Chaque automne, la haute saison de la chasse transforme des régions entières en champs de tir éphémères. Pendant des semaines, les chasseurs amateurs sillonnent les forêts, fusils en main et plans de régulation, tandis que la faune sauvage, les randonneurs et les riverains partagent le même espace. Les autorités évoquent le « contrôle des populations » et la « tradition », mais les signalements d’animaux blessés, d’abattages illégaux, d’accidents et de comportements imprudents sont en augmentation. Dans le seul canton des Grisons, environ 10 000 animaux sont abattus chaque année pendant la haute saison, dont 9 % sont illégaux, et un cerf sur dix est seulement blessé. Ce dossier s’appuie sur des chiffres, le cadre juridique et des exemples concrets pour démontrer que la haute saison de la chasse n’est pas une coutume inoffensive, mais bien une épreuve pour le bien-être animal, la sécurité et la crédibilité de la politique de chasse suisse.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Système de chasse en haute altitude. Comment la chasse en haute altitude est-elle structurée en Suisse, quelles espèces de gibier sont concernées et quel rôle jouent les systèmes de chasse brevetée et territoriale ?
- Point chaud des Grisons. Pourquoi la chasse en haute altitude dans les Grisons illustre comment un « événement traditionnel » peut devenir une zone dangereuse, que disent les chiffres officiels sur les tirs incorrects et les amendes, et pourquoi l'inspecteur de la chasse lui-même met en garde contre une « évolution inquiétante ».
- La chasse spéciale comme solution permanente : que se passe-t-il lorsque les quotas d’abattage ne sont pas atteints ? Comment la chasse spéciale est-elle passée d’une mesure d’urgence à une pratique courante ? Et pourquoi est-elle particulièrement problématique du point de vue du bien-être animal ?
- Bien-être animal et taux d'erreur. Pourquoi les animaux sauvages meurent-ils sans être étourdis lors de la chasse en haute altitude ? Que révèlent les statistiques de suivi ? En quoi la chasse en haute altitude diffère-t-elle de la législation suisse sur le bien-être animal ?
- La chasse en haute altitude présente un risque pour la sécurité. Ce risque survient lorsque des coups de feu sont tirés à proximité d'habitations, en l'absence de signalisation adéquate, et que les espaces publics deviennent des zones de tir temporaires.
- Culture et psychologie de la violence : ce que le comportement des chasseurs de loisirs pendant la haute saison révèle sur l'acceptation de la violence, la pression du groupe et l'image de soi.
- Politique et droit. Comment la législation sur la chasse, les pratiques d'application de la loi et les pressions du lobbying bloquent les réformes, et pourquoi le parc national offre un contre-exemple.
- Ce qui doit changer. Revendications politiques concrètes : gestion professionnelle du gibier plutôt que chasse récréative, zones sans chasse, interdiction des pratiques de chasse nuisibles et rôle des prédateurs comme régulateurs naturels. Arguments. Réponses aux principales justifications de la chasse au gros gibier.
- Liens rapides. Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d'œil.
Chasse de haut niveau : définition et signification du point de vue de l'animal
La « chasse de prestige » trouve son origine dans un privilège de la noblesse : elle désignait la chasse au grand gibier prestigieux comme le cerf élaphe, le daim, le chamois et le bouquetin. En Suisse, la chasse de prestige demeure la principale période de chasse en automne. Selon les cantons, elle dure plusieurs semaines en septembre, durant lesquelles le cerf élaphe, le chevreuil et le chamois sont chassés intensivement. Les saisons de chasse, les quotas et les zones de chasse sont fixés par les cantons, tandis que leur mise en œuvre pratique repose en grande partie sur les chasseurs de loisir titulaires d'un permis de chasse et, dans certains cas, d'un droit de chasse.
Officiellement, la chasse en haute altitude vise à réguler les populations fauniques, à limiter les dégâts causés par le broutage en forêt et à instaurer un « équilibre ». Du point de vue du bien-être animal, cependant, elle se traduit principalement par une forte pression de chasse sur une courte période, la fuite, le stress, la peur de la mort et un risque élevé de tirs manqués ou éraflés. Contrairement aux animaux destinés à l'abattage, qui doivent être étourdis avant d'être tués (art. 21, al. 1 de la loi sur la protection des animaux), les animaux sauvages chassés en haute altitude meurent généralement sans étourdissement : en fuyant, blessés, en chutant des pentes, et parfois seulement après de longues recherches. L'art. 178a, al. 1, lit. a de l'ordonnance sur la protection des animaux exempte la chasse récréative de l'obligation d'étourdir. La conception suisse moderne du bien-être animal est donc en contradiction directe avec une pratique qui présente la violence comme une « coutume naturelle » saisonnière.
L’ampleur du problème est considérable : lors de la saison de chasse 2023/24, 65 811 ongulés (chevreuils, cerfs élaphes, chamois) ont été abattus en Suisse, ainsi que plus de 1 200 bouquetins protégés lors de chasses en haute altitude. Par ailleurs, 23 565 animaux ont été tués lors de chasses en plaine, dont près de 20 000 renards roux. Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais bien du bilan d’un système de grande ampleur .
Pour en savoir plus : Bien-être animal et pratiques de chasse en Suisse ; La chasse en Suisse : vérification des faits, méthodes de chasse et critiques
Chasse en haute altitude dans les Grisons : quand la tradition devient une zone dangereuse
Peu de cantons illustrent aussi clairement les aspects négatifs de la chasse que les Grisons. En janvier 2025, l'inspecteur de la chasse, Adrian Arquint, alertait dans la revue « Bündner Jäger » sur une « tendance inquiétante » : durant la saison de chasse 2024, des incidents ont été constatés, liés au comportement de chasseurs de loisir, parfois isolés, et de groupes entiers, envers d'autres chasseurs, des personnes ne pratiquant pas la chasse, la faune sauvage et les gardes-chasse. Le chef de service, Lukas Walser, a confirmé à la SRF que « le nombre d'incidents a considérablement augmenté, notamment aux alentours de Coire » : tirs à proximité de zones résidentielles, conflits entre chasseurs et dégradations de postes de chasse.
Les chiffres officiels dressent un tableau structurel. Durant la haute saison, environ 10 000 cerfs, chamois, chevreuils et sangliers sont abattus chaque année dans le canton des Grisons. Près de 9 % de ces abattages sont illégaux. Lors de la haute saison 2022, l’Office de la chasse et de la pêche a recensé 790 abattages illégaux sur environ 9 200 animaux tués, une proportion qui, selon le garde-chasse Stefan Rauch, est « à peu près la même chaque année ». Un cerf sur dix est simplement blessé au lieu d’être tué proprement. Au cours des cinq années précédant 2016, les chasseurs de loisir ont payé plus de 700 000 francs suisses d’amendes pour abattages illégaux. Rien qu’en 2014, 1 007 amendes ont été dressées et 95 plaintes ont été déposées auprès des offices de district ; près d’un chasseur de loisir actif sur cinq (sur 5 804) était en infraction cette année-là.
Les conséquences des infractions au règlement sont mineures : des amendes allant jusqu’à 500 francs suisses, somme symbolique en pratique. Aucun permis de chasse n’est retiré définitivement et aucune évaluation systématique de l’aptitude n’est entreprise. Le message est clair : la chasse de loisir tolère les infractions légales, considérées comme un risque systémique calculé.
Plus d'informations sur ce sujet : La chasse en haute altitude dans les Grisons sous pression : contrôle et conséquences pour les chasseurs de loisir et La liste noire de la chasse en Suisse
Chasse spéciale : Quand la cruauté envers les animaux devient une routine
La haute saison de chasse se termine officiellement le dernier jour de la chasse. En réalité, elle est souvent prolongée par des chasses spéciales et complémentaires. Si les quotas de régulation ne sont pas atteints durant la haute saison, les cantons organisent des chasses supplémentaires à la fin de l'automne pour « réguler les populations ». L'accent est mis en particulier sur les biches et les faons, souvent sur des pentes abruptes, dans la neige, le brouillard et par faible visibilité, ce qui augmente considérablement le risque de tirs accidentels.
Ces chiffres démontrent que les chasses spéciales ne constituent plus une mesure exceptionnelle. Dans le canton de Berne, 1 047 cerfs élaphes ont été abattus en 2023, soit un tiers de la population estimée. Parmi eux, 133 biches et faons ont été tués lors de la seule chasse spéciale qui s'est déroulée du 24 novembre au 6 décembre dans les réserves de chasse de l'Oberland bernois. Officiellement, on parle de « respect des obligations réglementaires ». Du point de vue du bien-être animal, cependant, ce régime de chasse abaisse progressivement le seuil de tolérance à l'égard des populations d'animaux sauvages.
Dans le canton des Grisons, 3 432 cerfs élaphes et 2 502 chevreuils ont été abattus durant la haute saison de chasse 2025, un résultat supérieur à la moyenne des vingt dernières années. Le canton a qualifié ce résultat de réussi. Il a néanmoins instauré une chasse spéciale en novembre et décembre : 1 711 biches et leurs faons, 281 chevreuils et 10 chamois supplémentaires devaient être prélevés. Il n’y a pas de quota pour le sanglier ; sa chasse est autorisée toute l’année.
Le « modèle contradictoire » de planification de la chasse est particulièrement problématique : ce qui est interdit, contraire à l'éthique et punissable lors de la chasse en haute altitude en septembre – à savoir, l'abattage des jeunes et des mères – est expressément souhaité lors de la chasse spéciale organisée quelques semaines plus tard. Des biches gestantes sont abattues, les fœtus suffoquent dans l'utérus et les faons errent ou meurent de faim. Les battues en fin d'automne engendrent un stress considérable, un risque élevé de blessures et des déplacements forcés sur de longues distances, précisément au moment où les animaux sauvages ont besoin de constituer leurs réserves d'énergie pour l'hiver. Ce qui est présenté comme une conséquence de la chasse en haute altitude est, en réalité, un second programme de chasse aux conséquences dramatiques pour le bien-être animal et sa survie hivernale.
Plus d'informations sur ce sujet : La chasse spéciale à Berne : de l'urgence à une solution permanente et les chasses spéciales et les limites de la chasse récréative
La chasse en haute altitude comme risque pour la sécurité : quand la forêt devient une zone de chasse
La chasse ne se limite plus aux zones sauvages inhabitées. Randonneurs, cyclistes, familles et habitants locaux empruntent les mêmes sentiers et pentes que les chasseurs amateurs. Lorsque des coups de feu sont tirés à proximité des sentiers, en l'absence ou en l'absence de signalisation, les espaces publics deviennent temporairement des zones dangereuses. La responsabilité n'incombe pas aux randonneurs, mais à un système qui tolère une violence meurtrière dans un contexte de loisirs.
Les cas documentés figurant sur la liste noire de l'Association suisse de chasse montrent que les chasseurs de loisir tirent régulièrement sur les mauvaises cibles : des ânes au lieu de cerfs, des chats au lieu de renards, des moutons au lieu de sangliers. Dans un système de chasse traditionnel où la population de chasseurs vieillit, où les quotas de régulation sont basés sur les performances et où règne la pression des pairs, le risque d'erreurs et de tirs accidentels s'accroît. En Suisse, les chasseurs de loisir, un groupe à haut risque, sont responsables chaque année de blessures et de décès. Que cette pratique soit protégée au nom de la « préservation de la tradition » paraît anachronique du point de vue de la sécurité publique.
Les autorités des Grisons confirment elles-mêmes le problème : Lukas Walser, de l’Office de la chasse et de la pêche, a admis auprès de la SRF que pour certains chasseurs de loisir, « leur propre succès à la chasse devient primordial, et la conscience de l’environnement passe au second plan ». L’inspecteur de la chasse, Arquint, a averti que sans « responsabilité et sensibilité individuelles », « la crédibilité de la chasse » est en jeu.
Pour en savoir plus sur ce sujet : La chasse de loisir : un permis de tuer plutôt qu’une source de connaissances ; et Chasse et armes : risques, accidents et dangers liés à la chasse de loisir armée.
Bien-être animal et chasse en haute altitude : stress, peur de la mort et taux d’erreur
La loi suisse sur la protection des animaux (art. 4, al. 2 LPT) stipule qu'il est interdit de causer injustement à un animal douleur, souffrance ou préjudice. L'art. 26, al. 1, lit. a LPT érige en infraction la cruauté envers les animaux. La Fondation pour le droit animalier (TIR) dénonce depuis des années les chasses en battue, notamment la chasse à l'affût, qui soumettent les animaux sauvages à un stress important et à un risque élevé d'accidents. Ces problèmes sont exacerbés pendant la saison de chasse en haute altitude : forte pression de chasse sur une courte période, mouvements de fuite frénétiques, tirs à distance en terrain difficile et pistage du gibier blessé retardé, voire abandonné.
Les statistiques relatives au suivi du gibier blessé confirment le manque de contrôle en matière de chasse en haute altitude. Dans le canton des Grisons, le pistage est requis environ 1 100 fois par an. Parmi ces interventions, seule la moitié environ aboutit. Entre 2012 et 2016, 56 403 cerfs, chevreuils, chamois et sangliers ont été abattus dans le canton, dont près de 1 000 animaux tués accidentellement en cinq ans. Des études sur les tirs indirects recensent des centaines d'animaux sauvages retrouvés morts, blessés par balle, et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les analyses suggèrent qu'une proportion importante d'animaux touchés par balle ne sont initialement que blessés et sont retrouvés plusieurs jours plus tard ou meurent sur place.
Si les animaux destinés à l'abattage doivent être maîtrisés et étourdis à la ferme, les animaux sauvages sont tués dans des conditions de stress extrême lors de la chasse. Ils fuient, terrifiés, sont fréquemment blessés et meurent souvent hors de la vue des chasseurs. D'un point de vue éthique, il est difficile de justifier qu'un État qui prétend protéger les animaux autorise de telles pratiques comme activité de loisir au lieu de les réduire au strict minimum et de les encadrer par des professionnels.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Animaux sauvages, peur de la mort et absence d’étourdissement , et chasse et bien-être animal : quelles conséquences la réalité a-t-elle sur les animaux sauvages ?
Culture de la violence à la chasse : ce que révèle le comportement des chasseurs amateurs
Quiconque tue régulièrement des animaux commet un acte de violence, certes légalisé, mais de la violence tout de même. La chasse en haute altitude est la forme concentrée de cette culture de la violence : des groupes de chasseurs de loisir, soucieux d’atteindre des quotas, se font concurrence, comparent leurs trophées et leurs « succès », et évoluent dans un milieu où le mensonge et l’exagération font partie intégrante des traditions. Le rapport annuel de l’Office grisonien de la sécurité alimentaire et de la santé animale a révélé que jusqu’à 30 % des carcasses d’animaux sauvages étaient mal évaluées par les chasseurs de loisir : signe d’une fraude systématique lors de l’évaluation de la qualité de la viande.
Lorsque les autorités de chasse signalent des « conflits impitoyables » entre chasseurs de loisir, des dégradations d'affûts et une augmentation des amendes, cela démontre qu'il ne s'agit pas de quelques brebis galeuses, mais bien d'un problème structurel. La haute saison de la chasse crée un effet de concentration : en trois semaines, des milliers de chasseurs de loisir sont simultanément lâchés sur un territoire restreint, sous pression, animés par la fièvre de la chasse et l'ambition de collectionner des trophées. Psychologiquement, cette situation modifie les limites. Ceux qui perçoivent la violence comme un loisir, la qualifient de « gestion de la faune » et la voient constamment glorifiée dans les photos de chasseurs victorieux, les récits et les magazines de chasse , finissent par banaliser le fait de tuer.
La chasse en haute altitude est emblématique de la dimension performative de la chasse récréative : présence sur le terrain, satisfaction des exigences, statut au sein du groupe. Une analyse psychologique décrit la chasse récréative comme une forme institutionnalisée de violence, où la mort d’animaux sauvages cimente le tissu social. Il est plus que temps de se demander si une telle culture doit encore être légitimée socialement dans une société moderne.
Plus d'informations : Psychologie de la chasse dans le canton des Grisons et dossier sur la psychologie de la chasse
Politique et droit : droit de la chasse, lobbying et blocus
La loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (JSG, SR 922.0) établit un cadre : les espèces protégées, celles pouvant être chassées et les objectifs de la chasse. La mise en œuvre concrète, le système de chasse, les saisons de chasse, la réglementation de la chasse en haute saison et le recours à des chasses spéciales relèvent de la compétence des cantons. Officiellement, ces mesures visent à concilier le bien-être animal, la sécurité, l’écologie et les préoccupations sociétales.
En pratique, les autorités de chasse et les instances politiques sont souvent fortement influencées par les chasseurs de loisir. Les liens institutionnels étroits entre les autorités de chasse, les chasseurs et les milieux agricoles rendent difficile un contrôle indépendant. Les demandes de protection animale, telles que la création de zones sans chasse, la restriction des méthodes de chasse particulièrement destructrices ou le transfert des responsabilités à des gardes-chasse professionnels, se heurtent à une forte résistance.
L'impasse politique est particulièrement flagrante dans le canton des Grisons. En 2019, une initiative populaire visant à abolir les permis de chasse spéciaux a été déposée, forte de plus de 10 000 signatures. Le conseiller du gouvernement, Mario Cavigelli (CVP), a omis de révéler que l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) avait conclu que l'initiative ne contrevenait à aucune loi de niveau supérieur et que des alternatives existaient. Le Grand Conseil, composé de 120 membres, a recommandé le rejet de l'initiative par 96 voix contre 1, sur la base d'informations incomplètes . L'association de défense de la faune sauvage IG Wild beim Wild a porté plainte. Tant que les droits de chasse seront perçus avant tout comme un instrument visant à garantir la chasse récréative, la chasse au gros gibier restera un symbole de blocage politique.
Un contre-argument souvent négligé se trouve au cœur même du canton : le Parc national suisse a démontré depuis plus d'un siècle que les populations d'ongulés fluctuent dans leurs aires de répartition naturelles sans chasse récréative, sous l'influence du climat, des ressources alimentaires, des maladies et des prédateurs. Ceux qui souhaitent réellement contrôler les populations n'ont pas besoin d'envoyer davantage de chasseurs en forêt, mais plutôt d'améliorer les habitats et de considérer les prédateurs comme des régulateurs naturels. Dans les Grisons mêmes, le retour du loup dans certaines zones a déjà contribué à la réduction de la population de chevreuils et du recours à la chasse ciblée . L'association forestière se félicite de cette évolution. Le lynx a également permis de réduire de manière significative les populations de chevreuils dans des régions comme le Toggenburg, l'Uri, l'Oberland bernois et Soleure.
Plus d'informations à ce sujet : Les chasseurs amateurs des Grisons ont échoué et Canton de Genève : Le modèle alternatif sans chasse de loisir
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Privilégier la chasse de loisir aux gardes-chasse professionnels : là où la régulation des populations s’avère nécessaire, ce sont les gardes-chasse agréés par l’État fédéral, soumis à des normes claires et à un contrôle rigoureux, qui jouent un rôle prépondérant, plutôt que les chasseurs de loisir aux intérêts personnels. Le canton de Genève applique ce modèle avec succès depuis 1974. Une initiative exemplaire : des gardes-chasse plutôt que des chasseurs de loisir.
- Zones sans chasse et périodes sans chasse plus longues : les animaux sauvages ont besoin de vastes espaces ouverts, exempts de pression de chasse, pour pouvoir exprimer leurs comportements naturels et réduire leur stress. La chasse en haute altitude ne doit plus justifier un cycle de chasse qui dure presque toute la saison. Initiative modèle : corridors fauniques et zones de tranquillité.
- Interdiction des méthodes de chasse particulièrement dommageables : la chasse en battue et la chasse en terrain difficile, sous la neige ou à proximité immédiate des habitations et des routes doivent être interdites. Quiconque souhaite concilier chasse récréative et bien-être animal doit d’abord mettre fin à ces pratiques extrêmes.
- Critères d'accès et tests d'aptitude plus stricts pour l'obtention des permis de chasse : L'augmentation du nombre d'amendes (plus de 1 000 par an rien que dans les Grisons), d'accidents et d'incidents montre que le système actuel n'empêche pas efficacement les personnes inaptes d'exercer. Initiative modèle : Des statistiques de chasse transparentes
- Accepter les prédateurs comme régulateurs naturels : des études scientifiques démontrent que les loups sont les régulateurs les plus efficaces des populations d’ongulés. L’abattage croissant des loups va à l’encontre de cette solution naturelle. Les cantons doivent intégrer les prédateurs à leurs stratégies de gestion de la faune sauvage au lieu de chercher à les contrôler.
Argumentation
« Sans chasse intensive, les populations exploseraient. » La loi sur la chasse stipule que le contrôle des populations est un objectif, mais les populations importantes résultent souvent de l'intervention humaine : nourrissage, agriculture, élimination des prédateurs, stress lié à la chasse et passage des animaux à un mode de vie nocturne. Le cas des Grisons montre qu'en dépit de décennies de chasse intensive, la population de cerfs est passée de 9 000 à plus de 15 400 individus. Dans les zones où le loup est réapparu, en revanche, les populations diminuent naturellement. Une stratégie écologique privilégierait l'amélioration des habitats et permettrait une régulation naturelle par les prédateurs.
« Ce ne sont que des incidents isolés ; la plupart des chasseurs de loisir respectent la loi. » Les chiffres des Grisons contredisent ce discours : 790 abattages incorrects sur 9 200 animaux prélevés lors d’une seule saison de chasse (2022), soit 9 % d’abattages illégaux, des amendes dépassant 700 000 francs suisses en cinq ans et plus de 1 000 signalements et amendes par an. La fréquence des accidents, des infractions à la réglementation et le recours systématique à la chasse spéciale révèlent des défaillances structurelles, et non de simples erreurs de jugement.
La chasse en haute montagne est une tradition vivante. De nombreuses pratiques historiques, comme les combats d'ours ou les corridas, sont aujourd'hui considérées comme inacceptables, même si elles faisaient autrefois partie intégrante de la culture. La culture n'est pas un blanc-seing moral. Une « tradition » fondée sur la peur, les blessures et les risques pour la sécurité doit être évaluée au regard des normes actuelles de bien-être animal et d'éthique.
« La chasse protège la forêt ; elle est essentielle. » Les spécialistes du bien-être animal et de la conservation de la nature soulignent que la chasse récréative ne peut être qu'un outil parmi d'autres. La conversion des forêts, les aires protégées, la régulation des prédateurs et les politiques agricoles favorisant le déroulement des processus naturels sont des facteurs cruciaux. Le Parc national suisse a démontré depuis plus d'un siècle que les populations d'ongulés fluctuent dans leurs aires de répartition naturelles sans chasse récréative. Les pratiques de chasse qui luttent contre les prédateurs et qui reposent principalement sur la chasse à grande échelle ont tendance à se renforcer elles-mêmes.
« Des règles plus strictes mettent en péril l’acceptation des chasseurs. » La question est de savoir quelle acceptation est déterminante : celle d’une minorité de chasseurs de loisir en constante diminution (0,3 % de la population suisse possède un permis de chasse) ou celle de la population en général, qui considère de plus en plus les animaux sauvages comme des êtres sensibles. Quiconque aspire à la légitimité sociale doit se conformer aux normes de la société.
« Les chasses spéciales sont une mesure d'urgence. » Dans les Grisons, des chasses spéciales sont organisées chaque année depuis 1989. Dans le canton de Berne, elles constituent depuis des années une composante bien établie de la gestion du cerf élaphe. Ce qui se produit depuis trente années consécutives n'est pas une situation d'urgence, mais un dysfonctionnement systémique qui masque le fait que la chasse régulière, à elle seule, ne permet pas d'atteindre les quotas d'abattage politiquement souhaités.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Chasse en haute altitude dans les Grisons : contrôle et conséquences pour les chasseurs de loisir
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- Chasses spéciales et limites de la chasse récréative
- La chasse spéciale au cerf élaphe à Berne : d'une situation d'urgence à une solution permanente
- Bien-être animal et pratiques de chasse en Suisse
- Psychologie de la chasse dans le canton des Grisons
- La liste noire de la chasse en Suisse
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Sources externes :
- Fondation pour le droit animalier : La chasse en Suisse
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (JSG, SR 922.0)
- SRF : Que se passe-t-il avec les chasseurs dans les Grisons ? (Janvier 2025)
- Statistiques fédérales sur la chasse (BAFU)
Notre revendication
La chasse en haute altitude est un prisme à travers lequel la Suisse perçoit la faune sauvage : populations à réguler, cibles de chasse et dommages collatéraux d’une culture récréative. Ce dossier explique pourquoi un modèle de chasse fondé sur la peur de la mort, les taux d’erreur et les chasses spéciales est incompatible avec un État soucieux du bien-être animal au XXIe siècle, et présente des alternatives. Il est mis à jour régulièrement en fonction des nouvelles données, des décisions de justice et de l’évolution de la situation politique.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.