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Chasse

La Finlande tire sur le loup

À partir du 1er janvier, la chasse au loup doit reprendre en Finlande. Ce que le portail Nordisch.info décrit sobrement comme une « régulation des effectifs » constitue en réalité un tournant profond : le gouvernement supprime une protection en vigueur depuis 1973 et autorise dans un premier temps l'abattage de 65 loups. La ministre de l'Agriculture Sari Essayah parle d'une « étape historique ».

Rédaction Wild beim Wild — 21 novembre 2025

Cette étape est effectivement historique, mais du point de vue de la protection de la nature, elle va dans la mauvaise direction.

Le gouvernement a engagé une modification de la loi sur la chasse qui met fin à la période de protection annuelle jusqu'ici accordée au loup. À l'avenir, la saison de chasse sera fixée par ordonnance gouvernementale, et les quotas d'abattage régionaux seront déterminés par le ministère de l'Agriculture. Pour le démarrage, 65 loups sont prévus.

La justification officielle : les inquiétudes croissantes de la population à l'égard des loups et d'autres prédateurs. Les loups s'attaqueraient aux animaux d'élevage et aux animaux domestiques, dit-on. Le fait qu'aucun être humain n'ait été tué par un loup en Finlande depuis le XIXe siècle est à peine mentionné dans cet alarmisme sécuritaire.

Les chiffres derrière la panique

La population de loups en Finlande a effectivement augmenté ces dernières années. L'institut de recherche public Luke estime qu'en mars 2025, le pays comptait environ 413 à 465 loups, avec une valeur la plus probable d'environ 430 individus. C'est environ 46 pour cent de plus que l'année précédente, où l'on estimait encore quelque 295 individus.

Deux détails sont importants :

  • L'estimation porte sur la fin de l'hiver, période à laquelle les effectifs sont au plus bas. Au cours de l'année, ils augmentent grâce aux naissances, puis diminuent à nouveau sous l'effet de la mortalité naturelle ainsi que des abattages légaux et illégaux.
  • Les animaux sont répartis sur seulement 76 territoires, soit de petites sous-populations isolées.

Parallèlement, les données de Luke et du site officiel sur les grands prédateurs Suurpedot.fi le confirment : le loup est toujours classé comme « menacé » en Finlande, c'est-à-dire une espèce dont la population pourrait continuer à diminuer sans mesures de protection.

Le gouvernement fait valoir que cette augmentation soudaine justifie une « régulation des effectifs ». Ce qui est passé sous silence : dans la zone septentrionale d'élevage de rennes, le loup est de fait déjà éradiqué. Là, 26 loups ont été abattus en un seul hiver grâce à des dérogations, et il n'existe plus dans cette zone aucune meute dont la présence serait durablement documentée.

Un animal menacé est politiquement abandonné à la chasse

Plusieurs travaux scientifiques et évaluations nationales établissent que le loup finlandais demeure une espèce menacée. Une analyse portant sur la population de loups résidents en Finlande souligne que l'espèce figure sur la Liste rouge finlandaise comme menacée et devrait bénéficier d'une protection stricte en dehors de la zone d'élevage de rennes.

La Fédération finlandaise pour la protection de la nature, Suomen luonnonsuojeluliitto, va encore plus loin et parle d'une espèce « en danger critique ». Dans une prise de position datée d'octobre 2025, l'association critique les projets de chasse générale au loup comme « totalement prématurés et excessifs ». L'espèce n'aurait pas encore atteint ce que l'on appelle l'état de conservation favorable.

Particulièrement préoccupant : les défenseurs de la nature finlandais rappellent qu'une « chasse de régulation » similaire en 2015/16 avait déjà provoqué un effondrement massif de la population. C'est précisément contre ce scénario qu'ils mettent à nouveau en garde.

L'UE ouvre la voie, les États membres s'engouffrent

L'offensive contre le loup n'est pas un phénomène purement finlandais, mais s'inscrit dans un glissement à l'échelle européenne.

En décembre 2024, les États parties à la Convention de Berne ont décidé d'abaisser le statut de protection du loup de « strictement protégé » à « protégé ». Cela facilite pour les États membres l'octroi d'autorisations de chasse.

En mai 2025, le Parlement européen a suivi : la directive Habitats a été modifiée et le loup a été retiré de la liste des espèces strictement protégées. La nouvelle réglementation autorise des chasses de régulation, du moment qu'un état de conservation favorable est formellement revendiqué. Les associations environnementales critiquent le fait que cet assouplissement est politiquement motivé et scientifiquement mal fondé.

Dans cette atmosphère, la Finlande exploite immédiatement le nouveau terrain juridique. Le fait que le pays ait dû défendre ses pratiques de chasse au loup à deux reprises devant la Cour de justice européenne et qu'il ait perdu en 2007 dans une procédure de la Commission européenne, en raison de l'octroi trop laxiste d'autorisations d'abattage, ne joue pratiquement aucun rôle dans le débat actuel.

Les défenseurs de la nature tirent la sonnette d'alarme

Suomen luonnonsuojeluliitto réclame un «timeout» pour la chasse au loup. Avant toute forme de chasse de gestion des effectifs, le plan de gestion de l'espèce devrait être actualisé avec une large participation. Ce n'est que lorsque les effectifs, l'aire de répartition et la diversité génétique seront durablement stables que l'on pourra parler de chasse contrôlée.

L'ONG critique également le fait qu'en parallèle d'une chasse générale, des autorisations spéciales continueraient à être accordées généreusement et que la police pourrait en outre faire tuer des loups. Dans une évaluation récente, l'association qualifie dix des 37 dérogations d'illégales, au motif que les conditions légales n'auraient pas été remplies.

Les défenseurs de la nature avertissent : si l'on tire dans des meutes familiales, les structures sociales se désintègrent, les jeunes loups errent seuls et perdent leur méfiance envers les zones habitées. C'est précisément ainsi que le nombre d'«animaux à problèmes» pourrait augmenter plutôt que diminuer.

Un sentiment de sécurité à la place des faits

Le gouvernement invoque les «préoccupations croissantes des citoyens» et fait référence à l'augmentation des observations à proximité des villages. De fait, les rencontres signalées ont été multipliées : rien qu'entre janvier et mai 2025, 12’000 observations dans la nature et 4’000 signalements de loups dans des zones résidentielles ont été enregistrés, soit plus du double par rapport à la même période l'année précédente.

Ces chiffres ne disent cependant pas grand-chose sur les risques réels. Ils reflètent également la notoriété croissante de l'espèce, la prolifération des caméras de surveillance de la faune et une disposition de plus en plus grande à signaler les observations. Dans le même temps, le fait indéniable demeure que depuis 1882, aucun être humain n'a été tué par un loup en Finlande.

Face à cela, des risques bien réels pèsent sur les loups eux-mêmes : ordres de tir, abattages légaux et illégaux, appauvrissement génétique dû à de petites sous-populations isolées.

Ce que signifieraient 65 abattages

À première vue, 65 loups sur une population d'environ 430 individus peuvent sembler un quota modéré. Mais cette perspective occulte plusieurs points :

  1. Ce chiffre n'est qu'un début. Les 65 animaux sont considérés comme une "entrée en matière". La loi permet d'ajuster le quota à la hausse de manière flexible à l'avenir.
  2. D'autres mises à mort s'y ajoutent. Aujourd'hui déjà, des loups sont tués par le biais d'autorisations spéciales, d'accidents de la route et de chasses illégales. Luke a documenté à lui seul 26 abattages en un an dans la zone à rennes.
  3. Une petite population, un grand impact. Une étude sur la population de loups finlandaise indique qu'une mortalité supplémentaire même relativement faible peut faire basculer le stock, car il existe encore nettement moins de meutes que ce qui serait nécessaire pour une population stable à long terme.

Dans ce contexte, le quota prévu n'est pas une "mesure de précaution". C'est un objectif fixé politiquement, susceptible de conduire l'espèce au bord d'un nouvel effondrement.

Contexte européen : le loup comme bouc émissaire

La Finlande n'est pas seule dans cette offensive. La Suède a lancé une chasse au loup en début d'année visant à réduire de moitié la population nationale d'environ 375 individus à quelque 170. Des organisations internationales de protection de la nature estiment cette démarche potentiellement incompatible avec le droit de l'UE, d'autant que le loup y est également considéré comme menacé.

Parallèlement, l'UE abaisse ses normes de protection en invoquant des conflits avec l'élevage pastoral. Pourtant, même des analyses proches de l'UE montrent que des mesures préventives telles que les chiens de protection des troupeaux, les clôtures et une pratique modifiée du pâturage peuvent s'avérer nettement plus efficaces que les fusils.

Malgré cela, le loup est politiquement érigé en animal symbole de la frustration rurale, en écran de projection des craintes face aux mutations sociales. Cela explique pourquoi les gouvernements annoncent des mesures dures contre un animal qui, objectivement, s'attaque rarement aux bêtes et ne met pratiquement jamais les humains en danger, tandis que d'autres causes de la crise de l'élevage pastoral — pression sur les prix, système de subventions, commerce mondial — sont traitées avec bien moins d'énergie.

Des alternatives au fusil

Les organisations de protection des animaux et de nombreux experts réclament, plutôt que la chasse, une promotion systématique de la prévention :

  • soutien financier pour des clôtures électriques sécurisées contre les loups
  • programmes de soutien pour les chiens de protection des troupeaux
  • versements rapides d'indemnisation en cas d'attaque
  • campagnes de sensibilisation sur la manière de ne pas attirer les loups (nourriture, déchets, compostières non sécurisées)

De telles mesures sont plus contraignantes qu'une décision d'abattage, mais elles s'attaquent au véritable problème : la coexistence entre les humains et les prédateurs dans les paysages cultivés.

L'administration finlandaise connaît ces instruments, mais mise politiquement sur le signal facilement communicable de la chasse. Dans une question au Parlement européen, la thèse a été réitérée selon laquelle la chasse «rendrait les loups à nouveau craintifs face à l'être humain».

La recherche montre au contraire que des tirs non ciblés détruisent précisément les structures de meutes et peuvent ainsi augmenter le risque que des individus isolés inexpérimentés fréquentent les zones habitées ou adoptent des comportements atypiques.

Le loup finlandais n'est pas une histoire à succès que l'on peut désormais «réajuster à coups de fusil». Il demeure une espèce menacée à la structure de population fragile, qui dépend encore d'une protection rigoureuse. La chasse planifiée donnera peut-être à certains groupes d'intérêt le sentiment de retrouver «le contrôle» à court terme. À long terme, elle risque de détruire précisément ce dont on est si fier dans les discours du dimanche : la proximité nordique tant vantée avec la nature et le respect envers les animaux sauvages.

Tant que des gouvernements comme celui d'Helsinki font du loup une monnaie d'échange politique, il est clair qui paie en fin de compte : un prédateur qui ne fait que ce pour quoi il est indispensable aux écosystèmes depuis des millénaires.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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