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Environnement & protection de la nature

Prolongation du moratoire sur le génie génétique : un pas vers l'avenir ou un frein à l'innovation ?

Le Parlement souhaite disposer de plus de temps pour débattre de la manière de traiter les nouvelles techniques de génie génétique. Il entend maintenir en vigueur jusqu'à fin 2030 le moratoire sur la culture d'organismes génétiquement modifiés, en place depuis 2005.

Rédaction Wild beim Wild — 7 juin 2025

Le Conseil des États a approuvé jeudi 5 juin 2025 la prolongation du moratoire de cinq ans.

La chambre haute a rendu sa décision lors du vote sur l'ensemble sans voix contraires et avec deux abstentions. Le Conseil national avait déjà approuvé la prolongation du moratoire lors de la session de printemps, à une nette majorité.

Le moratoire actuel est en vigueur jusqu'à la fin de l'année en cours. Le projet a été élaboré par la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil national (CSEC-N) sur la base d'une initiative parlementaire. Celle-ci souhaitait initialement prolonger le moratoire jusqu'à fin 2027.

Le Conseil fédéral s'était toutefois prononcé en faveur d'un délai plus long de cinq ans, auquel les deux chambres ont désormais donné leur accord.

Vif débat autour des nouvelles technologies

Comme au Conseil national, une minorité de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil des États (CSEC-E) souhaitait déjà établir une distinction entre le génie génétique classique et les nouvelles méthodes.

Elle réclamait une réglementation spéciale pour les plantes sélectionnées à l'aide de nouvelles méthodes et auxquelles aucun matériel génétique transgénique n'a été ajouté. Pour celles-ci, le moratoire ne devrait s'appliquer que jusqu'à fin 2027.

Comme au Conseil national, cette proposition a également suscité un débat animé à la chambre haute : on dispose depuis environ 20 ans d'une interdiction technologique qui n'est pas souhaitable. «Avec ces nouvelles techniques de sélection, nous obtenons un résultat qui se produit également dans la nature», a déclaré Matthias Michel (FDP/ZG) devant le conseil.

Les nouvelles technologies pourraient aider l'agriculture et réduire les atteintes à l'environnement. Des centaines de tonnes de produits impopulaires et nuisibles pourraient ainsi devenir superflues. En distinguant le génie génétique des nouvelles méthodes, le Parlement pourrait envoyer un signal politique fort, a poursuivi Michel.

«Ce que nous avons ici, c'est un blocage complet de l'innovation», a déclaré Andrea Gmür-Schönenberger (Le Centre/LU). Il ne s'agit pas non plus d'une décision précipitée. Les arguments régulièrement avancés en faveur de la prolongation du moratoire sont «hostiles à la recherche», a affirmé Hannes Germann (UDC/SH). La Suisse serait pourtant «le pays comptant le plus d'innovations dans le monde».

Le scepticisme persiste

Le Centre en particulier s'est montré divisé face à la proposition de la minorité de la commission : «La confiance est un bien précieux», a déclaré Peter Hegglin (Le Centre/ZG). La commercialisation des denrées alimentaires suisses comme exemptes de génie génétique fonctionne.

«Si nous assouplissons maintenant ou raccourcissons le délai, créant ainsi une lacune jusqu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, nous mettons en jeu la confiance des consommateurs et des consommatrices», a argumenté Hegglin. Les conséquences seraient imprévisibles. Il faudrait agir avec discernement et prudence. «Il ne s'agit pas ici d'une question de patience, mais de crédibilité», a déclaré Charles Juillard (Le Centre/JU).

De plus, la recherche sur les nouvelles techniques de sélection est déjà autorisée en Suisse et de nombreux moyens financiers y sont consacrés, a fait remarquer Maya Graf (Verts/BL).

«Mais il en va ainsi que ces plantes de laboratoire, lors de leur mise en liberté, ne produisent pas ce qu'on en attend», a expliqué Graf. Il n'existerait qu'une cinq à dix espèces végétales environ autorisées à la commercialisation. Ce que l'on répand dans l'environnement ne peut plus être repris. Il importerait en outre d'avancer «au même pas que l'accord agricole avec l'UE».

Au terme des délibérations, le Conseil s'est rangé, avec une nette majorité de 27 voix contre 14, du côté de la majorité de la CEATE-E et a également soumis les nouvelles méthodes de sélection au moratoire prolongé de cinq ans.

Plus de marge de manœuvre pour le Parlement

Le ministre de l'environnement Albert Rösti a également approuvé cette décision. «Vous devez vous confronter aux faits du génie génétique. La transgénèse classique n'a pas tenu ses promesses», a déclaré le Conseiller fédéral.

C'est pourquoi il était absolument juste que le Parlement ait prolongé le moratoire à plusieurs reprises. «Les conditions n'étaient tout simplement pas réunies, vous pouvez le constater à l'échelle mondiale.» Ce qui constitue ou non du génie génétique doit être défini par la loi. «Nous ne perdons la confiance qu'une seule fois sur ces questions», a averti Rösti. La prolongation du moratoire crée une sécurité juridique.

Au premier trimestre 2026, le Conseil fédéral souhaite soumettre au Parlement le projet relatif aux nouvelles techniques de sélection. La consultation à ce sujet a été ouverte. Dès octobre 2023, le Conseil fédéral avait indiqué qu'il visait à long terme une ouverture prudente.

Avec la prolongation décidée jeudi, le Parlement dispose d'une plus grande marge de manœuvre pour tenir compte des développements au sein de l'UE dans la nouvelle loi. Une majorité des États membres de l'UE s'était prononcée en mars de l'année en cours en faveur d'un assouplissement des règles sur le génie génétique. Leurs représentants ont approuvé un compromis en ce sens. Le projet doit encore être ratifié par le Parlement européen.

Les associations contre le génie génétique saluent la décision

L'Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique a qualifié la prolongation du moratoire décidée jeudi de «succès à l'arrière-goût amer», selon son communiqué. Le Conseil fédéral voudrait exclure le plus tôt possible les nouvelles procédures de génie génétique du champ d'application du moratoire. L'Alliance s'y oppose.

La prolongation du moratoire de cinq ans est une bonne nouvelle, a également indiqué l'association pour des denrées alimentaires sans génie génétique. Il est cependant préoccupant que le Conseil fédéral prenne actuellement des dispositions pour contourner le moratoire à l'avenir et «introduire le nouveau génie génétique par la porte dérobée».

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