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Éducation

Course aux armements : conflits sexuels chez les canards

Jusqu'à présent, on supposait chez les canards (Anatidae) que « grand pénis, copulation forcée, grands œufs » allaient de pair. Une étude récente menée par l'Institut Konrad Lorenz pour la recherche comparative en comportement à l'Université vétérinaire de Vienne vient de réfuter cette hypothèse de la course aux armements.

Rédaction Wild beim Wild — 5 mai 2020

Jusqu'à présent, on supposait chez les canards (Anatidae) que « grand pénis, copulation forcée, grands œufs » allaient de pair. Une étude récente menée par l'Institut Konrad Lorenz pour la recherche comparative en comportement à l'Université vétérinaire de Vienne vient de réfuter cette hypothèse de la course aux armements.

Il semblerait que ce soit plutôt le contraire : la longueur du pénis et la taille des œufs sont corrélées négativement — plus le pénis du canard mâle est grand, plus les œufs sont petits. Cela indique que la course aux armements évolutive entre les copulations forcées d'un côté et les contre-mesures anatomiques de l'autre chez les canards ne peut pas se poursuivre indéfiniment.

Canards : rapport vaginal plutôt que baiser cloacal

Chez la plupart des oiseaux, l'accouplement consiste en un baiser cloacal. Le mâle et la femelle pressent l'un contre l'autre leur orifice commun servant à l'urine, aux intestins et à la reproduction, permettant ainsi aux spermatozoïdes d'atteindre le cloaque de la femelle. Il en va autrement chez les canards : le mâle monte la femelle et la pousse sous l'eau. Ce que l'on ne voit pas : contrairement à la plupart des autres oiseaux, un pénis est extrudé hors du cloaque lors de l'accouplement. Autre différence majeure : ces copulations sont fréquemment forcées et entraînent souvent de graves complications chez les femelles — pouvant aller jusqu'à la mort, notamment par noyade.

Ces copulations forcées sont scientifiquement expliquées comme un conflit sexuel ouvert et une course aux armements évolutive entre les sexes. Ainsi, les femelles ont développé comme mesure défensive des replis dans le tractus génital féminin qui s'enroulent dans le sens des aiguilles d'une montre, tandis que les replis sur le pénis du mâle sont orientés dans le sens inverse.

Course aux armements entre les sexes

Un ensemble de données plus important que dans les études précédentes a permis aux chercheurs de tester la relation entre la taille du pénis, les copulations forcées et la taille des œufs pondus. Les résultats contredisent les hypothèses formulées jusqu'à présent, comme l'explique Hans Winkler de l'Institut Konrad-Lorenz pour la recherche comparative en comportement animal de la Vetmeduni Vienna : «Les résultats de notre étude nous obligent à rejeter l'hypothèse antérieure, car la taille des œufs est négativement corrélée avec la longueur des pénis enroulés en forme de tire-bouchon et le nombre de spirales vaginales. Le compromis apparent entre la taille des œufs et la défense morphologique des femelles, les tractus vaginaux enroulés en sens inverse, est particulièrement prononcé chez les espèces monogames.» Ainsi, la course aux armements entre les grands pénis des canards mâles, les copulations forcées qui y sont associées et les spirales vaginales ne peut pas escalader sans limite. Dans l'ensemble, les chercheurs estiment qu'il existe des facteurs qui fixent un seuil minimal pour la taille des œufs. Ceux-ci limitent également la défense morphologique des femelles (le nombre de spirales vaginales en fonction de la longueur moyenne du pénis du canard mâle) et, partant, la course aux armements entre les sexes.

Un domaine de recherche fascinant

De nombreux aspects de la biologie de la reproduction des oiseaux aquatiques sont bien étudiés en raison de leur valeur commerciale. Néanmoins, des détails importants restent obscurs. Il reste par exemple encore beaucoup à faire pour mieux comprendre la morphologie, les mécanismes de défense et de sélection des femelles. «Nous pouvons nous attendre à de nombreuses découvertes surprenantes à mesure que davantage de détails sur le comportement d'autres espèces d'oiseaux aquatiques à l'état sauvage seront connus. En particulier, nous estimons que les études d'écologie comportementale des oiseaux aquatiques continueront à livrer des résultats passionnants et des aperçus sur la dynamique évolutive des conflits sexuels», précise Hans Winkler à propos de ses travaux de recherche tout juste publiés dans la revue «Journal of Avian Biology» avec pour premier auteur Bernd Leisler de l'Institut Max-Planck d'ornithologie, Radolfzell, Allemagne.

Pourquoi les femelles acceptent-elles les copulations forcées ?

Comme autre mesure défensive contre les copulations forcées, les femelles pourraient également abandonner les œufs issus d'une telle union et ne pas les couver. Ce n'est toutefois pas le cas. La raison pour laquelle elles n'abandonnent pas leur couvée a été expliquée jusqu'ici par la science (Briskie et Montgomerie 1997, 2007) de la manière suivante : les femelles qui produisent des œufs de grande taille — et donc «coûteux» — par rapport à leur masse corporelle ne seraient pas enclines à abandonner leur «investissement» — c'est-à-dire un grand œuf — même si elles ont été victimes d'une copulation forcée. Cela inviterait pour ainsi dire les mâles, d'un point de vue évolutif, à continuer de développer de grands pénis et à maintenir les copulations forcées. Une hypothèse que la présente étude vient de réfuter. En savoir plus sur la fascinante biodiversité du monde animal sur wildbeimwild.com.

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