Affaire Grupp : qui contrôle vraiment les chasseurs amateurs sur le plan psychologique ?
L'ancien PDG de Trigema, Wolfgang Grupp, a rendu son revolver et son permis de chasse après avoir rendu public sa tentative de suicide, révélant ainsi malgré lui ce qui fait structurellement défaut dans le droit de la chasse et des armes dans les pays germanophones : un examen d'aptitude systématique et régulier pour les particuliers armés.
Wolfgang Grupp, ancien patron de la société textile Trigema âgé de 84 ans, avait rendu publique sa tentative de suicide mi-2025 et évoqué, dans une lettre adressée à d'anciens collaborateurs, une grave dépression liée à l'âge.
Ce n'est qu'environ un an plus tard qu'il a informé l'agence de presse allemande DPA que le revolver qu'il détenait jusqu'alors «pour des raisons de sécurité» n'était plus à sa portée et que son fils conservait l'arme sous clé. Son permis de chasse également a disparu.
L'histoire personnelle appartient à Grupp. Le constat en matière de politique cynégétique est cependant indépendant du cas particulier : en Allemagne, quiconque a obtenu un permis de chasse et un permis de détention d'armes les conserve en général pendant des décennies, sans que l'aptitude psychologique soit vérifiée de manière systématique et régulière. Un examen au regard du droit sur les armes n'intervient que lorsque les autorités ont des doutes concrets quant à la fiabilité de la personne, souvent seulement après des incidents consignés dans un dossier. L'initiative, dans le cas présent, vient du fils, et non de l'État.
Réalité suisse : 30’000 particuliers armés, presque aucun contrôle
En Suisse, quelque 30’000 chasseuses et chasseurs de loisir légalement armés portent régulièrement des armes à feu dans la nature et tuent chaque année plus de 120’000 animaux sauvages. Pour l'aptitude à la chasse, les cantons exigent un examen théorique et pratique axé sur la connaissance de la faune, le maniement des armes et le droit cantonal de la chasse. Une «aptitude physique et psychologique» est mentionnée dans la littérature de formation, mais elle est rarement évaluée de manière standardisée en pratique, ni de façon exhaustive à l'entrée, ni au cours de l'exercice.
Concrètement, cela signifie que : quelqu'un qui obtient son permis à 25 ans peut continuer à pratiquer la chasse de haute montagne jusqu'à 75 ans sans qu'une expertise psychologique n'ait jamais été exigée. Les dépressions liées à l'âge, les débuts de démence, la perte de vision, les dépendances ou les crises existentielles aiguës n'ont pas à être détectées activement par les autorités — celles-ci dépendent des signalements des proches, des médecins ou des chasseurs amateurs eux-mêmes. Cette lacune dans le droit de la chasse n'est pas le fruit du hasard ; elle reflète le poids politique du lobby des chasseurs amateurs.
Comparaison internationale : les Pays-Bas illustrent l'ampleur du problème
Les Pays-Bas ont introduit en 2019 le «E-Screener», un test psychologique obligatoire pour tous les détenteurs d'armes, instauré à la suite d'une fusillade lors de laquelle, selon la Cour suprême, le permis d'arme n'aurait jamais dû être délivré en raison de troubles psychiques préexistants. Le résultat : environ un chasseur amateur sur cinq a échoué au test, et même un sur quatre dans la province du Limbourg. La fédération néerlandaise de chasse a immédiatement réclamé la suppression du test et recommandé à ses membres de reporter délibérément leur rendez-vous. La procédure a été abandonnée par la suite pour des raisons méthodologiques, mais la question de fond demeure : une part significative des chasseurs privés actifs ne satisfait pas aux standards psychologiques minimaux.
En Autriche, Tierschutz Austria réclame des règles plus strictes à la suite de plusieurs homicides impliquant des chasseurs amateurs, en particulier des évaluations psychologiques d'aptitude récurrentes. La Suisse ne connaît à ce jour ni E-Screener ni évaluation d'aptitude récurrente comparable. Les associations de chasseurs amateurs invoquent la «responsabilité individuelle» — un argument qui ne résiste pas à l'épreuve des faits dans l'affaire Grupp : l'arme n'a été retirée qu'après une tentative de suicide et à l'initiative de la famille, et non à la suite d'un contrôle étatique.
Le modèle genevois : des professionnels plutôt que des armes privées
Le canton de Genève a totalement aboli la chasse amateur dès 1974. Depuis lors, des gardes-faune qualifiés, employés dans le service cantonal, assument l'ensemble des tâches de régulation de la faune sauvage. En tant qu'agents de l'État, ces personnes sont soumises aux obligations habituelles d'aptitude, de formation initiale et de formation continue, y compris les examens médicaux et psychologiques prévus pour les fonctions étatiques impliquant le port d'armes. Lorsque des interventions sont nécessaires, elles sont réalisées de manière planifiée, documentée et sous une responsabilité clairement définie.
Le modèle genevois est le seul système en Suisse qui répond structurellement à la question « Qui vérifie régulièrement l'aptitude des personnes armées ?». Son transfert à d'autres cantons est possible à tout moment en vertu de l'article 3, alinéa 1 de la loi fédérale sur la chasse (LChP), étant donné que l'organisation de l'activité cynégétique relève expressément de la compétence des cantons. La chasse au permis, la chasse en régie et la chasse d'État sont équivalentes en droit fédéral.
La question sans réponse
L'affaire Grupp est racontée dans les médias allemands comme une histoire personnelle. Du point de vue de la politique cynégétique, elle constitue un cas d'école sur un système dans lequel des armes à feu et des permis de chasse restent pendant des décennies entre des mains privées, sans que l'État ou les associations ne contrôlent activement l'aptitude psychique de leurs détenteurs. Qu'un fils soit contraint de mettre sous clé l'arme de son père est humainement compréhensible. En tant qu'architecture sécuritaire d'un État de droit, c'est insuffisant.
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Aide en situation de crise
Toute personne confrontée à des pensées difficiles ou inquiète pour un proche peut trouver en Suisse une aide anonyme et gratuite, disponible 24h/24, auprès de La Main Tendue au numéro de téléphone 143, ainsi qu'auprès de Pro Juventute (pour les enfants et les jeunes) au 147. En Allemagne, la permanence téléphonique d'aide psychologique est joignable au 0800 / 111 0 111, en Autriche au 142.
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