Miradors illégaux : libérer les forêts de la prolifération cynégétique
Dans de nombreuses forêts se dressent des miradors, des affûts et des constructions cynégétiques qui ne sont pas autorisés selon le droit de l'aménagement du territoire et contournent le droit de la construction, forestier ainsi que de protection des animaux. Ils modifient la forêt, créent des risques sécuritaires et servent une chasse de loisir hautement technisée.
1. Motion
Le Conseil d'État est chargé de soumettre au Grand Conseil un projet de modification de la loi sur la chasse et la protection de la faune sauvage (………), de la loi cantonale sur la construction et l'aménagement (………), de la loi forestière (………) ainsi que des ordonnances correspondantes, par lequel dans le canton (………) la gestion des miradors et autres constructions cynégétiques en forêt soit clairement réglementée, appliquée conformément au droit et la prolifération existante progressivement éliminée. La révision législative doit notamment garantir,
- que le canton (………) établisse un inventaire complet et accessible au public des miradors. Pour chaque mirador doivent être recensés au minimum :
- Localisation (parcelle, coordonnées), surface au sol, hauteur, type de construction et matériau
- Année de construction ou âge présumé
- Rapports de propriété et société de chasse responsable
- autorisations éventuelles selon le droit de l'aménagement du territoire, de la construction, forestier et cynégétique.
- qu'une définition claire des installations d'affût cynégétiques soit ancrée dans le droit cantonal, qui distingue entre
- des sièges d'échelle simples et mobiles, qui sont retirés après la chasse et ne présentent aucune fondation ou intervention dans les arbres
- des miradors fixes, affûts, cabanes de passage et constructions similaires de petite taille, qui sont considérés comme des constructions non forestières en zone non constructible et nécessitent une autorisation exceptionnelle selon le droit de l'aménagement du territoire.
- qu'il soit expressément établi que :
- Le consentement du propriétaire foncier ou une simple autorisation communale ne suffisent pas lorsque des prescriptions de droit fédéral sont concernées (notamment en dehors de la zone à bâtir).
- Les miradors avec fondations, câblages, revêtement massif, grandes plateformes ou plusieurs places assises sont considérés comme des petites constructions et soumis à autorisation.
- Les clous, vis, fils, chaînes et fixations similaires qui blessent ou endommagent durablement les arbres sont interdits.
- qu'en vertu du droit de l'aménagement du territoire et de la jurisprudence du Tribunal fédéral, une obligation de démolition des constructions cynégétiques illégales en forêt soit ancrée. Il convient notamment de prévoir :
- Les miradors et affûts illégaux sans autorisation valide doivent être supprimés dans les délais fixés
- Les miradors qui portent atteinte aux intérêts dignes de protection de la nature et du paysage doivent être démolis indépendamment de leur année de construction
- Les coûts de démolition et de remise en état légal sont à la charge de la société de chasse responsable ou du maître d'ouvrage.
- que le Conseil d'État décrète un moratoire pour les nouveaux miradors et constructions cynégétiques en forêt, jusqu'à ce que
- l'inventaire des miradors soit entièrement disponible
- les prescriptions cantonales sur la construction hors de la zone à bâtir soient adaptées à LAT 2 et aux exigences fédérales d'exécution
- des critères clairement définis pour une autorisation exceptionnelle (intérêt public, nombre minimal, dimensions minimales, limitation dans le temps) soient en vigueur.
- que dans le cadre de la pratique d'autorisation, des exigences contraignantes de sécurité et de protection des animaux soient fixées, notamment
- des distances minimales par rapport aux chemins, aires de jeux, agglomérations et zones protégées
- des exigences concernant le pare-balles, la direction de tir et le choix de l'emplacement
- l'interdiction de nourrissage et d'appâtage à portée de tir immédiate des miradors
- l'interdiction de formes de chasse particulièrement problématiques depuis le mirador (notamment l'affût nocturne avec des moyens techniques qui privent les animaux de toute chance réaliste de fuite), dans la mesure où cela relève de la compétence cantonale.
- que les autorités de surveillance de la chasse et de la construction soient obligées d'effectuer des contrôles réguliers en forêt, de recenser les constructions illégales et d'ordonner leur démolition. Les compétences entre communes, canton et surveillance de la chasse doivent être clairement réglées.
- que le canton ancre dans la formation et la formation continue cynégétiques des contenus contraignants sur le droit de l'aménagement du territoire, le droit de la construction et des forêts, les exigences de sécurité ainsi que la protection des animaux concernant les constructions cynégétiques.
- que le Conseil d'État expose dans le message,
- combien de miradors et de constructions cynégétiques sont présumés dans le canton (………) et combien sont effectivement autorisés
- comment la pratique cantonale se présente par rapport à d'autres cantons (par exemple Genève, Appenzell Rhodes-Intérieures, Lucerne, Uri, communes avec leurs propres règlements)
- Quelles possibilités existent pour passer à moyen terme d'une chasse au mirador basée sur le loisir à une gestion professionnelle de la faune selon le modèle du canton de Genève, où les miradors privés en forêt ne sont plus tolérés ?
Le Conseil d'État tient compte dans son projet des dispositions transitoires nécessaires, notamment les délais pour l'inventaire des miradors, la démolition des constructions illégales et l'adaptation des planifications cynégétiques en cours.
2. Justification brève
Les miradors et affûts cynégétiques sont volontiers présentés par la chasse de loisir comme une tradition inoffensive. Juridiquement, ils constituent généralement des constructions ou installations hors zone à bâtir et sont soumis aux prescriptions strictes du droit de l'aménagement du territoire, de la construction et des forêts. Un accord privé ou une pratique locale qui traite la forêt comme un espace de chasse quasi privé ne remplace pas ces exigences légales.
Le Tribunal fédéral a clarifié par ATF 147 II 309 que les constructions illégales hors zone à bâtir sont en principe démolissables et que l'obligation de remise en état légal ne s'éteint pas simplement après quelques décennies. Le droit de l'aménagement du territoire protège avec la séparation entre zone à bâtir et zone non constructible un principe de droit constitutionnel. Une tolérance des constructions clandestines désavantagerait les comportements conformes au droit et récompenserait les constructions illégales.
Avec la deuxième étape de révision de la loi sur l'aménagement du territoire (LAT 2) et la nouvelle ordonnance sur l'aménagement du territoire, des règles de prescription ont été introduites d'une part, et l'exécution renforcée d'autre part : les utilisations non autorisées doivent être constatées rapidement, interdites immédiatement et les démolitions ordonnées sans délai. Pour les nouveaux miradors en particulier, cela signifie que les constructions délibérément illégales en forêt ne sont pas une bagatelle, mais clairement illégales.
La pratique des cantons montre une mosaïque. Certains cantons connaissent des aide-mémoire avec des prescriptions très strictes (petite surface au sol, pas de fondations, pas d'interventions dans les arbres), d'autres exigent explicitement des autorisations exceptionnelles selon le droit de l'aménagement du territoire. Parallèlement, dans de nombreuses forêts se dressent des affûts qui dépassent manifestement ces prescriptions : constructions à plusieurs étages, cabanes massives, fondations en béton, arbres vissés. Ils sont le signe d'un monde cynégétique parallèle où la forêt publique est traitée comme une propriété privée.
S'y ajoutent des aspects de sécurité et de protection des animaux. Les associations cynégétiques et les assurances mettent elles-mêmes en garde contre les risques de chute, les échelles défectueuses, l'absence de pare-balles et les emplacements mal choisis. Du point de vue de la protection des animaux, les miradors sont l'instrument central d'une pratique cynégétique qui veut tuer les animaux sauvages de manière planifiable, à courte distance et avec des moyens techniques, à l'abri de la hauteur. La chasse nocturne, l'appâtage à portée de tir et les tirs ciblés sur des animaux qui se déplacent lentement ont peu à voir avec un traitement équitable des animaux sauvages.
Le canton de Genève montre depuis des décennies qu'il est possible de faire autrement. Là-bas, la chasse de loisir a été abolie et remplacée par une gestion professionnelle de la faune avec des gardes-faune étatiques. Il n'y a pas d'armée de chasseurs de loisir qui installent des miradors privés en forêt. La régulation de la faune se fait selon des critères clairs et sous responsabilité étatique.
Selon le droit fédéral, aucun canton en Suisse n'est tenu de prévoir la chasse de loisir. C'est le droit des cantons de décider si la chasse est autorisée ou non. Si un canton décide contre ou même partiellement contre la chasse, il peut le faire librement selon la Constitution fédérale. Le canton de Genève a depuis longtemps choisi cette voie exemplaire.
L'état actuel du droit retire aux cantons leurs excuses : les miradors illégaux peuvent être inventoriés, évalués juridiquement et démolis. Ce qui manque, c'est une stratégie cantonale claire et la volonté politique. Avec la présente motion, le Conseil d'État est chargé de fonder juridiquement cette volonté :
- par un inventaire complet des miradors
- par une démolition conséquente des constructions cynégétiques illégales
- par un moratoire pour de nouveaux miradors jusqu'à clarification de la situation juridique
- par des standards de sécurité et de protection des animaux
- par une perspective vers une gestion professionnelle de la faune.
Ainsi, les forêts seront déchargées des infrastructures cynégétiques, l'aménagement du territoire, la protection des animaux et la sécurité renforcés et la voie ouverte pour une gestion moderne de la faune orientée sur le modèle genevois.
