Abattage du loup à Staldenried : la Confédération porte plainte contre le Valais, Darbellay continue de tempêter
Début mai 2026, le Conseil d'État valaisan a fait abattre un loup à Staldenried. L'Office fédéral de l'environnement considère cet abattage comme illégal et dépose plainte contre le canton. Le responsable s'appelle Christophe Darbellay, il est chasseur de loisir et dirige un département tristement célèbre à l'international pour le braconnage.
Le 3 mai 2026, un loup a été abattu dans la commune de Staldenried.
Le Conseil d'État valaisan avait autorisé le tir après que l'animal aurait, en l'espace de quelques semaines, tué sept animaux de rente. Lecture cantonale : il s'agirait d'un loup solitaire n'appartenant à aucune meute, un cas relevant de la compétence cantonale.
L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) voit les choses autrement. Du point de vue de la Confédération, l'animal abattu était un parent de la meute de Nanztal. Dans ce cas, la situation juridique serait limpide : les animaux en meute relèvent exclusivement de la Confédération, et les tirs ne sont autorisés qu'entre juin et janvier. L'OFEV a donc formellement déposé un recours auprès du Conseil d'État valaisan et entend faire constater a posteriori l'illégalité du tir.
Le réflexe de Darbellay : « hyper-bureaucratique »
Au lieu d'aborder la question juridique, Christophe Darbellay réagit dans le « Walliser Bote » avec son ton habituel : « L'OFEV se comporte de manière hyper-bureaucratique, alors que nous prenons des décisions sur le terrain. » Cette déclaration est bien plus qu'une simple pique rhétorique. C'est une prise de position programmatique contre l'État de droit. Lorsqu'un chef de département déclare publiquement que les « décisions de terrain » cantonales priment sur les prescriptions du droit fédéral, c'est précisément cette attitude qui a fait du Valais, depuis des décennies, un haut lieu du braconnage.
Le renvoi à des « biologistes sur place » qui auraient prétendument nié l'appartenance à une meute ne change rien au fait qu'il existe en Suisse des compétences clairement définies. Le « Concept Loup Suisse » prescrit depuis des années que la génétique et le monitoring sont déterminants, et non l'intuition de chasseurs de loisir qui siègent par hasard aussi dans les bureaux du gouvernement cantonal.
Le chasseur de loisir au gouvernement
Christophe Darbellay n'est pas n'importe quel politicien qui signe des dossiers. Il est lui-même chasseur de loisir actif et participe à des chasses au loup. Cette double casquette est le scandale derrière le scandale : le responsable politique des autorisations de tir contre le loup fait partie de cette même lobby de la chasse de loisir dont il impose les intérêts par voie de décision. Dans tout autre domaine politique, on parlerait de conflit d'intérêts.
L'objectif déclaré publiquement par Darbellay est de réduire le nombre de meutes valaisannes de onze à trois. Ce n'est pas une donnée scientifique, mais un vœu pieux politique. Déjà au cours de la période 2025/2026, son département a Faire abattre 27 loups, dont sept jeunes. Le tir de Staldenried s'inscrit parfaitement dans ce schéma.
Le canton à la pire réputation mondiale
Le Valais s'est forgé sa réputation à la dure. L'Université de Berne, sous la direction de Raphaël Arlettaz, a documenté que la densité de lynx dans le canton n'est que de 0,32 animal pour 100 km². Cause la plus probable : le braconnage pratiqué depuis des décennies. Dans le corridor migratoire menant au Valais, 17 pièges à lynx ont été découverts, dont trois encore actifs.
Un collaborateur anonyme de l'administration valaisanne de la chasse a cité auprès de la presse romande la maxime interne : « Un bon lynx est un lynx mort. » Aujourd'hui, la devise serait seulement : celui qui abat un lynx doit être seul, car l'administration ne couvre plus le tireur si un protecteur de la nature le surprend. En clair : ce qui a changé, c'est la prudence, pas l'attitude.
À cela s'ajoutent les cas documentés : douze chasseurs de loisir dénoncés dans le Val d'Entremont, 26 animaux sauvages abattus illégalement. Un jeune Valaisan condamné à un an de prison après le « bain de sang » dans la vallée de l'Entremont. Un garde-chasse valaisan soupçonné d'avoir maltraité des aigles royaux et plusieurs fois épinglé pour des délits contre la protection des animaux. Une chasse étatique au trophée du bouquetin, qui rapporte chaque année 650'000 francs dans les caisses cantonales et qui est réservée par des chasseurs de trophées du monde entier. Ce n'est pas un problème isolé, c'est une culture.
Déjà en 2015 : même schéma, mêmes acteurs
Ceux qui pensent que l'affaire de Staldenried est un dérapage se trompent. Déjà en 2015, le WWF Suisse et Pro Natura ont dû intervenir juridiquement dans la région de l'Augstbord, car le canton du Valais avait délivré des autorisations de tir sans que la protection des troupeaux ait été mise en œuvre. Déjà à l'époque, le canton avait interrompu son monitoring des loups par décision du Grand Conseil, empêchant ainsi activement la preuve de la présence de jeunes loups. La méthode a une tradition : créer d'abord des lacunes de données, puis utiliser ces lacunes comme justification pour les tirs.
Le Groupe Loup Suisse et Pro Natura Valais ont démontré en 2024 des défaillances systématiques dans les dossiers valaisans de régulation. Leur analyse parle d'irrégularités, de criminalité et d'une violation des engagements internationaux.
Ce qui est en jeu
L'OFEV ne menace le canton d'aucune sanction directe. Il s'agit de « l'intérêt à la constatation », c'est-à-dire de la qualification a posteriori du tir comme illégal. Si le Tribunal fédéral devait, en dernière instance, suivre l'OFEV, le Valais devrait à l'avenir accepter des conditions nettement plus strictes pour les tirs individuels. C'est précisément ce que craint Darbellay. Son reproche de « bureaucratie excessive » n'est rien d'autre qu'une tentative préventive de déplacer le débat du droit vers l'émotion.
Parallèlement, une procédure d'enquête du Conseil de l'Europe pour violation de la Convention de Berne est en cours contre la Suisse. Les régulations proactives de meutes en Valais constituent un reproche central. Ce que Darbellay vend comme « sauvetage de l'agriculture » est attaquable au regard du droit international et, dans le cas concret, manifestement aussi au regard du droit fédéral.
La plainte de l'OFEV est attendue depuis longtemps
Le cas de Staldenried n'est pas un litige administratif. Il est le résultat logique d'une politique dans laquelle un chasseur de loisir, en tant que conseiller d'État, décide de la vie et de la mort d'animaux strictement protégés, dans un canton mondialement connu pour le braconnage, et où les autorités ont depuis des décennies fait de la complaisance une routine.
Que la Confédération porte plainte aujourd'hui n'est pas de la « bureaucratie ». C'est le standard minimal d'un État de droit qui prend ses engagements internationaux au sérieux. Quiconque signe la Convention de Berne ne peut pas utiliser chaque cheptel ovin attaqué comme un blanc-seing pour ordonner des tirs de sa propre autorité. Et celui qui, en tant que chasseur de loisir, mène une politique du loup contre le loup, devrait à tout le moins accepter qu'on lui demande s'il occupe la bonne fonction.
L'OFEV aurait dû porter plainte depuis longtemps. À plusieurs reprises. Et précisément au moment où les « décisions de terrain » valaisannes sont devenues la méthode.
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