Pigeons kamikazes : la Cour supérieure alourdit la peine contre un ennemi des rapaces
La Cour supérieure alourdit la peine contre un propriétaire de pigeons «kamikazes» au-delà des réquisitions du ministère public. Cet homme de 37 ans avait préparé un pigeon empoisonné dans l'espoir qu'un rapace le capture et en meure.
La Cour supérieure de Zurich a alourdi hier la peine prononcée en première instance contre un éleveur de pigeons qui avait lâché un pigeon dit «kamikaze» destiné à empoisonner un rapace. C'est le premier cas de ce type en Suisse à avoir été jugé en deuxième instance.
La Cour supérieure a déclaré le propriétaire de pigeons âgé de 37 ans coupable de cruauté envers les animaux à plusieurs reprises, d'infractions répétées à la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages, ainsi que d'autres délits. Elle l'a condamné à une peine privative de liberté avec sursis de 15 mois et à une amende de 1500 francs. Le prévenu doit en outre prendre en charge les frais de procédure.
Nettement au-delà du jugement de première instance
Avec cette peine, les juges de la Cour supérieure sont allés nettement au-delà du jugement rendu en première instance par le Tribunal de district de Bülach. Celui-ci avait prononcé une peine pécuniaire avec sursis de 300 jours-amende à 30 francs — équivalant à une peine privative de liberté de dix mois — ainsi qu'une amende de 1500 francs. Le jugement de la Cour supérieure n'est pas encore entré en force. Il peut être porté devant le Tribunal fédéral.
Mais les juges de la Cour supérieure sont allés non seulement au-delà de la peine de première instance, mais aussi au-delà des réquisitions du ministère public. La procureure avait requis une peine pécuniaire avec sursis de 330 jours-amende à 50 francs, plus une amende.
La défense avait plaidé l'acquittement complet — il n'existerait aucune preuve que son client avait préparé le pigeon avec du poison. Le prévenu, ressortissant kosovar, a nié avec véhémence tout lien avec le pigeon-appât. Il aurait s'agit d'un animal étranger. Il s'est cependant régulièrement contredit et n'a pas paru crédible.
La procureure Susanne Steinhauser s'est montrée très satisfaite après le prononcé du jugement. Elle a salué le «langage clair du tribunal», qui aurait clairement indiqué qu'il n'est pas anodin de s'en prendre à des rapaces protégés à l'aide de pigeons-appâts.
Le tribunal n'a aucun doute
Comme l'a expliqué le président du tribunal dans la motivation orale du jugement, le tribunal n'avait aucun doute sur le fait que le pigeon préparé avec une substance hautement toxique provenait du pigeonnier de l'accusé. Il s'est appuyé sur le comportement du pigeon, mais aussi sur le comportement et les déclarations de l'accusé.
Un policier spécialisé dans la protection des animaux avait découvert l'oiseau, marqué à la peinture et sans bague, le 21 mars 2016, alors que celui-ci — chose inhabituelle pour un pigeon — se trouvait seul près du pigeonnier et cherchait à y entrer. Le policier l'avait enfermé dans le volière d'exercice jusqu'à l'arrivée du propriétaire, qui l'avait capturé.
Au lieu de remettre l'animal au policier, il le lança dans les airs depuis la volière. Le pigeon revint cependant au pigeonnier et fut finalement capturé. Ses plumes étaient contaminées par un poison interdit en Suisse.
Il n'y a qu'une seule explication au fait d'avoir jeté le pigeon, a déclaré le juge : «Vous saviez pertinemment que le pigeon était empoisonné.» Seul le fait qu'il soit revenu au pigeonnier a empêché qu'un rapace ne l'attrape et ne meure du poison. Or les rapaces sont des animaux protégés, et certaines espèces sont menacées dans leur existence. Quiconque tue un rapace dans le canton accepte le risque d'extinction d'une espèce entière, a souligné le juge.
«Une effronterie absolue»
Le recours à un pigeon «kamikaze» par l'accusé témoigne d'une «effronterie et d'un arbitraire absolus», a déclaré un second juge. Certes, sur le plan juridique, la maltraitance du pigeon constitue l'infraction la plus grave. Mais pour lui, l'acte le plus répréhensible reste la tentative de tuer un rapace, une infraction à la loi sur la chasse.
Depuis quelques années, des rapaces meurent régulièrement en Suisse après avoir attrapé des pigeons préparés avec du poison. À l'été 2016, un éleveur de pigeons a été condamné pour la première fois en Suisse pour ce motif.
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