10 mai 2026, 04h17

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Chasse

Tessin : chasse de loisir, monopole de la violence et le mythe du facteur 4

À l'Hôtel Coronado de Mendrisio, le 9 mai 2026, seuls 83 délégués issus de 28 sociétés de chasse se sont réunis pour l'assemblée annuelle de la Federazione cacciatori ticinese (FCTI).

Rédaction Wild beim Wild — 10 mai 2026

Avec environ 3000 pratiquants de la chasse dans le canton, cela correspond à un taux de présence de 2,7 pour cent.

Une association qui revendique pour elle-même identité et tradition ne parvient donc même pas à mobiliser un chasseur de loisir sur quarante pour son assemblée principale. Pourtant, la FCTI a mis en scène ce jour-là, sur le plan rhétorique, un nouveau logo, un nouveau slogan et un vieux récit. Claudio Zali, directeur du Département du territoire, a livré parallèlement l'aveu qui déshabille toute la mise en scène : les chasseurs de loisir doivent devenir à l'avenir le «braccio armato dello Stato», le bras armé de l'État. C'est précisément ce qui soulève trois questions auxquelles on n'a pas répondu à Mendrisio, et une autre qui n'a même pas été posée.

Ce que Claudio Zali a vraiment dit à Mendrisio

Zali a annoncé que le «Gruppo di supporto» prévu devra désormais tirer sur les loups également en dehors de la période de chasse et avec les mêmes moyens que les gardes-faune. Il a parlé ouvertement, dans ce contexte, du fait que les chasseurs de loisir seraient ainsi à nouveau «un po' il braccio armato dello Stato». Il a dit espérer qu'ils assumeraient ce fardeau. Et il a annoncé pour la régulation du loup de «nuove regole d'ingaggio», c'est-à-dire de nouvelles règles d'engagement. Ce n'est pas le vocabulaire d'une chasse de loisir, c'est un vocabulaire policier et militaire, transposé à une activité de loisir avec arme à feu. Quiconque parle ainsi ne décrit pas une tradition, mais une externalisation.

Le récit des 365 jours, qui n'a aucun fondement au Tessin

Davide Corti a tenté d'endiguer ce constat. Il a expliqué qu'un chasseur de loisir est aujourd'hui une personne qui s'occupe «365 jours par an» du territoire et du gibier, faute de quoi il ne pourrait absolument pas opérer dans un cadre réglementaire aussi restrictif. Cette affirmation sonne comme une déclaration de gestion et de responsabilité. Elle ne résiste pas au plus simple examen juridique.

Le canton du Tessin connaît la chasse au permis, et non la chasse en chasse gardée. Dans le système du permis, il n'existe pas de chasses privées ni de détenteurs de chasses gardées soumis à une obligation de gestion. Les chasseurs de loisir acquièrent chaque année un permis qui leur permet, pendant des périodes définies de haute chasse et de basse chasse, de tirer certaines espèces. Point. Une responsabilité territoriale annuelle de tous les chasseurs de loisir, telle que Corti la suggère, n'existe pas dans l'ordre juridique tessinois. L'habitat appartient au canton, la faune sauvage n'appartient à personne, et la gestion de la faune sauvage en dehors de la période de chasse relève du service cantonal de la faune.

Quiconque prétend néanmoins être responsable 365 jours par an de « son » territoire et de « ses » animaux sauvages décrit soit une activité que le droit tessinois ne connaît pas, soit la déplace dans le domaine que le législateur pénal qualifie de braconnage. Il n'y a pas de troisième possibilité. La rhétorique de la gestion à l'année est empruntée à la chasse à territoire, où elle trouve son ancrage juridique. Au Tessin, c'est un mythe importé destiné à embellir l'autodescription de la chasse de loisir, sans être couvert ni par le droit ni par la pratique.

Corti parle simultanément de « passione » comme essence de l'activité et de responsabilité 365 jours par an. C'est une rupture logique en une seule phrase. La passion relève du hobby, la responsabilité à l'année du métier. Revendiquer les deux en même temps relève de la tromperie sur la marchandise.

Quiconque prétend assumer 365 jours par an la responsabilité du territoire et du gibier devrait au moins une fois par an trouver le chemin de l'assemblée fédérative pour s'informer et se former. 97,3 pour cent des chasseurs de loisir tessinois ne l'ont pas fait. Cela mine l'autodescription d'une éthique professionnelle encore plus clairement que la seule situation juridique.

La contradiction de Corti dans les statistiques

Corti a fourni dans le même discours le chiffre qui fait voler en éclats son récit. Lorsqu'il a passé son permis de chasse, on abattait au Tessin environ 1600 ongulés par an, aujourd'hui ce sont quelque 7000. Une quadruplication en une génération de chasseurs de loisir. Corti met cela en lien avec le climat et la modification du territoire. Cette explication ne résiste à aucune vérification empirique et contredit en outre la biologie de la faune sauvage concernant les espèces que Corti entend réguler.

Le test climatique que le lobby de la chasse de loisir ne fait pas

Si le changement climatique était le moteur principal de l'évolution des effectifs au Tessin, des zones sans chasse situées dans la même zone climatique devraient présenter la même dynamique. Elles ne la présentent pas. Trois espaces de comparaison apportent la contre-preuve empirique depuis plus de cent ans.

Dans le Parc national suisse, l'interdiction absolue de chasser règne depuis 1914. Les effectifs de cerfs, de chamois et de bouquetins sont stables, la forêt se régénère, la biodiversité augmente.

Dans le parc national italien du Grand Paradis, la chasse est interdite depuis 1922. Le responsable scientifique Bruno Bassano résume sobrement le bilan : on n'a jamais eu de dégâts et on n'a jamais dû réduire les effectifs.

Dans le canton de Genève, la population a tranché par votation populaire en 1974 sur l'interdiction de la chasse. Aujourd'hui, environ 60 cerfs et 200 à 300 chevreuils y vivent dans une population stable. Le lièvre y atteint l'une des plus fortes densités de Suisse, et les oiseaux d'eau hivernants ont décuplé. L'inspecteur de la faune Gottlieb Dandliker décrit le résultat comme une autorégulation qui fonctionne, totalement sans chasseurs de loisir.

Ces trois espaces ont connu les mêmes hivers plus doux, les mêmes étés caniculaires et les mêmes déplacements de la végétation que le Tessin. Ils ne montrent aucun facteur 4. La thèse climatique en tant que cause principale est ainsi empiriquement réfutée. Pour en savoir plus, voir le Dossier sur le modèle genevois.

Le changement climatique nuit aux ongulés de montagne au lieu de les multiplier

Ici, l'argument climatique est en outre démonté du point de vue de la biologie de la faune sauvage. L'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) a analysé un jeu de données comportant plus de 230 000 lieux de tir des Grisons pour les années 1991 à 2013, et l'a publié dans la revue spécialisée « Ecosphere ». Les lieux de séjour des trois espèces d'ongulés alpins les plus fréquentes se sont décalés en altitude de manière mesurable à la fin de l'été et en automne : de 135 mètres en moyenne pour le bouquetin, de 95 mètres pour le chamois, de 80 mètres pour le cerf élaphe. L'auteur de l'étude, Kurt Bollmann, le situe ainsi : les grandes espèces animales à sang chaud réagissent elles aussi au changement climatique, et pas seulement les plantes, les insectes et les reptiles. La température moyenne de septembre et d'octobre a augmenté de 1,3 degré en vingt ans dans la zone étudiée.

C'est exactement le mouvement inverse de ce que suggère la FCTI. Si le changement climatique pousse les ongulés de montagne vers des altitudes toujours plus élevées, il réduit leur habitat. En haut, la montagne s'arrête. Des modèles prévoient pour des espèces alpines spécialisées comme le lièvre variable une perte d'habitat moyenne d'environ 35 % d'ici 2100.

Chez le bouquetin s'ajoute une contrainte biologique supplémentaire. Il est physiologiquement adapté au froid, ne ressent le froid qu'à partir d'environ moins 20 degrés et, en raison de son pelage hivernal dense et de ses réserves de graisse, entre rapidement en stress thermique dès une chaleur modérée. Les biologistes de la faune documentent la réaction : phases d'alimentation plus courtes, déplacement de l'activité vers la nuit, défenses immunitaires affaiblies. De plus, la diversité génétique du bouquetin suisse est extrêmement étroite, car tous les animaux actuels descendent d'une population de départ d'environ 100 individus issus du Grand Paradis.

Chez le chamois, les effets de la chaleur se manifestent également. Lors des étés caniculaires, il réduit son temps d'alimentation au profit de la thermorégulation, ce qui pèse sur sa masse corporelle et sa capacité reproductive. Les statistiques de tableaux de chasse tessinoises confirment cette tendance : en 2022, 511 chamois ont été abattus, soit nettement moins que les 642 de l'année précédente. Une saison ne fait pas une tendance, mais l'orientation est cohérente avec une population sous pression climatique, et non avec une explosion des effectifs liée au climat.

Le récit de la FCTI inverse ainsi la réalité. Si le changement climatique était le principal moteur du facteur 4 tessinois, le bouquetin et le chamois devraient particulièrement progresser. Or ce sont précisément ces espèces qui montrent des signaux de stress, des habitats en réduction et des comportements d'adaptation. Quiconque invoque le changement climatique pour expliquer le quadruplement du tableau de chasse ignore non seulement les zones de comparaison sans chasse, mais aussi ce que la biologie de la faune sauvage et le WSL documentent sur la sensibilité climatique des espèces concernées.

Ce qui explique réellement le facteur 4

La biologie de la faune sauvage connaît ce phénomène depuis des décennies sous le terme de dynamique reproductive compensatoire. La chasse perturbe des structures sociales stables et déclenche des réactions biologiques en retour. Les groupes familiaux se dissolvent, les jeunes femelles atteignent plus tôt la maturité sexuelle, la taille des portées augmente, l'inhibition reproductive exercée par les animaux dominants disparaît. Chez le sanglier, normalement, seule la laie meneuse se reproduit. Si elle est abattue, toutes les femelles de la harde se reproduisent soudainement. Chez le renard, des études menées dans le parc national de la Forêt de Bavière documentent environ 1,7 petit par portée dans les zones non chassées, contre un multiple de ce chiffre dans les territoires fortement chassés.

Transposé au Tessin, cela signifie : une forte pression de chasse démantèle les structures sociales et produit précisément les populations dont la réduction est ensuite vendue par la chasse de loisir comme sa raison d'être. La spirale s'auto-entretient. Plus on tire, plus il faut tirer.

Ce que montrent — et ne montrent pas — les 6000 ongulés de 2025

Lors de la saison 2025, près de 6000 ongulés ont été abattus au Tessin, soit nettement moins que durant les deux années précédentes. Cette baisse concerne particulièrement les cerfs et les sangliers. Cette fluctuation sur un an ne réfute pas la tendance à long terme. Elle est cohérente avec les effets de charge des mesures liées à la peste porcine, avec des effets d'épuisement locaux et avec des variations de tableaux de chasse dues aux conditions météorologiques. Le quadruplement en une génération reste l'étalon pertinent.

Quand la « tradition » est suspendue la nuit

À Mendrisio, Corti a cité un vieux principe de la chasse traditionnelle de montagne : «La nuit appartient aux animaux». Dans le même souffle, il a admis que la pression de chasse nocturne sur les sangliers avait augmenté en raison de la peste porcine. La tradition est donc précisément suspendue lorsqu'un intérêt concret est en jeu. Le même schéma se retrouve avec le loup. La patience et le respect des animaux sont invoqués tant qu'il s'agit de la perception extérieure. Là où un prédateur est perçu comme concurrent pour le cerf et le chevreuil, la FCTI revendique pragmatiquement des compétences élargies pour le tuer.

Le monopole de la violence appartient à l'État, pas aux chasseurs de loisir

C'est ici que l'initiative tessinoise quitte le domaine des questions de préférences politiques pour entrer sur le terrain du droit constitutionnel. En Suisse, le monopole étatique de la violence est implicitement ancré dans le principe de l'État de droit à l'art. 5 Cst. et explicitement à l'art. 57 Cst. ainsi que dans la clause générale de police aux art. 173 et 185 Cst. Il englobe la compétence et le devoir de faire exercer la contrainte étatique envers les personnes et les biens exclusivement par les organes de l'État. La doctrine de droit public est sans équivoque sur ce point.

L'abattage d'un loup sur la base d'une décision cantonale d'autorisation de tir est un acte de puissance publique. Il porte atteinte au statut de protection d'un animal protégé par la Convention de Berne et la loi sur la chasse, et se fonde sur une décision étatique. Quiconque exécute cette décision exerce une violence d'État, et non un loisir privé.

Lorsqu'un chef de département espère publiquement que des particuliers prennent en charge une tâche étatique, il décrit l'aveu d'une défaillance structurelle, et non un modèle.

La délégation de tâches relevant de la puissance publique à des particuliers, juridiquement appelée concession de prérogatives de puissance publique, n'est admise selon l'art. 178 al. 3 Cst. qu'à des conditions strictes. Il faut une base légale formelle, une tâche clairement délimitée, un lien de droit du service ainsi que transparence et contrôle. Les mêmes critères qui sont appliqués depuis des années dans le débat sur les entreprises de sécurité privées valent ici à plus forte raison, car il s'agit de la mise à mort, ordonnée par l'État, d'animaux protégés au moyen d'armes à feu.

Le choix des mots de Zali illustre le problème : il a annoncé pour la régulation des loups « nuove regole d'ingaggio », c'est-à-dire de nouvelles règles d'engagement. Ce terme provient du droit policier et militaire. Or les chasseurs de loisir n'ont aucun statut policier ou militaire. Ce sont des particuliers titulaires d'un permis de loisir. Lorsque l'État les charge activement de tâches d'abattage qu'il ne veut pas exécuter lui-même, par manque de personnel ou par confort politique, il vide le monopole de la violence là précisément où il devrait être préservé de la manière la plus visible : dans l'usage de moyens létaux pour le compte de la puissance publique.

L'espoir exprimé ouvertement par Zali, à savoir que les chasseurs de loisir veuillent bien « assumer » ce fardeau, est dès lors bien plus qu'un détail politique. C'est la demande d'une administration cantonale à des particuliers de faire ce qui devrait en réalité incomber au service de la faune. Le fardeau dont il est ici question, ce sont des opérations d'abattage. Un débat honnête devrait poser la question de savoir si un canton est seulement habilité à confier à des chasseurs de loisir des missions d'abattage équivalentes à celles des gardes-faune, sans créer pour cela une loi formelle dotée d'une légitimité démocratique claire.

Le déficit de prédateurs et son coût

Les régulateurs naturels des populations en Europe centrale ont été exterminés au fil des siècles. Le loup, le lynx et l'ours reviennent, mais ils sont en même temps freinés politiquement, précisément au Tessin. Lors de la saison 2024/2025, malgré quatre décisions de tir cantonales et la possibilité, dans le cadre de la régulation des meutes, de tuer jusqu'à 20 jeunes, seuls six loups ont été abattus. Les 22 gardes-faune tessinois y ont consacré environ 3100 heures de travail rémunérées. Une dépense financée par les contribuables pour six animaux morts, tandis que le seul acteur qui régule les populations d'ongulés de manière durable, sélective et gratuite est repoussé par des moyens toujours plus larges. La solution écologiquement efficace est structurellement bloquée. Plus d'informations dans la section dossier.

À Mendrisio, Zali a lui-même reconnu que les tirs effectués jusqu'ici par les chasseurs de loisir n'avaient guère été couronnés de succès, ce prédateur étant difficile à repérer en journée. La conséquence n'est pas de remettre en question le modèle. Elle consiste à élargir les « règles d'engagement », à étendre les horaires et à uniformiser les moyens. La logique est unidimensionnelle : si tuer ne fonctionne pas, il faut rendre la chose plus facile, non la reconsidérer.

Ce qu'exigerait une politique honnête de la faune sauvage

Une réforme honnête s'articule autour de cinq points.

Premièrement, toute délégation aux chasseurs de loisir d'opérations létales relevant de la puissance publique nécessite une base légale formelle, dotée d'une légitimité démocratique claire, et non simplement une décision cantonale et un cours de formation.

Deuxièmement, les prédateurs doivent pouvoir assumer leur rôle écologique sans que chaque recolonisation soit freinée par des arrêtés de tir élargis.

Troisièmement, les zones protégées et les zones de tranquillité pour la faune doivent être étendues, car Genève, le Grand Paradis et le Parc national suisse démontrent depuis des décennies que l'autorégulation fonctionne.

Quatrièmement, la gestion de la faune sauvage relève de structures étatiques professionnelles dotées de compétences en biologie de la faune et d'un suivi transparent, et non du loisir de tireurs amateurs.

Cinquièmement, il faut détoxifier le langage. « Soin », « entretien », « régulation » et « 365 jours par an » sont des termes marketing dépourvus de substance biologique ou juridique dans le système de la chasse à patente. Un débat honnête commence par des termes honnêtes.

Conclusion

Mendrisio n'a pas été un triomphe, mais un autodémantèlement en plusieurs actes. 83 chasseurs de loisir sur environ 3000 se sont présentés, la fédération a dévoilé un nouveau logo, Corti a revendiqué 365 jours de responsabilité dans un système qui ne connaît ni n'admet une telle responsabilité, et Zali a déclaré ouvertement que la chasse de loisir devait devenir le bras armé de l'État, avec de nouvelles règles d'engagement et en dehors de la période de chasse.

Le facteur 4 n'est pas un effet climatique. La chasse à patente ne connaît pas de chasses gardées. Le monopole de la violence appartient à l'État. Ces trois phrases résument ce sur quoi se brise le récit tessinois de la chasse de loisir. Les zones sans chasse de Suisse et d'Italie prouvent depuis plus de cent ans que les animaux sauvages n'ont pas besoin d'un chasseur de loisir armé pour rester en équilibre. La Constitution fédérale, quant à elle, ne laisse aucun doute sur qui, dans ce pays, est habilité à recourir à des moyens létaux au nom de la puissance publique.

L'aveu ouvert de Zali dépasse donc le simple flou rhétorique. C'est un appel au Parlement, à la population et à la justice à regarder de près, avant que le modèle ne soit présenté dès septembre 2026 comme un fait acquis, non négociable.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous regroupons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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