8 mai 2026, 07h39

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Chasse

Lucerne et le renard roux : quand la politique ignore les faits

Le 12 novembre 2025, Pascal Wolf a déposé auprès de la Chancellerie d'État de Lucerne une pétition pour la protection du renard roux. Une demande raisonnable et étayée : les arguments des chasseurs de loisir concernant la lutte contre les maladies et la prétendue menace que le renard ferait peser sur la biodiversité ne reposent sur aucune base scientifique. C'est précisément là le point essentiel. C'est précisément l'état de la recherche depuis des décennies.

Rédaction Wild beim Wild — 8 mai 2026

La réponse de la Commission de l'aménagement du territoire, de l'environnement et de l'énergie (CATEE), présidée par Michael Kurmann, se lit comme si elle avait été directement recopiée d'une prise de position de ChasseSuisse.

La pétition serait « ni objectivement ni économiquement pertinente ». Une mise sous protection n'apporterait « aucun bénéfice identifiable ». Point. Dossier clos.

Quiconque lit le bref rapport de la CATEE s'aperçoit rapidement qu'il n'y a pas eu d'enquête, mais une simple validation. Le pétitionnaire n'a même pas été entendu. La Commission s'est au contraire laissée instruire exclusivement par le BUWD, c'est-à-dire précisément par cette administration qui s'accroche depuis des décennies au statu quo de la chasse de loisir.

Le grand bluff : « Seule Genève fait autrement »

Le rapport de la CATEE contient cette phrase qui fait s'effondrer tout l'édifice argumentatif : « Hormis dans le canton-ville de Genève, le renard est chassé dans toute la Suisse. » Ce n'est certes pas formellement faux, mais c'est une représentation sciemment tronquée. Car un regard au-delà des frontières nationales et dans d'autres cantons raconte une tout autre histoire.

Luxembourg : sans chasse au renard depuis plus de dix ans

Le Grand-Duché de Luxembourg a instauré en 2015 une interdiction totale de la chasse au renard. Depuis, l'interdiction est reconduite année après année, en dernier lieu par un règlement qui protège les renards pour plusieurs années à l'avance. Même après le changement de gouvernement de 2023, lorsque le CSV chrétien-social a obtenu le ministère de l'Environnement, l'interdiction a été maintenue.

La justification du ministère luxembourgeois de l'Environnement est claire : « Il n'existe aucun indice scientifiquement fondé d'une influence négative du renard sur la biodiversité. » La disparition de la perdrix ou du lièvre serait due à l'intensification de l'agriculture, et non au renard.

Plus intéressant encore est le constat concernant l'échinococcose alvéolaire (ténia du renard), régulièrement brandie comme épouvantail par le lobby suisse des chasseurs de loisir : au Luxembourg, le taux d'infestation a diminué depuis l'introduction de l'interdiction de chasse. Alors qu'il avait grimpé à 39,7 pour cent en 2014 sous l'effet d'une chasse continue, il était huit ans plus tard inférieur à 10 pour cent. La chasse propage le ténia, la protection le réduit. Telle est la sobre réalité des données luxembourgeoises.

Canton de Genève : sans chasse de loisir depuis 1974

Dans le canton de Genève, la population a aboli la chasse de milice en 1974. Depuis, la régulation de la faune sauvage est assurée par des gardes-faune professionnels formés par l'État. Lors de la dernière saison de chasse, zéro renard a été abattu à Genève pour le plaisir des loisirs. Trois postes à plein temps suffisent pour la régulation et la prévention. Le bilan des dégâts causés par la faune sauvage, sur la moyenne pluriannuelle, est comparable à celui des cantons où les chasseurs de loisir peuvent agir librement, comme Schaffhouse.

L'ensemble des coûts de la gestion de la faune sauvage à Genève s'élève à environ un million de francs par an. Cela correspond à peu près à une tasse de café par habitant. Voilà pour l'affirmation de la RUEK selon laquelle une mise sous protection entraînerait des « coûts supplémentaires considérables » sans contrepartie utile.

Canton du Tessin : la chasse au renard n'est que marginale

Au Tessin également, la réalité est différente de ce que la RUEK veut faire croire. La chasse de loisir au renard y est un phénomène absolument marginal. Les chasseurs de loisir tessinois s'intéressent principalement au cerf, au chevreuil, au chamois et au sanglier pendant la haute chasse. Le renard est statistiquement quasiment insignifiant. Une image réaliste de la Suisse serait donc : un canton sans chasse au renard, un canton avec une chasse au renard à peine existante, un pays voisin avec une interdiction totale. La RUEK réduit cette réalité à une note de bas de page.

Et le reste de l'Europe ?

Au Royaume-Uni, la chasse classique au renard avec des chiens est interdite depuis 2005 en Angleterre et au Pays de Galles, et depuis plus longtemps encore en Écosse. Aux Pays-Bas, la chasse au renard est fortement restreinte. La Suisse, avec sa chasse au renard généralisée sur tout son territoire, n'est pas la norme, mais un retardataire européen.

Le mensonge économique de la RUEK

La commission soutient qu'une mise sous protection serait coûteuse. À y regarder de plus près, c'est un écran de fumée. Que coûte réellement la chasse de loisir au canton de Lucerne ? Traitement des accidents impliquant la faune, recherches d'animaux blessés, tirs de régulation, conseils, sensibilisation, piégeage en zone habitée – tout cela est présenté dans le rapport de la RUEK comme le mérite des 122 sociétés de chasse. Le modèle genevois le démontre : ces tâches peuvent être accomplies par des gardes-faune étatiques avec quelques postes à plein temps. De manière professionnelle, contrôlée, scientifique et transparente. Sans système d'affermage, sans intérêts personnels, sans mentalité de trophée.

L'affirmation selon laquelle cela coûterait plus cher ne résiste à aucune vérification. C'est un argument politique, pas économique.

Trois phrases, trois déformations

Le cœur révélateur du rapport de la RUEK se trouve dans un seul paragraphe : « Une mise sous protection du renard roux n'apporte aucun bénéfice perceptible, ni pour l'homme, ni pour la nature, ni pour le renard roux lui-même. Une mise sous protection entraîne en outre des coûts supplémentaires considérables. Une mise sous protection cantonale de l'espèce renard, chassable selon le droit fédéral, n'est donc considérée par la RUEK comme judicieuse et fondée ni sur le plan factuel ni sur le plan économique.

Trois phrases, trois distorsions. Il vaut la peine de décortiquer ce paragraphe.

« Aucun bénéfice perceptible, pas même pour le renard roux lui-même »

C'est sans doute la formulation la plus cynique de tout le rapport. La RUEK affirme très sérieusement que la protection du renard roux n'apporte aucun bénéfice « au renard roux lui-même ». Traduit, cela signifie : peu importe au renard d'être abattu ou non. Le renard vivant n'a aucun avantage perceptible par rapport au renard mort.

Ce n'est plus une évaluation factuelle. C'est une faillite morale. La loi suisse sur la protection des animaux exige un « motif raisonnable » pour tuer un animal. La RUEK inverse cette logique : elle prétend que c'est le fait de ne pas tuer qui doit être justifié. Le renard doit pour ainsi dire s'excuser d'exister.

Cette affirmation est également factuellement fausse. Il est depuis longtemps démontré, sur le plan de la biologie de la faune sauvage, qu'une chasse intensive déstabilise les populations de renards, provoque des taux de reproduction plus élevés et amplifie les mouvements migratoires. Dans le parc national bavarois, où les renards ne sont pas chassés, la taille des portées est d'environ 1,7 petit par renarde, alors qu'elle est environ trois fois plus élevée dans les territoires intensivement chassés. La protection profite donc au renard individuel, à la population qui s'équilibre, et finalement aussi à l'homme grâce à une moindre transmission du ténia et à des effectifs plus stables.

« Coûts supplémentaires considérables »

C'est l'écran de fumée économique. Genève démontre le contraire depuis 1974 : trois postes à plein temps de garde-faune, environ un million de francs par an pour l'ensemble de la gestion de la faune sauvage, soit une tasse de café par habitant. Indemnisation des dégâts causés par le gibier comprise.

Ce que la CCER passe sous silence : la chasse de loisir à Lucerne n'est pas un cadeau au contribuable. Elle a aussi un coût. Charges administratives pour 122 contrats d'affermage, surveillance de la chasse, coordination, gestion des conflits avec la population. Ces coûts n'apparaissent nulle part dans le rapport. On affirme simplement que le statu quo est gratuit et que tout changement coûte cher. C'est de la comptabilité selon les vœux pieux.

« Ni objectivement ni économiquement judicieux et fondé »

Ici, la forme devient le fond. « Pas objectivement judicieux » sans une seule preuve scientifique. « Pas économiquement judicieux » sans un seul chiffre. « Non fondé » dans un rapport qui n'est lui-même pas fondé.

C'est le stade rhétorique ultime : on prétend que la partie adverse n'a pas d'arguments, et on n'en fournit soi-même aucun. La CCER érige en méthode le fait de liquider l'autre par la simple négation.

Ce que dit réellement ce passage

Si l'on retire l'emballage juridique, le message est le suivant : nous, la politique lucernoise, n'avons aucun intérêt à un examen sérieux de la chasse de loisir au renard. Nous n'avons aucun intérêt à examiner les données luxembourgeoises. Nous n'avons aucun intérêt pour la loi sur la protection des animaux. Nous n'avons aucun intérêt pour la recherche sur la faune sauvage. Nous voulons que les 122 sociétés de chasse conservent leurs baux et puissent continuer à tirer. Point.

C'est le sous-texte, et il est effectivement pervers. Pervers, non pas au sens moralisateur, mais au sens littéral : à l'envers, déformé, mis sur la tête. Une pétition qui exige un examen scientifique est rejetée par des affirmations non scientifiques. Un animal qui mérite protection est rejeté avec l'argument que la protection ne lui sert à rien. Une commission qui devrait examiner sans préjuger formule le résultat avant l'examen.

Le mensonge des maladies : la chasse de loisir propage ce qu'elle prétend combattre

Dans son rapport, la CCER reprend sans vérification l'un des plus anciens récits de la chasse : la chasse de loisir au renard serait nécessaire pour « endiguer les maladies et parasites dangereux pour l'homme et les animaux domestiques ». C'est précisément cet argument que Pascal Wolf avait qualifié dans sa pétition de scientifiquement non avéré. Et il a raison. Car la recherche des trente dernières années montre exactement le contraire : les chasseurs de loisir propagent des maladies au lieu de les combattre.

Le mécanisme est biologiquement trivial et documenté depuis longtemps. Lorsque des territoires de renards intacts sont déchirés par des tirs, les jeunes renards errent sur de vastes étendues à la recherche de territoires libres. Ces jeunes animaux sont plus sensibles aux agents pathogènes, ils diffusent les parasites plus rapidement et sur de plus grandes distances, et le taux de reproduction accru imposé par la chasse fournit constamment de nouveaux porteurs.La chasse de loisir favorise les maladies qu'elle prétend résoudre. Une société de renards intacte avec des territoires stables fait le contraire : moins de déplacements, moins de jeunes, moins de transmission.

Le canton de Lucerne se ridiculise avec ses propres chiffres

C'est ici que cela devient particulièrement gênant pour la CEAR. Les recherches de l'IG Wild beim Wild auprès des offices cantonaux de la chasse et de la pêche ont révélé quelque chose d'étonnant : Seul le canton de Lucerne tient une statistique sur les maladies du renard. Et cette statistique est un constat d'échec pour le discours de la chasse fondé sur les maladies.

Au cours de l'année cynégétique 2018/19, 2’217 renards ont été abattus dans le canton de Lucerne. Selon la statistique cantonale elle-même, seuls 39 animaux étaient malades : 32 atteints de gale, un de la maladie de Carré, six avec d'autres diagnostics. Cela représente 1,76 pour cent. Près de 98 pour cent des renards abattus par les chasseurs de loisir lucernois étaient donc en parfaite santé et n'ont servi à rien d'autre qu'à devenir des déchets spéciaux, éliminés aux frais du contribuable. Si la CEAR prétend que la chasse au renard sert à endiguer les maladies, elle devrait connaître ce chiffre. Si elle ne le connaît pas, elle est incompétente. Si elle le connaît et se tait, elle est malhonnête.

Échinocoque : le récit suisse de la chasse s'effondre

Une étude de quatre ans menée dans la région de Nancy a examiné si l'intensification de la chasse au renard permettait de réduire la propagation de l'échinocoque. Le résultat est accablant pour le lobby de la chasse : 1’700 heures de travail, 15’000 kilomètres de trajets nocturnes en voiture, 776 renards abattus, une augmentation de la pression de chasse de 35 pour cent. La population de renards n'a pas été réduite. Le taux d'infestation par l'échinocoque est passé de 40 à 55 pour cent dans la zone intensément chassée, tandis qu'il est resté constant dans la zone de comparaison. Le titre de l'étude est programmatique : « Echinococcus multilocularis management by fox culling: An inappropriate paradigm. »

Le Luxembourg fournit la contre-expérience dans la pratique : depuis l'introduction de l'interdiction de chasse, le taux d'infestation des renards par le ténia du renard a diminué, et non augmenté. Le moyen efficace, ce sont les appâts vermifuges, pas les munitions au plomb. La RUEK ne connaît pas ces données ou ne veut pas les connaître.

Le renard comme police sanitaire

Ce que la RUEK ignore également : un seul renard mange environ 4'000 souris par an. Les souris sont les hôtes centraux des tiques, et les tiques transmettent la borréliose, la méningo-encéphalite à tiques (FSME) et les hantavirus. Qui chasse les renards chasse indirectement son propre système immunitaire. Plus de souris signifie plus de tiques. Plus de tiques signifie plus de maladies transmises par les tiques. Les cantons qui font abattre le plus intensivement les renards ont statistiquement le plus de problèmes avec les maladies liées à la faune sauvage. Le canton de Lucerne fait partie de ce groupe.

Lorsque la RUEK écrit qu'une mise sous protection du renard n'apporte « aucun bénéfice identifiable » pour l'homme, ce n'est pas seulement contraire à la protection des animaux. C'est aussi négligent en matière de politique sanitaire.

Quand 122 sociétés de chasse deviennent une statistique

Au cours de l'année cynégétique 2022/23, les quelque 10'000 chasseurs suisses du petit gibier ont abattu 18'943 prédateurs. Une part considérable étant des renards roux. Sur cinq ans, cela représente un tableau de chasse d'environ 100'000 renards, tués sur une surface qui n'est même pas aussi grande que le Land de Bavière.

Quiconque conclut un bail de chasse en tant que chasseur de loisir à Lucerne veut tirer. C'est l'essentiel. Et pour cette envie de tirer, on recycle depuis des décennies les mêmes mythes : lutte contre la rage (éradiquée en Suisse depuis 1998, d'ailleurs pas par les abattages, mais par les appâts vaccinaux), ténia du renard (en nette régression au Luxembourg sans chasse), protection des oiseaux nichant au sol (dont le déclin est clairement attribué scientifiquement par la ministre luxembourgeoise de l'Environnement à la destruction des habitats), gale. La thèse selon laquelle le renard devrait être réduit pour protéger les forêts ne résiste pas non plus à la réalité.

Ce manège d'arguments a une logique reconnaissable : dès qu'un argument est réfuté, le suivant est avancé. Le véritable motif, le plaisir de la chasse, n'est jamais exprimé ouvertement. La chasse nocturne à l'affût sur les places d'appâtage, toujours autorisée à Lucerne, est particulièrement contestable.

La psychologie derrière le rapport de la RUEK lucernoise

Qualifier le rapport de la RUEK de cynique est formellement exact. Mais s'en tenir à ce qualificatif, c'est rester en surface. Derrière le rejet réflexe de la pétition se cache une structure psychologique cynégétique identifiable, particulièrement marquée dans le canton de Lucerne. La psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Lucerne explique pourquoi une pétition factuellement inoffensive reçoit une réponse marquée par un refus argumentatif aussi agressif.

La chasse à territoire comme système de loyauté

Le système lucernois de chasse à territoire repose sur des contrats d'affermage pluriannuels avec 122 sociétés de chasse. Celui qui détient le territoire détient la souveraineté d'interprétation sur les effectifs de gibier dans la zone. Celui qui tire trop peu risque son contrat de bail. C'est un modèle d'initiés classique : l'accès aux ressources crée la loyauté, la loyauté protège l'accès. Ceux qui n'en font pas partie ne comprendraient prétendument pas « la réalité du terrain ». Les critiques scientifiques, les arguments de protection animale et les objections juridiques sont balayés comme des opinions d'étrangers.

C'est précisément cette mécanique que l'on retrouve dans le comportement de la RUEK. Pascal Wolf n'a pas été entendu parce qu'il n'est pas un initié. Le BUWD a été consulté parce qu'il fait partie du système. Une commission étroitement imbriquée dans le milieu cynégétique n'a aucune incitation institutionnelle à remettre en question ce milieu. Ainsi, un système s'immunise contre l'autoréflexion, tout en revendiquant des fonds publics qui, en réalité, servent principalement à protéger les privilèges des chasseurs.

Le déclin silencieux du lynx comme miroir

Dans le canton de Lucerne, le nombre de lynx diminue, alors même que des habitats appropriés sont disponibles. Une espèce strictement protégée disparaît d'un habitat adéquat, et l'administration ne mène aucune analyse critique reconnaissable des causes. Sur le plan psychologique, c'est révélateur : là où le lynx prélève des chevreuils que les chasseurs de loisir revendiquent pour eux-mêmes, il n'est pas un partenaire, mais un concurrent. Un déclin ne déclenche pas d'alarme dans le milieu cynégétique, mais un soulagement silencieux.

Transposé au renard, le même schéma se dessine. Dans la conception cynégétique, le renard n'est pas une créature semblable, mais un « nuisible », c'est-à-dire un concurrent. Vouloir restreindre la chasse de loisir au renard, ce n'est pas attaquer une pratique, mais un schéma identitaire. C'est pourquoi la réaction de la RUEK est si agressive, alors même que la pétition demandait sobrement un examen.

Le calendrier de chasse comme culture du droit acquis

Le calendrier de chasse lucernois 2025/26 comprend le cerf élaphe, le chevreuil, le sanglier, le lièvre brun, le renard, le blaireau, la fouine et la martre, l'écureuil et le cormoran. Pour différentes espèces, la saison s'étend sur pratiquement toute l'année. Ce qui se lit comme une énumération factuelle est en réalité une licence d'intervention permanente dans la vie des animaux sauvages. Des espèces qui ne se trouvent dans aucune situation de crise écologique et pour la chasse desquelles il n'existe aucune justification scientifique figurent sur un pied d'égalité avec des espèces pour lesquelles existent au moins des arguments rudimentaires de régulation.

La pétition de Pascal Wolf a égratigné cette culture du privilège sur un seul point, le renard. Même cette intervention minimale a été repoussée de manière réflexe. Cela révèle à quel point le système considère sa propre pratique comme non négociable.

Alarmisme préventif au lieu de la science

Dans le canton de Lucerne, où le loup n'est jusqu'à présent guère présent, des « compétences de régulation » sont déjà revendiquées avant même que les animaux n'arrivent. Le rapport de la RUEK montre le même schéma pour le renard : des scénarios catastrophes préventifs concernant des surcoûts et des maladies dangereuses, sans que ceux-ci soient étayés par des données.La disposition psychique de la chasse de loisir travaille avec des images de menace, car la conception de soi comme puissance d'ordre indispensable ne fonctionne qu'aussi longtemps qu'il faut écarter un prétendu danger.

C'est le sous-texte de la phrase clé de la RUEK : « aucun bénéfice perceptible, ni pour l'homme, ni pour la nature, ni pour le renard roux lui-même ». Traduit, cela signifie : tant que nous pouvons prétendre que la protection nuit et que tuer est utile, nous n'avons pas à modifier notre pratique. Ce n'est pas une argumentation factuelle. C'est une défense identitaire.

L'agressivité comme autodescription

Des études psychologiques montrent : les chasseurs de loisir s'évaluent eux-mêmes clairement comme plus agressifs que les non-chasseurs. Dans le test néerlandais E-Screener, un candidat au permis de chasse sur cinq échoue. La Suisse ne connaît à ce jour aucun test de ce type. Dans le canton de Lucerne, cela signifie : 122 sociétés de chasse comptant des centaines de chasseurs de loisir, dont une part statistiquement considérable ne réussirait pas un test psychologique d'aptitude indépendant. Ces chasseurs de loisir abattent chaque année environ 2’000 renards.

Lorsque la CESE défend cela contre toute évidence, elle ne défend pas seulement un système administratif. Elle défend une sous-culture qui décide, avec des armes à feu, un droit de tuer toute l'année et zéro contrôle sociétal, du sort de dizaines de milliers d'animaux sauvages. Une sous-culture dont l'identité se sent menacée précisément lorsqu'une personne extérieure, par exemple un pétitionnaire de Lucerne, pose la plus simple de toutes les questions : pourquoi, au juste ?

Même des chasseurs de loisir qualifient la chasse au renard d'absurde

Ce que la CESE ne mentionne pas dans son rapport : la critique de la chasse au renard ne vient plus seulement des organisations de protection animale. Elle vient de la biologie de la faune sauvage, du droit de la protection animale et même des rangs des chasseurs amateurs eux-mêmes. Quiconque connaît l'état actuel du débat le sait : défendre la chasse au renard est une position de plus en plus isolée.

Franz Balmer du canton de Zurich : «Nous nuisons à l'image de la chasse»

En novembre 2025, le Tagesanzeiger a relaté un cas qui révèle les divisions internes de la chasse de loisir suisse. Franz Balmer est chasseur amateur dans le canton de Zurich depuis 13 ans. Lorsque sa propre association de chasse a défendu la chasse au renard dans un bulletin associatif avec les arguments habituels, il a adressé une lettre indignée à la rédaction.Sa phrase centrale : «Nous nuisons davantage à l'image de la chasse que nous ne lui sommes utiles.»

Balmer reproche à son association de s'accrocher à des affirmations dépassées et d'ignorer les connaissances scientifiques. Au lieu de débattre ouvertement du sens et de l'absurdité de la chasse au renard, l'association défendrait une tradition à tout prix. C'est exactement ce que fait également la CESE de Lucerne. Lorsqu'un homme qui connaît la pratique de la chasse au renard de première main depuis 13 ans en arrive à cette conclusion, la position de la CESE n'est plus défendable, ni sur le plan technique ni sur le plan éthique.

Dans le même article du Tagesanzeiger, la biologiste de la faune sauvage Sandra Gloor prend la parole. Son propos est sans ambiguïté : abattre un seul renard mâle ou une renarde d'un groupe familial ne produit «absolument rien». La chasse au renard n'a aucune influence durable sur la population globale. La formation suisse à la chasse ne transmet le plus souvent que des règles formelles, plutôt que les connaissances actuelles sur la biologie du renard. Ce dernier point touche directement la CESE : une commission qui s'appuie sur les déclarations du BUWD sans entendre de spécialistes de la biologie de la faune sauvage comme Sandra Gloor travaille avec un niveau de connaissances datant des années 1980.

Robert Brunold du canton des Grisons : « La petite chasse n'est pas nécessaire »

Robert Brunold, ancien président des chasseurs de loisir des Grisons, a lui aussi reconnu publiquement ce que la CESJ refuse obstinément d'admettre : « La petite chasse n'est pas nécessaire, mais légitime. On pourrait tout aussi bien se demander s'il est judicieux de cueillir des baies et des champignons en forêt. » Un haut représentant du lobby des chasseurs amateurs grisons compare la mise à mort d'animaux sauvages en bonne santé à la cueillette de champignons. Il admet ainsi ce que la biologie de la faune sauvage démontre depuis trente ans : la chasse au renard ne remplit aucune fonction écologique ou de santé publique. C'est une activité de loisir. Rien de plus.

Lorsqu'un président d'association de chasse rabaisse lui-même la petite chasse au niveau d'une cueillette de champignons, l'argumentation de la CESJ devient encore plus embarrassante. La commission ne défend pas une nécessité, mais un loisir sanglant et cruel envers les animaux, que ses propres responsables qualifient ouvertement d'inutile.

Le front juridique : aucun motif raisonnable

La Société juridique allemande pour le droit de la protection animale a constaté, dans une prise de position détaillée, que dans les conditions actuelles, la chasse au renard manque régulièrement du motif raisonnable exigé par la loi sur la protection des animaux. Une chasse au renard conforme à la protection animale ne serait envisageable que dans des cas exceptionnels strictement limités. La chasse aux renards est ainsi qualifiée d'expression d'une conception dépassée de la chasse, pratiquement incompatible avec l'objectif étatique de protection des animaux.

Lovis Kauertz, président de Wildtierschutz Deutschland, résume : « Il est inconcevable que le législateur se soumette à ce point au dogme des organisations de lobbying des chasseurs de loisir, au point que même cette norme minimale de protection animale ne s'applique pas aux renards et autres prédateurs. » C'est exactement ce que fait la CESJ de Lucerne. Elle se soumet au dogme d'un lobby pour lequel la mise à mort d'animaux en bonne santé est plus importante que la loi sur la protection des animaux.

Le front scientifique : 18 études, un seul constat

Depuis plus de trente ans, on dispose d'au moins 18 études de biologie de la faune sauvage qui démontrent : la chasse au renard ne régule pas et ne sert pas à lutter contre les épizooties. Même en abattant les trois quarts d'une population, le même nombre d'animaux est à nouveau présent l'année suivante. Plus les renards sont chassés intensivement, plus la progéniture est nombreuse. La biologie de la faune sauvage parle désormais explicitement d'un « inappropriate paradigm », c'est-à-dire d'un schéma de pensée inapproprié.

Dans le parc national bavarois, où la chasse n'est pas pratiquée, la taille des portées est de 1,7 renardeau par renarde. Dans les territoires intensivement chassés, elle est environ trois fois plus élevée. Le taux de natalité s'autorégule biologiquement dès que la pression de la chasse disparaît. C'est précisément ce que la CEERU ignore.

Le front éthique : Aktionsbündnis Fuchs et la résistance internationale

Heidrun Heidtke de l'Aktionsbündnis Fuchs le dit clairement : « Quiconque apprend et voit pour la première fois ce que signifie la chasse au terrier en est totalement bouleversé. L'impitoyabilité et la brutalité avec lesquelles les renards sont traqués sont incompatibles avec les principes de la morale, de l'éthique et de la protection des animaux. » Un sondage représentatif de la Protection Suisse des Animaux PSA de 2017 a montré que 64 pour cent de la population suisse soutient une interdiction de la chasse au terrier, seuls 21 pour cent souhaitent la maintenir. La majorité a depuis longtemps rejoint la position de la protection animale, pas celle de la chasse de loisir.

Que reste-t-il à la CEERU ?

Lorsque l'ancien président des chasseurs de loisir grisons admet que la petite chasse n'est pas nécessaire, lorsqu'un chasseur de loisir zurichois écrit à sa propre association que la chasse au renard nuit à la réputation de la chasse, lorsque la biologiste de la faune sauvage Sandra Gloor affirme clairement que l'abattage des renards n'apporte « absolument rien », lorsque la Société allemande de droit de la protection animale nie l'existence d'un motif raisonnable, lorsque 18 études en biologie de la faune démontrent l'inutilité de la chasse au renard et que 64 pour cent de la population suisse rejette la chasse au terrier, alors la position de la CEERU n'est pas seulement intenable sur le plan technique. Elle est aussi isolée.

La commission défend une pratique que des chasseurs de loisir de haut rang et des chasseurs de loisir de longue date eux-mêmes mettent publiquement au niveau d'une cueillette de champignons. Elle la défend sans études, sans données, sans audition du pétitionnaire. Ce n'est pas de la politique parlementaire fondée sur les faits. C'est de la loyauté envers un milieu en déclin qui a perdu les arguments et ne veut plus que conserver le pouvoir.

La volonté populaire de 2020 ignorée

Ce qui manque totalement dans le rapport de la CEERU, c'est le contexte sociopolitique. Le 27 septembre 2020, l'électorat suisse a rejeté la loi révisée sur la chasse par 51,9 pour cent. Le Conseil fédéral et le lobby de la chasse de loisir avaient conçu une loi qui devait donner aux cantons davantage de marge de manœuvre pour les tirs de loups, de castors, de bouquetins et d'autres espèces. La population a rejeté cette loi dans les urnes.

Le message était clair : plus de protection pour la faune sauvage, pas moins. Plus de rigueur scientifique dans la politique de la faune, pas moins. Moins de pouvoir pour le lobby des chasseurs de loisir, pas plus. Le peuple a expressément exigé le contraire de ce que la RUEK cimente dans son rapport.

Une commission qui, cinq ans après ce vote populaire, rejette la pétition pour la protection du renard roux en arguant qu'une mise sous protection ne serait « ni objectivement ni économiquement judicieuse » ignore non seulement les preuves scientifiques. Elle ignore également la volonté politique de la population. Ce n'est pas un travail parlementaire au service des électeurs. C'est du lobbying en faveur d'une sous-culture militante qui a perdu la majorité et tente de la compenser par des rapports de commission.

Ce que la RUEK a ignoré (ou voulu ignorer)

La pétition de Pascal Wolf n'était pas naïve. Elle ne demandait pas l'abolition immédiate, mais l'examen d'un renoncement à la chasse au renard. Un examen. À visière ouverte. Avec audition du pétitionnaire. Avec prise en compte de la recherche en biologie de la faune sauvage des trente dernières années. Avec un regard vers le Luxembourg, Genève et d'autres régions où la chasse au renard appartient depuis longtemps au passé.

C'est précisément ce que la RUEK a refusé. Elle n'a même pas auditionné le pétitionnaire. Elle a exclusivement consulté le BUWD, qui est partie prenante dans cette question. Elle a expédié le rapport de pétition en quatre brefs paragraphes, assortis d'une motion si prévisible qu'elle aurait pu être rédigée par une IA.

Ce n'est pas un travail parlementaire sérieux. C'est une défense réflexe du canton de chasse de Lucerne.

Conclusion : le rapport de la RUEK est une occasion manquée

Pascal Wolf a offert au canton de Lucerne une possibilité d'autocorrection. Une possibilité de comparer enfin son propre régime de chasse avec les réalités du Luxembourg, de Genève et d'autres régions. Une possibilité de prendre connaissance de l'état de la recherche sur la faune sauvage. Cette occasion, la RUEK l'a laissée passer sans en faire usage.

Ce qui reste, c'est un rapport qui satisfait le lobby des chasseurs de loisir et ignore la science. Une motion demandant de « prendre acte de la pétition au sens des constatations et conclusions susmentionnées ». Un geste politique, rien de plus.

Le renard roux continuera d'être abattu à Lucerne. Non parce que cela a du sens. Mais parce que c'est commode.

Le travail bâclé de la RUEK est une chance politique. Il rend visible l'échec qui passe sous le radar dans la gestion de la faune lucernoise depuis des décennies. Le rapport du Tagesanzeiger sur les critiques venues des propres rangs de la chasse de loisir change le discours : quiconque défend encore aujourd'hui la chasse au renard ne s'oppose plus seulement aux défenseurs des animaux, mais aussi à des chasseurs de loisir de longue date, à des biologistes suisses spécialistes de la faune, à des présidents de fédérations de chasse et à 18 études en biologie de la faune.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous regroupons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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