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Faune sauvage

Des insecticides hautement toxiques détectés dans les forêts suisses

La somme de ce cocktail de poisons affecte également la faune sauvage de manière massive.

Rédaction Wild beim Wild — 8 avril 2019

En 2018, environ 700 kilogrammes d'insecticides hautement toxiques ont été pulvérisés sur des troncs abattus dans les forêts suisses. C'est ce que révèlent les recherches des Médecins pour la protection de l'environnement (AefU). Si la forêt n'avait pas à servir de dépôt de bois, le recours aux produits chimiques serait inutile, comme le montre l'exemple de Glaris. Les AefU réclament l'interdiction de ces traitements chimiques en forêt.

Le scolyte raffole du bois abattu non écorcé et peut l'infester. Pour y remédier, de nombreuses entreprises forestières, notamment au printemps, pulvérisent des insecticides extrêmement toxiques à base de cyperméthrine (cf. encadré). La quantité de produits utilisés est inconnue de la Confédération.

Les Médecins pour la protection de l'environnement (AefU) ont donc établi une extrapolation sur la base d'une enquête auprès des 25 délégués cantonaux aux forêts. Environ 700 kilogrammes d'insecticides hautement toxiques ont été pulvérisés en 2018 sur des troncs d'arbres abattus dans les forêts suisses (ce que l'on appelle la pulvérisation de bois en grume). Les forêts reçoivent ainsi environ douze pour cent de la quantité totale de cyperméthrine vendue en Suisse.

Des insecticides même interdits répandus en forêt

Les recherches des AefU révèlent également que des pesticides déjà interdits ont été utilisés dans les forêts suisses en 2018. Dans les forêts argoviennes, quatre produits phytosanitaires interdits depuis juillet 2017 ont été appliqués sur des troncs d'arbres. Deux d'entre eux contiennent du chlorpyrifos, extrêmement toxique (cf. encadré). Des dépôts de bois dans les forêts bernoises ont également reçu en 2018 un produit à base de chlorpyrifos ainsi que deux autres insecticides interdits. Dans les cantons de Fribourg, de Lucerne et de Zoug, un produit interdit a été utilisé dans chaque cas.


Des troncs d'arbres abattus sont traités avec des insecticides hautement toxiques. Photo : Direction des travaux publics du canton de Zurich

La loi fédérale sur les forêts stipule certes : «Aucune substance dangereuse pour l'environnement ne peut être utilisée en forêt» (art. 18 LFo). Des dérogations sont possibles, mais celles-ci semblent plutôt être la règle : 22 des 25 offices cantonaux des forêts ont autorisé en 2018 l'utilisation d'insecticides hautement toxiques pour «imprégner» des troncs d'arbres abattus en forêt.

Le label FSC ne protège pas la forêt contre les insecticides

Produits chimiques

Étonnamment, le label bois FSC1 Suisse autorise également l'utilisation des insecticides hautement toxiques à base de cyperméthrine. En Suisse, «les propriétaires forestiers se retireraient du FSC sans la dérogation pour la cyperméthrine». Si le bois «était écorcé ou évacué en permanence, l'utilisation de cyperméthrine ne serait pas nécessaire», explique Hubertus Schmidtke, directeur de l'association FSC Suisse, en réponse à une demande de l'AefU. Dès cet été, FSC Suisse envisage de ne plus accepter la cyperméthrine. Cela serait une bonne chose pour le label.

La forêt glaronnaise sans poison

Ce que FSC Suisse ne fait encore que planifier est en vigueur dans le canton de Glaris depuis au moins cinq ans. Ils avaient alors décidé de ne plus utiliser d'insecticides en forêt, déclare Maurus Frei, responsable du service forestier glaronnais. Pour cela, la majeure partie du bois doit être immédiatement évacuée de la forêt dans le canton de Glaris. Si cela réussit, les insecticides deviennent superflus. C'est une question d'organisation, et cela a également fonctionné en 2018 malgré la tempête «Burglind».

Un boomerang pour l'image écologique du bois suisse

La plupart des cantons, ainsi que l'Office fédéral de l'environnement OFEV, justifient l'utilisation d'insecticides sur les grumes récoltées par la nécessité de maintenir la compétitivité de l'économie forestière et du bois suisses. Toutefois, cette approbation des pesticides lors de la récolte du bois pourrait se révéler être un boomerang pour l'image écologique du bois suisse, sur laquelle la branche se fonde.

Stop aux pesticides en forêt

L'AefU exige l'interdiction de l'utilisation d'insecticides dans l'ensemble des forêts suisses. L'exemple glaronnais le montre : c'est possible aussi sans poison.

Les insecticides cyperméthrine et chlorpyrifos

Les cyperméthrines sont considérées comme très toxiques pour l'être humain, irritantes et nocives pour les organes. Certaines sont soupçonnées d'agir comme des hormones et de provoquer des cancers. Toutes les cyperméthrines sont en outre de puissants poisons pour les poissons. Elles représentent un grand danger pour les cours d'eau situés à proximité. La zéta-cyperméthrine est de surcroît toxique pour les abeilles.

Le chlorpyrifos est également considéré comme très toxique et irritant, et est soupçonné d'être actif sur le plan hormonal ainsi que de nuire au développement cérébral des enfants. Le chlorpyrifos est aussi un puissant poison pour les poissons et est en outre toxique pour les oiseaux.

Les champs des agriculteurs biologiques sont également contaminés par des pesticides

Les champs de la plupart des exploitations bio du Plateau sont contaminés par des pesticides. C'est la conclusion d'une étude de l'Université de Neuchâtel, rapportée par la «NZZ am Sonntag». Deux chercheurs ont analysé 702 échantillons de plantes et de sol provenant de 62 exploitations agricoles et ont publié leurs travaux dans la revue spécialisée «Applied Ecology».

Les scientifiques neuchâtelois ont également examiné des surfaces de compensation écologique. Il en est ressorti que 81 % des sols et 93 % des plantes étaient contaminés par des néonicotinoïdes.

Les exploitations bio elles-mêmes ne sont pas responsables de la contamination de leurs champs. La charge en résidus toxiques y est certes plus faible que dans les exploitations conventionnelles. Ces résidus parviennent sur les champs bio par dérive depuis les exploitations conventionnelles voisines.

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