10 mai 2026, 08h01

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Environnement & protection de la nature

Suisse à 10 millions : ce que diraient les animaux sauvages

Le 14 juin 2026, la Suisse votera sur l'initiative pour la durabilité de l'UDC, mais un groupe d'électeurs sera, comme toujours, ignoré dans la campagne : la faune indigène.

Rédaction Wild beim Wild — 10 mai 2026

Les chiffres bruts laissent peu de marge aux discours apaisants.

Chaque année en Suisse, environ 17,6 kilomètres carrés de sol disparaissent sous l'asphalte, le béton et les bâtiments. Cela représente près de sept terrains de football par jour. Entre 1985 et 2018, la surface bâtie a augmenté de 31 pour cent, et les zones d'habitation même de 61 pour cent. Durant la même période, environ 1'143 kilomètres carrés de surface agricole ont été perdus, soit plus de sept pour cent.

La population résidente permanente s'élevait fin 2025 à environ 9,1 millions de personnes. Depuis l'introduction de la libre circulation des personnes en 2002, elle a augmenté d'environ 1,7 million de personnes, principalement en raison de l'immigration. Les années de forte croissance, l'immigration nette annuelle correspond au nombre d'habitants d'une ville comme Lucerne.

Des montagnes clôturées jusqu'au-delà de la limite forestière

Tandis que mètre carré après mètre carré est construit dans la vallée, la pression se déplace vers la montagne. Là-haut, une autre réalité attend : l'estivage et l'élevage ovin de loisir ont transformé de vastes parties des alpages en parcelles clôturées, souvent jusqu'au-delà de la limite forestière. Là où paissent les troupeaux de moutons et de bovins, il ne reste souvent guère de place ni de nourriture pour les chamois, bouquetins et cerfs. Des maladies peuvent passer des animaux d'élevage aux animaux sauvages.

Même Pro Natura, une organisation traditionnellement bienveillante à l'égard de l'économie alpestre, constate dans une analyse de 2024 : au-dessus de la limite forestière, où la majorité des moutons sont estivés, il n'y a pas de forêt en train de gagner du terrain qu'il faudrait contenir par le pâturage. Le principal argument écologique en faveur du pâturage avec des animaux d'élevage tombe ainsi à l'étage altitudinal où les conflits avec la faune sauvage sont les plus importants. La bonne herbe revient par convention aux animaux d'élevage. Les animaux sauvages se replient sur des pentes plus raides, dans les forêts, dans des habitats qui leur sont sous-optimaux.

Corridors faunistiques : deux tiers endommagés ou interrompus

Ce qui est clôturé au sol est fragmenté dans l'espace. Des corridors faunistiques suprarégionaux de Suisse, seul un tiers environ est encore intact. 16 pour cent sont considérés comme complètement interrompus. Sur le Plateau densément peuplé, la maille moyenne, c'est-à-dire la taille des surfaces d'un seul tenant, n'est plus que de 2,7 kilomètres carrés. Entre 2014 et 2020 seulement, cette fragmentation s'est encore aggravée de sept pour cent. Pour les espèces qui migrent de manière saisonnière, des amphibiens au cerf élaphe, c'est une catastrophe silencieuse.

La Confédération subventionne activement cette évolution. En 2024, elle a identifié environ douze milliards de francs de subventions directes nuisibles à la biodiversité. Réparties entre l'agriculture, les transports, l'urbanisation et la production d'énergie.

Quatre pour cent pour les animaux sauvages

Pour comprendre le rapport de force entre l'homme et la nature, il n'est pas nécessaire de compter. Peser suffit. Une étude publiée dans les « Proceedings of the National Academy of Sciences » par Bar-On, Phillips et Milo en 2018, mise à jour par Greenspoon et ses collègues en 2023, dresse un tableau sans équivoque. Sur l'ensemble de la planète, les mammifères sauvages ne représentent plus qu'environ quatre pour cent de la biomasse mondiale des mammifères. Le reste se partage entre l'homme, avec environ 36 pour cent, et ses animaux d'élevage, avec environ 60 pour cent.

En chiffres absolus : les animaux d'élevage représentent dans le monde environ 630 millions de tonnes, l'homme environ 390 millions de tonnes, et l'ensemble des mammifères terrestres sauvages environ 22 millions de tonnes. Depuis 1850, la biomasse mondiale totale des mammifères a quadruplé. Non pas grâce à une augmentation des animaux sauvages, mais en raison de l'accroissement du bétail et de la population humaine.

La Suisse n'est pas un cas particulier face à cette tendance, mais une variante exacerbée. Sur un territoire exigu, la population, la construction et les cheptels d'animaux d'élevage croissent, tandis que les habitats des animaux sauvages se réduisent, se fragmentent et sont repoussés vers des altitudes peu propices. Un rapport de 96 contre 4 n'est pas un équilibre écologique sain. C'est un constat.

Ce que signifierait une limitation à dix millions

L'initiative pour la durabilité exige que la population résidente permanente ne dépasse pas dix millions de personnes d'ici 2050. Au besoin par des mesures dans le domaine de l'asile, du regroupement familial ou par la dénonciation de l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE. D'un point de vue purement écologique, l'argument est arithmétique : moins de personnes, moins de pression sur le sol, l'eau et l'habitat. Chaque mètre carré non bâti demeure disponible comme habitat, comme réservoir d'eau, comme filtre.

La conseillère aux États du Centre, Heidi Z'graggen, a justifié dans la NZZ, en avril 2026, son intention de voter oui à l'initiative par le constat qu'il est « tout simplement insensé de voir à quel point tout est devenu étroit et dense ». Les animaux sauvages partagent cette perception sans mots, mais par des changements de comportement quotidiens.

Ce que le Conseil fédéral et le Parlement opposent

Le Conseil fédéral et la majorité du Parlement rejettent l'initiative. Ils mettent en garde contre des dommages économiques, contre la mise en péril de la voie bilatérale avec l'UE et de la tradition humanitaire de la Suisse. Ils renvoient à des mesures ciblées contre les conséquences de la croissance démographique en matière d'aménagement du territoire, de transports et de stratégie des sols. Le premier sondage de la SSR de mai 2026 montre une égalité : 47 pour cent voteraient oui.

Du point de vue des animaux sauvages, le comportement de vote est clair : ils lèveraient la main s'ils le pouvaient. La question n'est pas de savoir s'ils le peuvent. La question est de savoir si les électeurs prendront leurs intérêts en compte dans leur bulletin de vote.

Plus d'informations sur l'habitat, l'autorégulation et le rôle de l'homme dans la gestion de la faune sauvage dans le dossier Autorégulation des populations d'animaux sauvages.

Sources

  • Chancellerie fédérale, explications relatives à l'initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! », admin.ch, état mai 2026
  • OFEV, Sol : l'essentiel en bref, ainsi que OFEV, Zéro net en matière de consommation de sol
  • OFS, Statistique de la superficie 1985 à 2018, ainsi que OFS, Surfaces d'habitat
  • Pro Natura, Le loup et la biodiversité dans les Alpes suisses, une mise en perspective, 2024
  • Pro Natura, Le mitage du territoire en quatre chiffres, 2023
  • Forum Biodiversité Suisse, Rapport 2026
  • Naturschutz.ch, Quel est l'état de la biodiversité en Suisse, avril 2026
  • SRF, Premier sondage SSR sur les votations du 14 juin 2026
  • NZZ, entretien avec Heidi Z'graggen sur l'initiative pour la durabilité, 25 avril 2026
  • DFJP, communiqué de presse du Conseil fédéral sur l'initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions », 16 mars 2026

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