Scène de crime en forêt : la chasse de loisir comme crime contre l'animal
Lorsqu'un chasseur de loisir saisit son arme, ce qui commence n'est pas, du point de vue de l'animal touché, une «mission de gestion» ni une «pratique traditionnelle». C'est une agression mortelle. Là où vivait encore un être sensible, gît peu après un corps ensanglanté.
Dans tout autre contexte, nous appellerions scène de crime un endroit où quelqu'un est délibérément tué.
Seule la chasse de loisir a habitué notre société à faire comme si c'était différent.
Toute activité d'un chasseur de loisir constitue moralement une scène de crime, car une vie est supprimée sans nécessité.
Légalement autorisé, moralement monstrueux
Sur le plan juridique, le tableau est clair. Quiconque détient un permis de chasse valable, opère dans le cadre du droit de chasse et respecte les périodes de chasse ne commet aucune infraction pénale selon le droit en vigueur. La mise à mort d'un animal est, dans ce cadre, «autorisée».
Mais l'autorisation légale ne remplace pas la justification morale. Les systèmes juridiques sont le produit de majorités, de lobbys et de traditions. La chasse est profondément liée, en Europe, aux rapports de propriété, à la culture aristocratique et aux intérêts agricoles. Le fait qu'elle soit autorisée dit avant tout une chose : les intérêts des chasseurs de loisir ont historiquement été pesés plus lourds que l'intérêt des animaux à leur propre vie.
Pour le chevreuil, le renard ou l'oiseau pris individuellement, peu importe que le tir ait été «dans les règles de l'art» ou «conforme à la loi». Le résultat est toujours le même : douleur, angoisse de mort, perte de toute la vie à venir. D'un point de vue moral, ce qui compte n'est pas le tampon de la loi, mais la question : cette mise à mort était-elle vraiment nécessaire ? Dans le cas de la chasse de loisir, la réponse honnête est : non.
La vérité derrière le langage camouflé de la chasse de loisir
La chasse de loisir a développé, au fil de son histoire, son propre vocabulaire. Ce langage ne sert pas uniquement à la communication technique. Il crée une distance et dissimule la brutalité de ce qui se passe.
- Tuer devient «abttre».
- L'animal devient «la pièce».
- De la souffrance naît le «tir propre».
- Des animaux tués naît la «tableau de chasse».
Ces termes semblent neutres, parfois même esthétiques. Ils masquent le fait qu'un être vivant sans défense a été tué, souvent uniquement parce que quelqu'un pratique la chasse comme un loisir.
Au lieu de «Aujourd'hui, j'ai tué un chevreuil», on dit : «Aujourd'hui, j'ai pu prélever une belle pièce de chevreuil.» Le langage émousse la brutalité de l'acte et transforme la violence en une sorte de rituel naturel. Quiconque souhaite évaluer la chasse sur le plan moral devrait donc remplacer systématiquement ce langage camouflé par des termes concrets.
- On ne «prélève pas des pièces», on tue des animaux.
- On ne ºrégule pas les populations», on met violemment fin à des histoires de vie.
C'est seulement alors que le caractère de scène de crime devient visible.
La chasse de loisir n'est pas de la légitime défense, c'est de la violence récréative
Il existe des situations extrêmes dans lesquelles des êtres humains tuent des animaux pour survivre immédiatement. Dans de telles situations d'urgence, une discussion morale est possible. La chasse de loisir moderne n'en fait pas partie.
Les chasseurs de loisir vivent pour la plupart dans l'aisance, dans des sociétés aux rayons de supermarchés débordants. Ils n'ont pas besoin de la chasse pour se nourrir ; ils en ont besoin pour entretenir une certaine image d'eux-mêmes :
- en tant que «connaisseurs de la nature»,
- en tant que «régulateurs»,
- en tant que «gestionnaires du gibier».
En réalité, le chasseur de loisir a toujours le choix. Il pourrait se tourner vers des sources alimentaires végétales ou d'autres sources causant moins de souffrance animale. Il pourrait observer la nature aux jumelles plutôt qu'à la lunette de visée. Il choisit délibérément un «loisir» au terme duquel le sang coule.
Tuer un être sensible sans en avoir besoin n'est rien d'autre que de la violence exercée par position de supériorité. C'est précisément pourquoi le lieu de cet acte est moralement une scène de crime.
La mise en scène du chasseur de loisir en «sauveur de la nature»
Un argument central du lobby de la chasse est le suivant : sans les chasseurs de loisir, l'écosystème serait déséquilibré, les populations exploseraient et les forêts en souffriraient.
On oublie volontiers :
- De nombreux problèmes sont d'origine humaine, notamment l'agriculture intensive, la chasse de loisir, la fragmentation des habitats, l'abattage des prédateurs et le nourrissage du gibier.
- La régulation naturelle par des prédateurs tels que le loup, le lynx ou le renard est combattue depuis des décennies, car ils entrent en concurrence avec la chasse de loisir.
Le narratif « Sans nous, tout s'effondre » sert avant tout à légitimer sa propre activité. C'est un schéma classique : on commence par créer ou amplifier un problème, puis on se vend comme la solution indispensable.
La véritable écologie signifie :
- Protéger les habitats plutôt que d'y envoyer des charges de plombs.
- Reconnaître les animaux sauvages comme des cohabitants du paysage plutôt que comme des « auteurs de dommages à la faune ».
- Laisser les prédateurs assurer la régulation naturelle.
Une nature qui ne devrait être « en ordre » que lorsque des chasseurs de loisir tuent régulièrement n'est pas un écosystème sain, mais un système manipulé par l'homme avec une violence intégrée.
La perspective de la victime : la forêt comme scène de crime
Dans le débat public, une voix manque presque toujours : celle des animaux.
Si l'on se met mentalement à la place d'un chevreuil qui broute tranquillement, entend soudain une détonation, ressent une douleur brûlante, s'effondre et perd lentement conscience, la perception s'en trouve transformée.
La forêt est pour cet animal :
- un foyer,
- un refuge,
- un lieu de vie.
En une seconde, elle devient un lieu de mort. Ici gisent du sang, des douilles, un corps abattu. Le chasseur de loisir prend des photos, pose peut-être avec l'animal, parle de « Waidmannsheil ». Du point de vue de la victime, ce n'est rien d'autre qu'une scène de crime.
Les animaux ressentent la peur, le stress, la panique de fuite. Ils ont des liens affectifs, apprennent, jouent, explorent. Ils veulent vivre. Celui qui met fin à cette vie sans nécessité porte atteinte à un intérêt fondamental que nous considérons comme évident pour nous-mêmes.
De la normalité à la remise en question
La chasse de loisir vit de sa légitimité en tant que norme. « C'est ainsi depuis toujours », « les chasseurs de loisir savent ce qu'ils font », « cela fait partie de la culture ».
Pourtant, bien des choses qui étaient « ainsi depuis toujours » ont un jour été reconnues comme une injustice au cours de l'histoire. Le travail des enfants, les châtiments corporels à l'école, la maltraitance des animaux dans les cirques ont longtemps été considérés comme allant de soi. Aujourd'hui, ils sont jugés inacceptables.
Ce processus commence également pour la chasse de loisir.
- De plus en plus de personnes refusent que des animaux soient abattus par plaisir de tuer ou pour obtenir des « trophées ».
- De plus en plus d'études scientifiques attestent la richesse des émotions et des expériences vécues par les animaux sauvages.
- De plus en plus de voix exigent que la violence envers les animaux ne soit plus tolérée sous le manteau des « traditions ».
Celui qui remet en question la chasse de loisir ne questionne pas une tradition, mais rend visible ce qu'elle est en réalité : une violence organisée contre des êtres sans défense.
Conséquence : désigner la chasse de loisir comme délit moral
Lorsqu'on raisonne de manière éthiquement cohérente, la marge de manœuvre est étroite.
- Un acte par lequel un être sensible est tué sans nécessité.
- Un acteur qui agit par motivation de loisir, tradition ou satisfaction personnelle.
- Un cadre juridique qui protège cette pratique, mais ne reconnaît pas la victime comme titulaire de droits propres.
D'un point de vue moral, il ne s'agit pas d'un «domaine de loisir normal», mais d'un acte délictueux. Le lieu où cela se produit est donc une scène de crime.
Tant que notre droit ne traite les animaux que comme des objets, cette scène de crime ne sera pas traitée comme telle. Mais moralement, elle est réelle. Chaque cartouche qui pénètre un corps, chaque cœur qui reste dans la ligne de mire, nous le rappelle.
Il est temps de désigner la chasse de loisir, en termes linguistiques et politiques, telle qu'elle est du point de vue des animaux. Non pas gestion, non pas coutume, non pas romantisme de la nature. Mais un acte par lequel une vie est ôtée sans nécessité.
Et là où l'on tue sans nécessité, la forêt n'est pas un «territoire de chasse». C'est une scène de crime.
Dossier : Chasse et protection des animaux
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