L'inspecteur genevois de la faune Dandliker démasque l'argument du permis

Dandliker, inspecteur de la faune dans le canton de Genève depuis 2001, est biologiste, ancien collaborateur de plusieurs ONG de protection de la nature, et non un activiste. Son constat après quatre décennies d'interdiction de la chasse est factuel et remarquable.
Au total, le canton doit débourser 1,2 million de francs par an pour la gestion de la faune sauvage, ce qui correspond à une tasse de café par habitante et par an, ou à une subvention agricole de 3 pour cent. En comparaison, la pêche coûterait nettement plus cher, bien que des permis y soient vendus.
Et plus loin : l'organisation d'une chasse à patente coûterait plus cher que la régulation des sangliers.
Ces deux phrases sont un coup de massue, car elles invalident en deux temps l'argument central de défense de la chasse de loisir.
Étape un : les patentes ne couvrent pas les coûts
L'idée selon laquelle les chasseurs et pêcheurs de loisir « financeraient eux-mêmes » leur hobby repose sur une simple confusion. Les patentes couvrent une fraction des coûts administratifs, de surveillance, de dommages et de coûts induits. Elles sont une redevance pour une autorisation, et non une contribution aux coûts complets.
Dandliker le montre à l'exemple de la pêche genevoise. Elle vend des licences, et pourtant elle coûte plus cher au canton que le modèle genevois sans chasse de loisir. Pourquoi ? Parce qu'une activité de loisir gérée par patentes nécessite surveillance, gestion des effectifs, mesures de repeuplement, soins, résolution des conflits, collecte de données et appareils administratifs, dont les coûts dépassent régulièrement les recettes des patentes. Ce que le canton perçoit avec les licences, il le redépense en personnel, en indemnisation des dommages et en soutien aux populations, plus un déficit notable.
Étape deux : une chasse à patente serait plus coûteuse que l'actuel modèle genevois
La seconde phrase est encore plus déterminante. Dandliker le dit clairement : si Genève transformait sa régulation des sangliers en une chasse à patente ordinaire, telle qu'elle est pratiquée dans la plupart des autres cantons, cela coûterait plus cher au canton, et non moins cher. Malgré les recettes des patentes.
La raison tient à la structure : une chasse à patente nécessite un travail administratif (attribution des baux, découpage des districts, commissions des dégâts au gibier, règlement des litiges), de la formation et des examens, des indemnisations pour dégâts au gibier avec une participation seulement partielle des chasseurs de loisir, un contrôle intensif des chasseurs de loisir par les gardes-faune étatiques, une gestion des conflits entre sociétés de chasse, forestiers et agriculteurs. Si des amateurs douteux étaient à nouveau actifs dans la gestion de la faune sauvage, les coûts ne seraient pas plus bas non plus, puisqu'ils devraient être encadrés et contrôlés intensivement, comme dans les autres cantons.
En d'autres termes : les chasseurs de loisir ne constituent pas le facteur de décharge budgétaire qu'ils prétendent être pour les autorités. Ils sont un facteur de coût.
Pourquoi cela concerne aussi la pêche
L'argument du permis est tout aussi bancal dans la pêche de loisir que dans la chasse de loisir. Les cantons mènent des recensements coûteux, exploitent des piscicultures et procèdent à des opérations de repeuplement, financent des projets de renaturation, des passes à poissons, le suivi des températures de l'eau, des contrôles sanitaires comme pour la MRP, et s'occupent des conflits entre pêche sportive et protection de la nature. Ici aussi, le bilan sobre de Dandliker s'applique : les recettes des permis ne couvrent régulièrement pas les coûts administratifs et induits. Le contribuable subventionne un loisir qui se présente comme autofinancé.
S'y ajoutent des coûts écologiques induits qui sont rarement nommés. Les poissons d'élevage utilisés pour le repeuplement, souvent issus de piscicultures, affaiblissent la diversité génétique des populations sauvages, ce qui rend à son tour nécessaires des programmes étatiques de renaturation. Les plombs de pêche contaminent les eaux et les oiseaux et entraînent des coûts d'assainissement dans les zones protégées. Le lobby de la pêche réclame des dérogations à la protection du cormoran et de la loutre, ce qui exige à nouveau administration étatique, études et gestion des conflits.
Le schéma est toujours le même
Quiconque a commencé à administrer des loisirs au moyen de permis ne peut plus sortir de la spirale des subventions. Les recettes des permis donnent extérieurement l'impression d'un autofinancement, mais ne couvrent en réalité qu'une fraction des véritables coûts complets. La différence est toujours supportée par la collectivité.
Genève a tiré de cette constatation une conséquence inhabituelle. En matière de chasse de loisir, le canton a tiré la sonnette d'alarme en 1974. La population a décidé par votation populaire de l'interdiction de la chasse. La pêche, en revanche, continue selon le modèle classique du permis, avec les conséquences ouvertement nommées par Dandliker : elle coûte au canton plus qu'elle ne rapporte.
Qui fait des comptes honnêtes parvient à une conclusion claire : le modèle du permis n'est rentable pour l'État dans aucun domaine où surviennent des coûts écologiques induits, de surveillance, d'indemnisation des dégâts et de gestion des populations. Pour la chasse de loisir, Genève a choisi la variante la moins chère : pas de délivrance de permis, un petit corps professionnel de gardes-faune, prévention et indemnisation des dégâts entre les mains de l'État. Dandliker considère la méthode actuelle comme l'alternative la plus économique pour le canton et financièrement supportable sans complications sur le long terme.
Ce que cela signifie pour le débat national
Si les associations de chasseurs de loisir en Suisse recourent à nouveau à l'argument du permis, la réponse devrait être simple : « C'est faux », et tout inspecteur de la faune qui calcule honnêtement le sait depuis plus d'une décennie. Les permis ne couvrent pas les coûts. Ils sont un instrument d'image, pas un modèle de financement.
Trois conséquences en découlent.
Premièrement : comptabilité des coûts complets. Chaque canton devrait être tenu de divulguer une fois par an les coûts complets de la chasse de loisir. Les recettes des permis, les loyers d'affermage, les redevances de permis de la pêche de loisir doivent alors être mis en regard des coûts d'administration, de garde-faune, des dommages, de la forêt protectrice, des dommages causés par le trafic et de la régulation des prédateurs. Ce bilan doit être public.
Deuxièmement : principe du pollueur-payeur. Là où la chasse de loisir produit manifestement des coûts induits, par exemple à travers des effectifs qu'elle a construits sur des décennies, ou par des blocages politiques contre les prédateurs, les associations doivent être appelées à contribuer proportionnellement, et non le budget fiscal général.
Troisièmement : changement de modèle comme option. Genève montre depuis 1974 qu'une garde-faune étatique professionnelle sans chasse de loisir peut être moins chère que le modèle classique du permis. Ce constat mérite un débat politique sérieux, et non la minimisation réflexe des associations.
Conclusion
La comparaison sobre de Dandliker entre le modèle genevois de chasse de loisir et la pêche genevoise est l'un des arguments les plus efficaces de tout le débat, précisément parce qu'il est formulé avec tant de calme. Les permis ne sont pas un autofinancement, ce sont des redevances. La comptabilité des coûts complets est supportée par le canton, c'est-à-dire par le contribuable. Une activité de loisir qui entraîne une surveillance étatique, la régulation des dommages et la gestion des effectifs ne peut jamais être couverte par les permis, parce que la logique même de ces loisirs repose sur le fait que la collectivité paie pour les conséquences.
Ainsi, la prochaine fois que l'on entendra dire que la chasse de loisir « se finance d'elle-même », on pourra tranquillement renvoyer à Genève. Là-bas, un inspecteur de la faune fort de quatre décennies d'expérience a depuis longtemps enterré ce mythe. Il serait temps que le reste de la Suisse l'écoute.
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