Sourire à côté du cadavre
Ce que les photos de chasseurs amateurs posant avec des animaux sauvages morts révèlent sur nous en tant que société.
Ce sont des images qui choquent instinctivement beaucoup de personnes : un chasseur amateur, souriant largement, la main dans la fourrure ensanglantée, la botte posée sur le corps d'un animal, le fusil soigneusement disposé à côté.
Pour les uns, c'est la «traditione» et l'«honneur du chasseur». Pour les autres, cela donne l'impression que quelqu'un se retrouve pour un selfie avec une victime de violence afin de se vanter.
La question s'impose d'elle-même : qu'est-ce que cela dit d'une personne lorsqu'elle se fait photographier avec un animal sauvage tué, et qu'est-ce que cela dit d'une société qui trouve de telles images normales ?
Quand le mort devient décor
Dans presque toutes les cultures, il existe des règles non écrites dans la façon de traiter les morts. On est discret, respectueux, réservé. Personne n'aurait l'idée de se mettre en scène en riant avec son grand-père défunt dans un cercueil ouvert pour Instagram.
C'est exactement ce malaise qui saisit beaucoup de personnes lorsqu'elles voient des photos de trophées issus de la chasse amateur.
Le mécanisme est similaire dans les deux cas :
- Un être vivant a été tué.
- Son corps est mis en scène.
- L'auteur se présente comme vainqueur.
La différence décisive : pour l'animal sauvage, cette mise en scène n'est pas seulement légale, elle est explicitement attendue et célébrée dans certaines parties de la communauté cynégétique. Alors qu'un policier ou un soldat qui se ferait photographier en souriant avec des personnes tuées serait à juste titre considéré comme inacceptable et dangereux, le chasseur amateur avec son «tableau de chasse» est perçu par beaucoup comme «conforme aux règles de la chasse» et «performant».
Pouvoir, identité et l'image du vainqueur
Les photos de trophées sont bien plus que des souvenirs personnels. Ce sont des messages. Celui qui se fait photographier avec un animal mort communique toujours aussi :
J'ai vaincu cet être vivant. Je suis plus fort. J'ai triomphé.
L'image soutient l'identité propre. Le chasseur amateur se présente comme maître de la vie et de la mort, comme quelqu'un qui «sait faire». À une époque où les rôles masculins traditionnels vacillent, la chasse de loisir offre à beaucoup une scène clairement définie : ici, il y a des hiérarchies, ici on ne discute pas, ici on décide.
L'animal mort est à la fois décor et preuve. La chasse romantique à la lance et au feu de camp appartient à l'histoire. Le chasseur amateur moderne travaille avec efficacité, l'animal sauvage ne doit avoir aucune chance de manquer le rendez-vous.
Sont notamment utiles :
- Des lunettes de visée dont les capacités dépassent celles de plus d'un astronome amateur.
- Appareils de vision nocturne, caméras thermiques, applications d'appels imitatifs, colliers GPS, caméras de surveillance animalière.
- Des véhicules tout-terrain qui donnent l'impression de partir en guerre ou, au minimum, de tourner la prochaine publicité pour le hors-piste.
Au final, on parle pourtant de «chasse équitable» et de «communion avec la nature». Équitable signifie ici : l'un a tout, l'autre a de la fourrure.
L'empathie sélective et le langage de la chasse
Sur le plan psychologique, on peut observer dans de telles images un mécanisme que les spécialistes appellent empathie sélective. Un seul et même individu peut vénérer son chien et avoir les larmes aux yeux lorsque celui-ci souffre, tandis que le chevreuil dans la forêt est réduit à un «spécimen», un «tableau» ou un «effectif».
Le langage en dit long :
- Le sanglier, le renard ou le chevreuil deviennent des «générateurs de dommages».
- Les chiffres d'abattage s'appellent «statistiques de tableau».
- L'animal tué devient un «trophée».
Lorsqu'un être vivant est réduit à un objet par le langage, il devient plus facile de désactiver l'empathie. Ce n'est pas un hasard, mais un mécanisme de protection psychologique. Celui qui veut ou doit tuer ne peut pas s'occuper trop longuement du point de vue de la victime. L'appareil photo ne devient alors pas seulement un outil de documentation, mais aussi une machine à distance.
La reconnaissance dans la bulle
Dans le monde parallèle de la chasse, les images de trophées fonctionnent comme une monnaie. Elles apportent :
- La reconnaissance au sein du groupe de chasse
- Le statut («Tout le monde ne tire pas un tel spécimen»)
- Des «Waidmannsheil» dans les forums et les groupes de messagerie
Là où les applaudissements attendent, la honte se fait rare. Celui qui est socialisé dans cette bulle apprend tôt : non seulement il est permis de se mettre en scène avec des carcasses, c'est même quelque chose dont on devrait être fier.
Le regard extérieur est différent. Pour une grande partie de la population, l'esthétisation de l'animal mort paraît désormais étrange, voire répugnante. Le fossé entre la morale interne du monde cynégétique et l'évolution générale des valeurs se creuse. Les photos de trophées sont un symptôme visible de cette fracture.
L'entraînement silencieux à l'insensibilité
Qui tue des animaux doit au moins ponctuellement étouffer son empathie. Cela fait partie du métier des chasseurs de loisir. La situation devient critique lorsque cet étouffement devient une habitude, une posture.
Le déroulement est souvent similaire :
- Viser la cible
- Tirer
- Ignorer ou minimiser la souffrance de l'animal
- Mettre le corps en scène
- Poser
Ce déroulement n'est pas seulement technique, il est aussi émotionnel. Il entraîne à la distance. Celui qui apprend à répétition à occulter la souffrance se durcit. Ce n'est pas une loi naturelle, mais un risque réel.
La situation devient particulièrement délicate lorsque des enfants sont entraînés tôt dans cette pratique. Ils apprennent : la souffrance est secondaire, ce qui compte, c'est le butin et les éloges des adultes. Que ce soit là une forme de construction du caractère sur laquelle une société empathique devrait miser est pour le moins discutable.
Les doubles standards de notre morale
Transposons mentalement la photo de trophée issue de la chasse de loisir dans un autre contexte :
- Un soldat, souriant aux côtés de prisonniers tués.
- Un policier, posant avec des civils abattus.
- Un maltraiteur d'animaux, se faisant photographier avec des animaux domestiques délibérément blessés.
Dans tous ces cas, l'indignation serait immense. Il y aurait des poursuites pénales, des sanctions disciplinaires, des expertises psychologiques.
Pourquoi ? Parce que nous reconnaissons intuitivement, s'agissant des êtres humains et des animaux domestiques, qu'ils sont des individus ayant droit au respect. Celui qui se pare de leur mort est considéré non seulement comme sans goût, mais comme moralement très problématique.
Pour l'animal sauvage, c'est souvent différent. Ici, le même schéma semble encore «normal», «traditionnel», voire «romantique» pour beaucoup. La question est de savoir si cela exprime une tradition saine ou un angle mort de notre morale.
Regard juridique : dignité de l'animal et protection des enfants
L'ordre juridique suisse ne protège pas uniquement les animaux «utils». La loi sur la protection des animaux reconnaît expressément la dignité de l'animal. Elle consacre la valeur intrinsèque de l'animal, qui doit être respectée.
Cette dignité n'est pas seulement blessée lorsqu'un animal doit endurer douleur ou souffrance, mais aussi lorsqu'il est humilié ou instrumentalisé comme simple objet de mise en scène personnelle. Les photos de trophées qui font de l'animal tué le décor du propre triomphe du chasseur touchent précisément à ce domaine : le corps sert de accessoire pour que l'être humain puisse se mettre en scène en vainqueur.
Les enfants comme public : protection contre la violence envers les animaux
Sur le plan du droit international, la situation est plus claire que beaucoup ne le réalisent. La Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant protège les enfants contre la violence physique et psychologique. Le comité compétent a réaffirmé en 2023 que les enfants doivent également être protégés contre la violence infligée aux animaux, qu'ils en sont témoins ou qu'ils la consomment sous forme de contenus médiatiques.
Des États comme la Suisse ont ainsi une obligation de protection claire : ils doivent préserver les enfants des expériences de violence préjudiciables. Cela inclut la confrontation avec la violence réelle exercée sur les animaux.
L'article 135 du Code pénal relatif aux représentations de violence poursuit précisément cet objectif. Il vise en particulier à protéger les mineurs contre des scènes de violence cruelles ou à caractère cruel, susceptibles d'engendrer un endurcissement, une déstabilisation ou une charge psychologique.
La protection constitutionnelle des enfants et des jeunes est en outre ancrée à l'article 11 de la Constitution fédérale. Il oblige la Confédération et les cantons à protéger et à promouvoir les enfants de manière particulière. Au regard de ces normes, il paraît contradictoire que des images brutales de chasse et de trophées, montrant une violence réelle exercée sur des êtres vivants réels, circulent sur Internet largement sans régulation, tandis que la protection de la jeunesse dans le domaine du cinéma, de la télévision et des jeux vidéo ne cesse d'être renforcée.
Les enfants comme figurants : droits de la personnalité et droit à l'image
La situation devient encore plus grave lorsque les enfants n'apparaissent pas seulement comme spectateurs passifs, mais comme figurants de telles mises en scène de mise à mort.
Lorsque des mineurs apparaissent les mains tachées de sang et un animal mort dans les bras sur des pages d'associations ou sur les réseaux sociaux, il ne s'agit pas seulement d'une question de goût. Les enfants ont un droit à l'image et un droit de la personnalité qui les protège contre des représentations dégradantes. Ils ne peuvent pas mesurer ce que cela signifie d'être associés toute leur vie à de telles scènes sur Internet, parce que leurs parents ou une association en ont décidé à leur place.
Il est difficile de justifier le fait d'utiliser des enfants en bas âge comme décoration d'images de violence dont le but est de célébrer le succès à la chasse et le pouvoir de tuer.
Évaluation du point de vue de l'IG Wild beim Wild
Du point de vue de l'IG Wild beim Wild, les photos de chasseurs posant avec leurs prises sur Internet sont tout sauf un folklore cynégétique anodin. Les sites web d'associations et les réseaux sociaux sont utilisés quotidiennement par des enfants et des adolescents, le plus souvent sans contrôle d'âge ni avertissement.
Quiconque met en scène, dans cet environnement, des images sanglantes d'animaux tués comme un triomphe personnel et sollicite activement l'envoi de nouvelles photos accepte, du point de vue de l'IG, de manière systématique les risques suivants :
- Désensibilisation à la violence envers les animaux
- Atteinte à la capacité d'empathie des enfants
- Normalisation d'un rapport aux animaux sauvages qui les réduit à des objets de plaisir, de pouvoir et de prestige
Le cadre juridique relatif à la dignité de l'animal, aux droits de l'enfant et à la protection de la jeunesse le montre clairement : il ne s'agit pas ici de simples questions de style, mais de valeurs fondamentales et d'obligations de protection.
Ce que la recherche révèle sur les photos de chasse
Le rejet social des images de trophées n'est pas une simple intuition. Dans une étude représentative publiée en 2024 sur la perception des images dites de chasseurs posant avec leurs prises sur les réseaux sociaux par la génération Z non chasseuse, 1 050 personnes majeures ont été interrogées en ligne.
Les résultats :
- Entre 96,1 et 98,5 pour cent des évaluations des images présentées étaient négatives ; seuls 1,5 à 3,9 pour cent étaient positives.
- 69 pour cent des personnes interrogées ont déclaré ne fondamentalement pas vouloir voir de telles images sur les réseaux sociaux.
- 73,3 pour cent se sont prononcées en faveur d'un marquage de ces images par un avertissement.
- Les termes spontanément employés par les participants étaient notamment « mépris », « obsédés des trophées », « sans empathie » ou « violence ».
Ces résultats démontrent que l'exposition publique d'images de trophées nuit durablement à l'image de la chasse de loisir. Quiconque croit renforcer l'acceptation sociale de la chasse en publiant des photos de carcasses obtient, selon ces données, exactement l'effet inverse.
(Source : Christine Fischer, « Repräsentative Studie: Erlegerbilder in sozialen Medien schaden dem Ansehen der Jagd! », Blog HIRSCH&CO, 2 novembre 2024)
Il est temps de changer de perspective
Il n'est pas nécessaire de pathologiser chaque photo de trophée pour comprendre ce qu'elle exprime. De telles images révèlent :
- une forte orientation vers la domination et le contrôle
- la disposition à occulter la souffrance et la peur de l'animal
- un système de valeurs dans lequel les animaux sauvages sont avant tout une ressource et un objet de statut
- une communauté qui récompense précisément cette mise en scène
Que l'on trouve cela acceptable ou non est en fin de compte une décision de société. Qui critique de telles images ne s'en prend pas seulement à quelques chasseurs de loisir, mais à toute une vision morale du monde.
Il est peut-être temps de poser la question simple que les enfants formuleraient souvent sans détour :
Pourquoi ris-tu quand quelqu'un est mort ?
Cette question révèle beaucoup. Elle tranche à travers le folklore, la romantisation de la chasse et le jargon technique. Elle oblige à être honnête : s'agit-il vraiment de protection de la nature, de régulation des populations et de responsabilité, ou finalement du frisson du meurtre et du sentiment d'être le vainqueur devant l'objectif ?
Une société moderne et empathique ne devrait pas se contenter du fait que le cadavre sur l'image n'est «que» un animal sauvage. Celui qui célèbre la mort envoie toujours un message sur son propre rapport à la vie et à la souffrance.
La question décisive est la suivante : voulons-nous que ce soit précisément ce message qui façonne notre image de la «tradition», ou est-il temps de mettre fin à cette tradition ?
Pour en savoir plus dans le dossier : Psychologie de la chasse
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