6 avril 2026, 18:35

Saisissez un terme de recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour lancer la recherche. Appuyez sur Échap pour annuler.

Chasse

Pourquoi la chasse de loisir en Suisse n'est pas de la protection de la nature

À l'aube, lorsque le brouillard se glisse sur les forêts alpines, le chasseur amateur suisse se tient à l'affût, symbole d'une tradition prétendument ancestrale censée protéger la nature et réguler les populations. Mais quiconque y regarde de plus près s'en rend compte : cette histoire est un conte. La pratique cynégétique actuelle en Suisse n'a que peu à voir avec la protection de la nature.

Rédaction Wild beim Wild — 5 novembre 2025

Quelque 30 000 chasseurs amateurs sont actifs en Suisse.

Chaque année, ils tuent plus de 130 000 animaux sauvages : chevreuils, chamois, cerfs, sangliers, oiseaux ou renards.

Les populations sauvages actuelles sont le résultat d'interventions humaines. La chasse de loisir ne résout pas les problèmes, elle les crée.

Le système de « régulation des populations » est en réalité un cycle d'intervention, de surpopulation et de nouvelle intervention. Les stratégies de chasse veillent à ce qu'il y ait toujours suffisamment de gibier pour les plans d'abattage. Cela n'a guère à voir avec un équilibre naturel.

Dans les faits, la chasse de loisir est un passe-temps pesant plusieurs millions, qui coûte la vie à des dizaines de milliers d'animaux chaque année — le plus souvent non par nécessité, mais par goût du meurtre. Les forêts sont délibérément « gérées » de façon à ce qu'il y ait suffisamment de gibier pour assurer l'approvisionnement en trophées. Le prétendu « plan d'abattage » sert davantage à défendre des intérêts particuliers qu'à préserver l'équilibre écologique.

Les chasseurs amateurs prétendent devoir intervenir parce que les prédateurs naturels font défaut. Or ces prédateurs manquent souvent à cause de la chasse elle-même. Renards, lynx, rapaces et loups sont encore pourchassés ou entravés en de nombreux endroits, bien qu'ils soient essentiels au bon fonctionnement de l'écosystème. L'être humain crée à la place un déséquilibre artificiel qu'il « régule » ensuite avec son fusil.

Les chevreuils et les cerfs sont désignés comme boucs émissaires parce qu'ils abroutissent les jeunes arbres, un problème qui survient principalement dans les monocultures surexploitées, et non dans les forêts mixtes intactes. Et les sangliers ? Ils profitent des déchets humains, des champs de maïs et des hivers doux, des conditions que l'être humain a lui-même créées.

Quand la nature est autorisée à se réguler elle-même

Le Parc National Suisse montre comment les populations de faune sauvage évoluent lorsque l'être humain n'intervient pas. Les populations de chevreuils, de cerfs ou de chamois se stabilisent d'elles-mêmes après quelques années, la forêt se régénère et la biodiversité augmente.

Cela est confirmé par la recherche internationale, notamment dans la forêt bavaroise ou en Slovénie : dans les zones sans chasse, les populations sauvages se régulent par des mécanismes naturels : nourriture, maladies, prédateurs.

Le loup, un concurrent gênant

Depuis le retour du loup en Suisse, il est clair que le système de chasse traditionnel est ébranlé. En 2024, selon l'OFEV, des dizaines de loups ont été abattus à titre préventif, parfois des meutes entières, souvent sans dommages avérés.

Là où les prédateurs sont tolérés, les densités de faune sauvage et les écosystèmes se stabilisent, la nature trouve son équilibre. Mais au lieu de laisser ce processus se dérouler, on combat le loup pour préserver son propre « rôle de régulation ».

La souffrance animale derrière la notion de « Waidgerechtigkeit »

De nombreux animaux fuient blessés, meurent plus tard d'une perte de sang ou de stress. La chasse de loisir n'est pas une mort propre et rapide. De nombreux animaux fuient blessés, ne meurent que des heures plus tard d'une perte de sang, de blessures internes ou de stress. Des femelles allaitantes sont souvent abattues, tandis que leurs petits meurent misérablement de faim. Cette réalité trouve rarement sa place dans les relations publiques des chasseurs, qui préfèrent manier des termes tels que « Hege », « Waidgerechtigkeit » et « protection des animaux », des mots destinés à masquer la souffrance réelle.

« Waidgerechtigkeit » sonne noblement, mais n'est souvent qu'un voile moral couvrant une souffrance animale systématique.

Le lobby de la chasse exerce une grande influence en Suisse. Dans de nombreux cantons, des chasseurs amateurs médiocrement formés siègent dans les commissions de chasse, conseillent les autorités et participent à l'élaboration des lois.

Cela s'est clairement manifesté en 2020 lors de l'échec de la révision de la loi sur la chasse. Le peuple a dit non à l'assouplissement des règles d'abattage pour les loups et autres espèces, un signal en faveur d'une meilleure protection des animaux et de la nature.

Malgré cela, plusieurs cantons ont depuis lors assoupli leurs dispositions et des tirs «préventifs» de loups sont autorisés avant même que des dommages ne surviennent.

De plus en plus de personnes reconnaissent que la chasse de loisir n'est pas un patrimoine naturel, mais un anachronisme. Des modèles de gestion de la faune sauvage fondés sur des bases scientifiques montrent depuis longtemps des alternatives : la régulation naturelle par les prédateurs, des mesures de protection ciblées des habitats et des méthodes non létales de prévention des dommages.

La protection de la nature signifie préserver la vie, non y mettre fin. Qui combat véritablement pour la nature ne trace pas de frontière entre «utile» et «nuisible».

Un avenir sans chasse : non pas une utopie, mais une nécessité

Les faits sont clairs :

  • Les zones sans chasse fonctionnent.
  • La nature peut s'autoréguler.
  • La souffrance animale est évitable.

La Suisse pourrait jouer un rôle de pionnière, avec de véritables zones de tranquillité pour la faune, une gestion scientifiquement fondée de la faune sauvage et une pression de chasse réduite. Car une véritable protection de la nature ne consiste pas à mettre fin à la vie, mais à préserver les habitats.

Les animaux sauvages ont besoin de tranquillité, non de balles.

La chasse de loisir en Suisse n'est pas une contribution à l'équilibre de la nature, mais un vestige d'une époque où l'être humain croyait ne pouvoir instaurer l'ordre qu'avec un fusil. Pourtant, la nature était en équilibre bien avant nous et le sera à nouveau, lorsque nous cesserons enfin de nous ériger en ses juges.

Aujourd'hui, nous savons mieux. Une gestion moderne et éthique de la faune sauvage mise sur la science, non sur la tradition. La nature n'a pas besoin de chasseurs amateurs — elle a besoin de respect, de recul et de confiance.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications des faits, des analyses et des reportages de fond.

Soutenez notre travail

Avec votre don, vous contribuez à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.

Faire un don maintenant