Braconnage sans précédent dans le Jura
Pour le tribunal, il n'existe pas de plus grand menteur qu'un chasseur.
En 2009, quatre chasseurs amateurs jurassiens ont comparu devant le tribunal pénal de Porrentruy pour braconnage.
Ils auraient, de 2002 à 2006, abattu illégalement plus de 200 animaux. L'un des prévenus était garde-chasse auxiliaire ; il a nié les accusations lors du premier jour du procès.
L'affaire a été considérée comme le plus grand cas de braconnage en Suisse et comme le plus important jamais enregistré dans le canton du Jura. Les quatre hommes sont accusés d'avoir abattu clandestinement 138 chevreuils, 36 lièvres, 12 sangliers, 1 chouette, 1 chat sauvage et 11 chamois. Des violations des lois fédérales ainsi que de la loi cantonale sur la chasse leur sont reprochées. Lors de la perquisition du domicile de l'un des prévenus, les enquêteurs ont découvert deux fusils équipés de silencieux, dont le port et l'usage à la chasse étaient interdits en Suisse.
Le Jura n'a jamais connu un incident de cette ampleur.
Christophe Noël, gestionnaire cantonal de la faune sauvage
Le braconnage avait été découvert à l'été 2006, lorsqu'un garde-chasse avait vu passer en trombe son aide-garde de 36 ans et une autre personne à bord d'un véhicule. Il avait suivi la piste et était tombé sur un chevreuil dissimulé. La police avait ensuite saisi des dizaines de trophées de chasse, des armes, des documents et de la viande de gibier conservée dans un congélateur.
Le canton du Jura, plaignant et partie civile, réclame des dommages et intérêts d'un montant de 142 458 francs. L'indemnisation pour un chevreuil tué illégalement est comprise entre 1’000 et 1’400 francs. L'État avait déjà mis en place des mesures de surveillance en 2005, après que des rumeurs sur ces actes de braconnage avaient commencé à circuler. L'enquête a duré plus de deux ans.
Au cours du procès, une controverse a éclaté : les défenseurs ont affirmé que le canton, qui avait dépêché un représentant de l'Office de l'environnement à l'audience, avait commis une erreur administrative. Ils estimaient que seul le ministère des Finances pouvait faire valoir des prétentions de droit civil. Le tribunal a précisé que les prétentions financières du canton du Jura relèvent du droit administratif. Il appartient à l'Office de l'environnement, compétent pour la surveillance de la chasse, d'infliger des amendes aux braconniers.
Le président du tribunal Damien Rérat et les deux juges assesseurs n'ont pas cru une seule seconde aux versions du quatuor. «Leurs versions ont constamment changé au cours de l'instruction.» Un flot d'invraisemblances qui n'ont pas plu au tribunal. Tout comme la tactique : «Charger l'un pour décharger l'autre…». Sans parler du demi-frère qui s'est suicidé en 2005 et qui aurait braconné seul presque tous les 200 animaux figurant dans l'acte d'accusation.
Bien qu'ils niassent les faits, se présentassent comme des défenseurs de l'environnement, fissent croire aux gens qu'ils étaient victimes d'un complot et de l'intransigeance des enquêteurs, ils tentaient de rejeter la faute sur celui de leur groupe qui semblait être le plus faible, ne disposant pas de moyens financiers et étant dépourvu de permis de chasse.
Le procès, et notamment les auditions de certains témoins, a mis en lumière les rivalités au sein du monde de la chasse jurassienne. Le procureur avait dépeint une bande organisée qui imposait sa loi dans les forêts des Franches-Montagnes.
Malgré leurs dénégations, les quatre chasseurs de loisir du canton du Jura, accusés d'avoir abattu illégalement près de 200 animaux, ont été reconnus coupables. Leurs peines sont assorties du sursis, à l'exception de l'interdiction de chasse.
Les deux braconniers de Saignelégier impliqués dans cette affaire sont frères, l'un d'eux étant garde-chasse auxiliaire. Le frère du garde-chasse auxiliaire a reconnu les faits après une nuit d'interrogatoire. Ce braconnier possédait un permis de chasse français, qui n'est toutefois pas valable dans le canton du Jura.
Trois des quatre accusés ainsi que le ministère public ont fait appel du jugement du tribunal pénal. Les avocats ont réclamé l'acquittement de leur mandant.
L'ancien garde-chasse auxiliaire a été condamné à 18 mois de prison (peine maximale), assortis d'un sursis de cinq ans. Il n'a donc pas eu à passer six mois derrière les barreaux, comme l'aurait souhaité le ministère public. Le juge l'a reconnu coupable d'avoir abattu illégalement 87 chevreuils, 26 lièvres, neuf sangliers, une chouette, un chat sauvage et huit chamois. L'habitant de Saignelégier a également dû s'acquitter d'une amende de 5’000 francs, soit le montant maximal. Ainsi que d'une interdiction de chasse en Suisse pour une durée de 10 ans.
Après l'appel : L'assistant-garde-chasse a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pendant quatre ans, contre cinq ans lors du prononcé du jugement. Le tribunal a également assoupli l'interdiction de chasse de dix ans en Suisse en la suspendant entièrement.
Le chasseur amateur de Bourrignon a également été condamné en première instance à 18 mois avec sursis pendant cinq ans et son permis de chasse lui a été retiré pour dix ans. Le tribunal lui a reproché 32 chevreuils, sept lièvres et autant de sangliers ainsi que trois chamois.
Après l'appel : Ce chasseur amateur, condamné en première instance à une peine de 18 mois avec sursis, a été condamné à une peine de 240 jours avec sursis et à une amende de 130 francs. L'interdiction de chasse en Suisse a également été suspendue.
Le troisième braconnier domicilié à Goumois s'en est tiré « relativement bien » avec cinq chevreuils et 150 jours-amendes suspendus pendant trois ans. Pour lui, l'interdiction de chasse est de trois ans.
Après l'appel, le troisième membre du groupe a reçu une amende de 120 jours-amendes ainsi qu'une interdiction de chasse également suspendue.
Le frère de l'ancien assistant-garde-chasse s'est vu reprocher un chevreuil et un chamois. Le jugement : 60 jours-amendes (10 francs) avec sursis pendant trois ans, plus un an d'interdiction de chasse. C'est un coup dur pour cet homme des Pommerats, qui n'a jamais obtenu de permis de chasse en Suisse. Parmi les quatre, il était le seul à avoir reconnu ses erreurs.
Les frais de justice de 22’700 francs ont été répartis entre les quatre.
La dite affaire de braconnage franc-montagnard a enfin trouvé son épilogue, écrit le canton du Jura. Le 11 février 2013, le Tribunal fédéral a rejeté les appels déposés l'année précédente par les deux principaux protagonistes et a statué en faveur de l'État. Les quatre braconniers doivent donc finalement payer, outre les frais de procédure, les dommages causés par les animaux tués illégalement, soit un total d'environ 115’000 francs.
Dossiers et articles connexes :
- La liste noire de Chasse Suisse
- Dossier : Lois sur la chasse et contrôle
- Dossier : Chasse et armes
- Texte modèle : Chasse de loisir et criminalité dans le canton
- Texte modèle : Surveillance indépendante de la chasse
- Tous les articles : Criminalité & Chasse
Soutiens notre travail
Avec ton don, tu contribues à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don →