Quand les chasseurs amateurs tirent, les promeneurs deviennent des cibles
À Grossefehn, dans l'arrondissement d'Aurich en Frise orientale, un samedi à midi, le 22.11.2025, deux personnes en promenade avec leur chien sont touchées par des plombs. La femme à la tête, l'homme au bras. C'est une chasse à rabatteurs.
Une chasseuse amateur de 40 ans reconnaît avoir tiré ; la police enquête pour coups et blessures par négligence.
Les autorités parlent d'un accident de chasse, les victimes sont considérées comme «légèrement blessées».
Rien que dans ce choix de mots réside déjà le problème : ce qui est minimisé ici sous l'étiquette d'«accident» est la conséquence logique d'un loisir où des personnes armées évoluent dans un paysage qui est simultanément un espace de détente pour le grand public.
Selon les indications de la police, les plombs «n'ont pas pénétré dans le corps». Cela sonne bureaucratiquement sobre, presque rassurant. En réalité, cela signifie : les projectiles étaient assez proches pour atteindre la tête d'une femme et le bras d'un homme. Ils étaient assez proches pour provoquer douleurs, blessures et un choc considérable.
Celui qui se promène avec son chien dans les champs cherche l'air frais, le calme, le mouvement. Il ne s'attend pas à devoir soudainement baisser la tête parce que quelque part dans les environs des tirs réels sont effectués. Imaginez la même situation avec une poussette ou une classe d'école. Par pure coïncidence, il s'agissait cette fois d'adultes.
Qu'aucune ambulance n'ait été nécessaire, comme le rapportent les médias, ne change rien à un fait : des personnes non impliquées sont devenues les quasi-victimes d'un passe-temps qui se nomme «art cynégétique» et aime à se parer de romantisme au nom de la tradition et des coutumes.
Pas un cas isolé, mais un système
Quiconque considère l'incident d'Aurich comme un accident tragique isolé n'a qu'à remonter un peu en arrière. En Allemagne, les accidents de chasse sont récurrents, et tous ne se terminent pas sans gravité. Le reportage de t-online consacré à l'affaire actuelle rappelle déjà qu'en 2025 seulement, deux personnes ont été tuées lors de parties de chasse en Allemagne, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Des organisations de protection animale et critiques de la chasse documentent depuis des années toute une série d'incidents graves :
- PETA souligne que les chasseurs de loisir tuent ou blessent chaque année plusieurs dizaines de personnes et que des centaines de milliers d'animaux sont soumis à d'importantes souffrances en raison de tirs manqués.
- L'initiative «Abschaffung der Jagd» recense des cas dans lesquels des chasseurs de loisir ont touché des passants, des animaux domestiques ou d'autres «cibles non visées», allant jusqu'à des homicides commis avec des armes de chasse.
- En 2019, à Schneverdingen, un joggeur se trouvant sur un chemin public a été blessé à la jambe par balle lors d'une battue.
- En 2023, en Thuringe, un chasseur de loisir a touché son collègue au visage lors d'une chasse à la moisson. Le blessé a été évacué par hélicoptère vers un hôpital dans un état grave.
- etc.
Aurich s'inscrit sans discontinuité dans ce schéma : des personnes vaquent à leurs occupations quotidiennes tandis que des munitions réelles sont tirées sur des animaux à proximité immédiate. Et ce ne sont pas seulement les animaux qui sont régulièrement touchés.
La battue : un concept dangereux dans un paysage densément fréquenté
Le format de chasse pratiqué dans l'arrondissement d'Aurich est particulièrement problématique : la battue. Des rabatteurs et des chiens y délogent les animaux de leurs abris, tandis que des tireurs positionnés en ligne ou à des postes fixes ouvrent le feu sur les animaux en fuite. Dans un paysage culturel sillonné de chemins, de champs, de fermes, de pistes équestres et cyclables, ce concept constitue un risque permanent pour la sécurité.
Dans le cas présent, les personnes blessées se promenaient avec leur chien «sur des champs» au moment où le coup de feu est parti. Il ne s'agit donc pas d'un stand de tir fermé, mais d'un espace utilisé simultanément à des fins agricoles, cynégétiques et de loisir.
Même lorsque des panneaux d'avertissement sont installés, la chasse de loisir transfère le risque de manière unilatérale sur la population civile : quiconque souhaite se détendre doit apparemment s'écarter largement dès que des chasseurs amateurs se signalent, faute de quoi il assume sa «responsabilité personnelle». C'est là une inversion de la cause et de l'effet. La cause est la décision délibérée de pratiquer une activité de loisir avec des armes létales dans un espace que les chasseurs amateurs partagent avec tout le monde.
Le mythe de la chasse de loisir sans danger
Le lobby de la chasse aime souligner le niveau élevé des normes de sécurité, la rigueur de la formation, le sens des responsabilités dans le maniement des armes. Le Deutsche Jagdverband publie des statistiques détaillées sur les tableaux de chasse, les accidents liés à la faune et les titulaires de permis de chasse. Ce qui fait pourtant défaut dans cet univers de relations publiques, c'est une statistique globale honnête et facilement accessible sur les accidents de chasse ayant pour victimes des êtres humains et des animaux domestiques.
Les chiffres que les organisations de protection des animaux doivent rassembler proviennent souvent de médias locaux et de communiqués de police, et non d'un recensement officiel transparent. Cette opacité elle-même constitue un signal d'alarme. Quiconque serait véritablement convaincu que son loisir est sûr et utile à la société documenterait et analyserait chaque incident de manière proactive.
Au lieu de cela, les accidents de chasse réapparaissent régulièrement dans les rubriques «faits divers», accompagnés de formulations telles que «a confondu des promeneurs avec du gibier» ou «un coup de feu est parti». Il en va de même dans d'autres cas où des personnes ont été touchées lors de parties de chasse.
Droit des armes et réalité : des munitions réelles dans la vie quotidienne
L'affaire de Grossefehn illustre une fois de plus à quel point les obstacles théoriques du droit des armes peinent à endiguer le danger concret. Après l'incident, la police a contrôlé les documents relatifs aux armes ainsi que le fusil à pompe de la chasseresse. Il est apparu qu'elle était en possession d'une arme légale, qu'elle avait suivi une formation et passé des examens, qu'elle était intégrée dans une société de chasse, et qu'elle a néanmoins blessé deux promeneurs qui n'avaient rien à voir avec la chasse.
La légalité ne saurait remplacer l'innocuité. Un système dans lequel des particuliers manient régulièrement des armes à feu dans le cadre d'un loisir à proximité de chemins, d'habitations et d'aires de jeux crée un danger structurel qu'il est impossible de maîtriser totalement. Toute battue est un pari : on espère que les projectiles ne déviront pas de leur trajectoire, que personne ne se trouvera par hasard au mauvais endroit au mauvais moment.
Les animaux aussi paient le prix
Les victimes humaines retiennent naturellement l'attention du public. Mais la chasse de loisir cause également des dommages considérables aux animaux, qui vont bien au-delà du «gibier abattu». L'IG Wild beim Wild souligne que chaque année, d'innombrables animaux sauvages sont blessés par des tirs manqués et meurent dans d'atroces souffrances, parce qu'ils n'ont été que touchés sans être retrouvés.
Si des êtres humains parfaitement visibles sont atteints en plein jour sur des chemins, qu'en est-il alors d'un chevreuil dans les fourrés ou d'un renard qui prend la fuite dans la pénombre ? La chasse de loisir produit de la souffrance en continu, non seulement au moment du coup de feu fatal, mais aussi sous forme de blessures durables, de stress au sein des familles animales et de jeunes orphelins.
Le fait de dissimuler cette souffrance derrière des termes tels que «gestion» et «régulation des populations» ne fait, d'un point de vue éthique, qu'aggraver les choses.
La politique dans la ligne de mire : il est temps de tirer des conclusions claires
L'incident survenu dans l'arrondissement d'Aurich soulève des questions qui dépassent largement le cas d'une seule chasseuse amateur :
- Pourquoi est-il seulement permis d'organiser des chasses à rabatteurs dans des zones normalement fréquentées par des promeneurs, des cavaliers, des joggeurs et des familles ?
- Pourquoi n'existe-t-il pas de distances minimales uniformes à l'échelle fédérale, généreusement dimensionnées, par rapport aux chemins, aux habitations et aux autres espaces publics, qui soient systématiquement contrôlées et sanctionnées ?
- Pourquoi n'existe-t-il à ce jour aucune statistique centrale et accessible au public recensant tous les accidents de chasse, y compris les blessés et les tués parmi les humains et les animaux domestiques ?
Quiconque prend ces questions au sérieux ne peut guère parvenir à une autre conclusion : la chasse de loisir, telle qu'elle est pratiquée en Allemagne, n'est pas viable à long terme.
À court terme, les mesures suivantes seraient au moins urgentes :
- Interdiction des chasses à rabatteurs à proximité des zones résidentielles, des sentiers de promenade fréquentés et des zones de loisirs de proximité.
- Distances minimales nettement plus élevées pour tout tir en direction de chemins, d'habitations et d'autres surfaces utilisées, combinées à de lourdes sanctions en cas d'infraction.
- Obligation de déclaration à l'échelle fédérale pour tous les accidents de chasse, recensement centralisé et publication des données.
À long terme, la question de savoir si un hobby privé impliquant des armes à feu est encore justifiable au XXIe siècle ne pourra être évitée. Des modèles de gestion professionnelle, organisée par l'État ou les communes, de la faune sauvage et du trafic routier existent déjà ; ils seraient contrôlables de manière transparente et pourraient être conçus selon des critères de protection animale et de sécurité — plutôt qu'en fonction d'intérêts de loisir.
Les balles qui ont atteint la tête d'une femme et le bras d'un homme à Grossefehn auraient pu être fatales. Que les choses se soient bien terminées relève du hasard, non du mérite du système.
Tant que les forêts et les champs seront perçus comme des territoires de chasse dans lesquels tous les autres doivent «être pris en compte», les êtres humains et les animaux continueront de faire les frais d'un hobby dangereux.
Une conception véritablement moderne de la nature se présente autrement : des forêts et des champs comme espaces sécurisés pour les animaux et les êtres humains, et non comme décor d'exercices de tir. L'accident de chasse dans l'arrondissement d'Aurich n'est pas un accident de parcours. Il constitue un nouveau témoignage que la chasse de loisir elle-même est le problème.
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