La science avertit, la politique tire
En Valais, un nouveau modèle de chasse au chamois suscite de vives critiques de la part de spécialistes de la faune sauvage. Bien qu'une étude commandée par le canton lui-même désigne un équilibre des sexes comme déterminant pour la stabilité des populations de chamois, la réglementation actuelle autorise nettement plus d'abattages de boucs — en contradiction avec les recommandations scientifiques.
Dès 2016, la Fédération cantonale valaisanne des chasseurs (FCVC) avait commandé une étude approfondie sur les populations de chamois.
Les biologistes de la faune Dr Christine Miller et Dr Luca Corlatti y concluent qu'il existe dans les populations valaisannes un net excédent de chamois femelles par rapport aux boucs. Ce déséquilibre pourrait avoir des effets négatifs sur la reproduction, la structure sociale et la santé des animaux .
La règle agronomique selon laquelle un taureau peut couvrir 30 vaches ne s'applique pas à la biologie du chamois. Or c'est précisément selon cette logique qu'est conçu le nouveau modèle de chasse valaisan au chamois.
L'étude recommande donc explicitement d'augmenter l'abattage des femelles et de laisser aux boucs le temps d'atteindre la classe d'âge socialement importante des plus de onze ans. C'est la seule manière d'assurer la stabilité des populations, écrit pomona.ch le 14.9.2025.
Le nouveau plan de chasse va dans la direction opposée
Malgré ces mises en garde, le nouveau modèle de chasse double le contingent de boucs adultes. Selon le Service de la chasse et des sottises du Valais, la protection des chamois femelles doit certes être «renforcée», mais dans le même temps, des classes d'âge importantes chez les femelles restent sans protection : les animaux de 3½ ans peuvent toujours être abattus — précisément un an avant leur première mise bas.
Les spécialistes avertissent que l'absence de boucs âgés entraîne davantage de combats de rut, des hiérarchies perturbées et un affaiblissement des animaux lié au stress. Cela pourrait provoquer une mortalité hivernale plus élevée chez les boucs comme chez les femelles, ainsi que de moins bonnes chances de survie pour les cabris.
Un rapport de sexes déséquilibré a des conséquences importantes : rut tardif, davantage de ruts secondaires, pression parasitaire accrue, chevreaux mis bas plus tardivement et donc plus faibles – un cercle vicieux qui déstabilise la population.
La politique sous pression
Le schéma n'est pas nouveau : déjà lors de la chasse au loup, la politique valaisanne a cédé à la pression de certains groupes d'intérêt et ignoré les mises en garde scientifiques contre une déstabilisation des populations. Les critiques y voient un problème général : les intérêts à court terme primeraient sur une politique faunique durable.
Le conflit autour de la chasse au chamois en Valais illustre de manière exemplaire comment les connaissances scientifiques et les décisions politiques peuvent diverger. La stabilité à long terme des populations dépend désormais de la volonté des responsables à prendre au sérieux les recommandations de la recherche – ou de continuer à mener une politique de chasse à l'encontre des avis de leurs propres expertes.
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