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Chasse

Ce qu'il faut pour être chasseur de loisir

Celui qui veut devenir chasseur de loisir a avant tout besoin d'une chose : une conception très particulière de ce que signifient « nature », « éthique » et « animal domestique ». Pour tous ceux qui envisagent de transformer la forêt en arène personnelle de loisirs, voici le guide non officiel.

Rédaction Wild beim Wild — 22 novembre 2025

La chasse de loisir évoque pour beaucoup la nature, la liberté et la tradition.

Derrière le récit romantique du solitaire « chasseur » à l'aube se cache pourtant un ensemble très particulier de représentations du monde, de langage et de mise en scène de soi. Pour ceux qui souhaitent savoir quelles contorsions mentales, quels tours de force moraux et quels jouets techniques sont réellement nécessaires pour se qualifier de chasseur de loisir en bonne conscience, voici un aperçu approprié.

1. Cours fondamental émotionnel : l'empathie avec fonction de filtre

Un bon chasseur de loisir a le cœur sensible aux animaux. Mais pas à tous, rassurez-vous.

  • Pour le chien sur le canapé : oui, absolument, il reçoit de la nourriture bio et possède son propre profil Instagram.
  • Pour le renard, le chevreuil ou le cerf dans la forêt : eh bien, « réguler les effectifs », « prévenir les dégâts du gibier », « abattage de gestion », on connaît le vocabulaire.

L'essentiel est la capacité à activer et désactiver l'empathie avec une grande précision. Celui qui pleure pour un chien blessé mais parle de « coulée » plutôt que de sang à propos d'un chevreuil touché par une balle est sur la bonne voie.

2. Gymnastique linguistique : le jargon cynégétique pour initiés

Pour être chasseur de loisir, le langage ordinaire ne suffit pas. Il faut tout un vocabulaire parallèle qui recouvre la réalité d'un filtre rassurant.

Exemples :

  • Les animaux ne « meurent » pas, ils sont « prélevés ».
  • Ils « luttent pour leur vie » ? Faux. Ils « réagissent bien ».
  • On ne « tue » pas, on « gère » et « entretient » avec la balle.
  • La forêt n'est pas un habitat, mais un « territoire de chasse ».

Celui qui parvient à affirmer avec le plus grand sérieux qu'il abat des animaux par « respect » envers eux a réussi l'épreuve linguistique.

3. Acrobatie morale : savoir vivre avec la contradiction

Condition essentielle : la capacité à voir les contradictions non pas comme un problème, mais comme un trait identitaire.

Par exemple :

  • D'un côté défenseur de la nature, de l'autre nourrissage de la faune sauvage pour s'assurer qu'il y en ait assez à abattre.
  • D'un côté « ami des animaux », de l'autre des trophées accrochés au mur qui vivaient encore peu de temps auparavant.
  • D'un côté contre « la souffrance animale », de l'autre une façon de vivre le feu de la bouche du canon comme un moment romantique.

Plus on parvient à expliquer ces contradictions avec un regard chargé de sens et un verre de vin rouge au coin du feu, plus le niveau de chasseur est élevé. Le chasseur de loisir et l'alcool sont comme deux vieux complices qui se considèrent mutuellement comme absolument irremplaçables, alors que le moindre regard lucide permettrait immédiatement de constater que chacun d'eux représente déjà un problème à lui seul.

4. Enthousiasme technologique : la haute technologie contre la « chasse équitable »

La chasse de loisir romantique à l'arc et à la lance est révolue depuis longtemps. Le chasseur amateur moderne travaille avec efficacité, car le chevreuil ne doit avoir aucune chance de manquer le rendez-vous.

Sont utiles :

  • Des lunettes de visée aux capacités supérieures à celles de bien des astronomes amateurs.
  • Dispositifs de vision nocturne, caméras thermiques, applications d'appels de détresse, colliers GPS, caméras de surveillance de la faune.
  • Des véhicules tout-terrain dont l'allure laisse penser qu'on part soit en guerre, soit tout au moins tourner la prochaine publicité pour le hors-piste.

Et au final, on aime volontiers parler de « chasse équitable » et de « lien avec la nature ». Équitable signifie ici : l'un a tout, l'autre a une fourrure.

5. Transfiguration romantique : le feu de camp plutôt que les faits

Qui veut être chasseur de loisir doit savoir raconter de belles histoires. Non pas le genre d'histoire avec des chiffres, des études ou de l'écologie, mais le genre avec du brouillard, l'aube et des « instincts ancestraux ».

Formules typiques :

  • « Nos ancêtres chassaient déjà »
  • « L'être humain est un prédateur »
  • « Je ressens une profonde connexion lorsque je suis à l'affût »
  • « La chasse est une méditation profonde »

Le fait que « nos ancêtres » aient également pratiqué d'autres choses dont personne n'est fier aujourd'hui est poliment passé sous silence. L'essentiel, c'est que l'histoire sonne comme un mythe et non comme du tir de loisir.

6. Entraînement à la robustesse : résistance à la critique à l'état pur

Également indispensable : une peau épaisse face aux critiques.

  • Quand quelqu'un évoque la protection des animaux : « Tu ne comprends pas la nature. »
  • Quand quelqu'un pose des questions éthiques : « Commence par venir en forêt. »
  • Quand quelqu'un présente des faits : « J'ai 30 ans d'expérience cynégétique. »

La réaction parfaite aux questions embarrassantes est un mélange de sourire bienveillant, d'offense personnelle et de référence à la tradition. Celui qui parvient à se présenter simultanément comme une victime («Nous sommes mal compris») et comme un gardien indispensable de la nature est prêt pour le prochain examen de chasse.

7. Image de soi : entre épopée héroïque et rôle de victime

Un bon chasseur de loisir aime se voir simultanément comme :

  • protecteur de la nature irremplaçable
  • héros tragique qui «doit faire ce qui doit être fait»
  • génie socialement incompris, fusil à l'épaule

On explique alors aux critiques qu'ils vivent dans un «monde Disney». Il est en effet bien plus réaliste de croire que la forêt sombrera immédiatement dans le chaos sans gardiens amateurs armés.

8. Le rapport à l'animal : de la trophée à l'«utilisation»

Le regard porté sur l'animal est déterminant.

Variantes :

  • Comme trophée au mur : «Souvenir d'une expérience.»
  • Comme rôti dans l'assiette : «Utilisation durable d'une ressource.»
  • Comme être vivant ayant une valeur propre : difficile, cela gêne pour viser.

Il est pratique de classer les animaux en catégories :

  • «Nuisibles»
  • «Gibier utile»
  • «Gibier chassable»
  • et bien sûr : «l'animal domestique personnel», qui est exempté de tout.

9. Gestion du temps : vendre ses loisirs comme une vocation

Être chasseur de loisir implique également un talent pour le re-branding de son temps libre. Ce que d'autres appellent «loisir» devient ici «responsabilité», «mission» ou «service rendu à la nature».

  • Passer des heures en mirador : pas un loisir, mais «l'éthique de la chasse».
  • La viande issue de son propre tir : pas un produit de luxe, mais «une nourriture honnête».
  • Collectionner des armes : pas une passion, mais des «outils».

Celui qui parvient à rehausser politiquement, moralement et écologiquement son activité de loisir personnelle a presque réussi l'examen.

10. Question d'examen : ferais-tu la même chose sans arme ?

Pour conclure cet examen d'aptitude, une question simple :

Serais-tu tout aussi enthousiaste à rester assis dans la forêt, observer les animaux, protéger les habitats, aménager des biotopes, ramasser des déchets, collecter des données pour des projets de protection de la nature, si tu ne pouvais pas porter d'arme ?

Si la réponse honnête est «Non», alors toutes nos félicitations : tu réunis déjà tout ce qu'il faut pour la chasse classique.

Si cela est bon pour les animaux et la nature, c'est une autre question. Mais on sait bien que les chasseurs de loisir se la posent très rarement.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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