contingent de départ s'élevait à 84 animaux en novembre 2025, alors que douze loups avaient déjà été tués sur autorisation spéciale avant le début de la saison. En décembre 2025, l'agence environnementale a proposé une augmentation de 28 animaux dans cinq zones de gestion, justifiée par de nouvelles données sur les meutes issues des premières chasses hivernales. Au final, on comptait 163 animaux autorisés plus 16 autorisations spéciales. Un quota qui est presque doublé au cours de la saison ne suit pas la biologie des populations, mais la demande.

Quand sa propre autorité de contrôle exprime son désaccord

En 2020, la Cour des comptes lettone a présenté un rapport d'audit sur la question de savoir si la gestion étatique des animaux sauvages est durable. Son verdict global : une gestion responsable et durable n'existe pas.

Concernant l'évaluation des populations de prédateurs, le rapport constate que la méthodologie a été développée il y a une vingtaine d'années, à une époque où l'administration forestière était organisée différemment et où le personnel forestier pouvait parcourir quotidiennement des surfaces nettement plus réduites. Lors de contrôles par échantillonnage dans les districts forestiers, les vérificateurs et vérificatrices ont jugé la fiabilité et l'exploitabilité des données comme douteuses : l'évaluation reposerait sur les chiffres de l'année précédente, les modifications qui y sont apportées ne seraient pas compréhensibles et échapperaient à tout contrôle. Plus cette procédure se prolonge, plus il est probable que la taille de population établie s'écarte de la situation réelle. Ni l'état lors de l'adhésion à l'UE ni une augmentation significative de la population ne peuvent ainsi être démontrés.

Le rapport documente en outre à quel point les estimations divergent. Pour le lynx, le service forestier a chiffré la population après la saison 2018 à trois fois le niveau estimé par l'expert spécialisé consulté et à huit fois le niveau du monitoring spécifique de l'institut de recherche Silava. Pour le loup, la Cour des comptes décrit une configuration comparable. Les calculs scientifiques n'ont pas confirmé l'augmentation significative de la population des quinze dernières années supposée par le service forestier.

Un constat de procédure est particulièrement remarquable : selon l'évaluation de l'autorité de contrôle, le groupe de travail chargé de fixer les quotas de tir n'a qu'une importance formelle, ce qui vaut expressément aussi pour l'agence de protection de la nature, qui est en réalité responsable de la protection des espèces particulièrement protégées. En outre, la Cour des comptes a constaté que le système national de déclaration ne fournit pas de données fiables sur les animaux effectivement tués.

Quiconque veut chasser une espèce protégée doit prouver un état de conservation favorable. Si la vérifiabilité des chiffres sous-jacents fait défaut, toute la logique des quotas se retrouve sans fondement.

Le service forestier justifie notamment l'augmentation par le fait que la chasse au loup procure à la population rurale un sentiment de sécurité et facilite la cohabitation avec la population de loups. Un sentiment de sécurité n'est pas un paramètre biologique. Les chiffres des dommages cités par l'autorité elle-même indiquent d'ailleurs le contraire : jusqu'au 13 juillet 2026, 24 attaques de loups confirmées avec 67 animaux domestiques blessés avaient été enregistrées, contre 82 attaques avec 372 animaux touchés durant la même période l'année précédente.

Ce que montre la génétique

Les constats les plus solides proviennent du monitoring génétique de l'institut de recherche public Silava. Entre juillet 2009 et mars 2021, 1’269 loups tués en Lettonie ont été génotypés avec succès, soit environ 42 pour cent de tous les animaux abattus durant cette période. Cela a permis de reconstituer 223 groupes de parenté.

Le résultat est en deux volets et c'est pourquoi il est régulièrement cité de manière tronquée. La diversité génétique, l'hétérozygotie et les valeurs de consanguinité de la population lettone sont restées sans anomalie, la population n'est pas fragmentée. Les constats sociaux sont en revanche nettement marqués.

Dans 46,1 pour cent des groupes de parenté, des animaux apparentés n'ont pu être détectés que durant une seule saison de chasse, et dans 15,6 pour cent supplémentaires durant deux saisons. Moins d'un tiers des groupes ont subsisté quatre ans ou plus. Dans 64,6 pour cent des groupes, au moins un parent a été perdu. Dans 27,1 pour cent des cas, un parent a été tué alors que des louveteaux étaient encore en vie ; dans 17,5 pour cent des cas, ces louveteaux avaient entre trois et dix mois, en moyenne 5,6 mois.

Les jeunes loups dépendent, jusqu'à l'âge de neuf à dix mois, des soins et de l'apprentissage prodigués par les membres adultes de la meute. Le groupe de recherche recommande donc de n'ouvrir la chasse que lorsque les jeunes ont au moins six mois, ce qui, pour la Lettonie, signifierait un raccourcissement de la saison avec un début en octobre ou novembre. Avec une période allant du 15 juillet au 31 mars, la Lettonie a la plus longue saison de chasse au loup des États baltes.

Sont en outre documentées des dissolutions de meutes, l'abandon de territoires ancestraux et la dispersion prématurée des jeunes. Dans neuf familles, des jeunes ont été tués à une distance de 30 à 230 kilomètres après la perte d'un parent. Le récit selon lequel les tirs ne seraient qu'une simple régulation des populations ne résiste pas à ce constat : ce n'est pas un excédent anonyme qui est prélevé, mais la structure reproductive et sociale elle-même.

La fortification des frontières comme question de connectivité

Le rapport sur l'état de conservation du loup en Europe, établi dans le cadre de la Convention de Berne, désigne explicitement les nouvelles clôtures de sécurité érigées aux frontières avec le Bélarus et la Fédération de Russie comme un motif de préoccupation, car elles réduisent le degré de connectivité. Sans suivi précis et sans cette connectivité, un déclassement de la population serait possible.

Les clôtures n'enferment pas les loups, mais elles compliquent les échanges et l'immigration. Cette distinction est centrale, car la capacité de compensation d'une population chassée dépend essentiellement de la possibilité pour des animaux adultes des régions voisines de venir combler les vides. C'est précisément ce que souligne aussi l'étude de Silava : une partie de la population lettone dépend, pour sa stabilité, de l'immigration, et le groupe de recherche cite explicitement les clôtures frontalières comme un facteur qui devra à l'avenir être pris en compte lors de la fixation des quotas de chasse.

Vers le sud, le corridor subsiste via la Pologne, où l'on ne tire plus sur les loups depuis 1998. La frontière polono-lituanienne ne mesure toutefois qu'environ 100 kilomètres.

Estonie : un tribunal trace la ligne

En juin 2026, la Cour d'État estonienne a déclaré illégale la décision de l'autorité environnementale pour la saison 2020/2021, qui autorisait le tir de 140 loups. Lors de sa préparation, l'autorité n'avait pas tenu compte des dispositions de la Convention de Berne, sous laquelle le loup était alors plus strictement protégé. La plainte avait été déposée par l'organisation Eesti Suurkiskjad.

L'affaire montre que l'habitude administrative et une statistique commode ne suffisent pas à justifier le tir d'espèces protégées. Ce qui est exigé, ce sont des données scientifiques, un cadre juridique solide et, en cas de doute, le principe de précaution. L'Estonie s'inscrit ainsi dans une évolution européenne où les tribunaux fixent les limites des chiffres souhaités par la politique de la chasse, comme auparavant en Suède.

Lien avec la Suisse

La pratique balte est présentée comme un modèle par les organisations européennes de chasse de loisir. Chez nous aussi, le recensement des populations de prédateurs est largement entre les mains de services administratifs proches de la chasse, et là aussi on utilise pour les décisions de tir des chiffres dont l'élaboration est difficilement vérifiable de l'extérieur. Le cas letton montre où mène cette configuration lorsqu'elle reste incontrôlée pendant plus de deux décennies : ce n'est pas la population qui est gérée, mais la demande de tirs.

Pour aller plus loin : Le loup en Europe : pourquoi la chasse de loisir n'est pas une solution

RESTONS EN CONTACT !

Nous aimerions te faire parvenir les dernières nouvelles et offres dans notre newsletter.

Soutiens notre travail

Avec ton don, tu aides à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.

Faire un don maintenant