Le Valais veut, en tant que premier canton, abattre des lynx, bien que l'espece soit genetiquement a la limite
Le canton du Valais est le premier canton de Suisse à préparer une demande officielle pour être autorisé à tirer des lynx l'hiver prochain. Le responsable est le conseiller d'État Christophe Darbellay, lui-même chasseur de loisir. Ce qui manque dans la justification officielle est déterminant : le lynx eurasien n'est pas, en Suisse, une espèce robuste, mais une espèce génétiquement très appauvrie. L'IG Wild beim Wild a donc lancé une pétition et exige le renoncement immédiat à la demande de tir.
46 pour cent de la diversité génétique sont déjà perdus
Les lynx suisses descendent de quelques individus fondateurs, en partie étroitement apparentés, provenant des Carpates slovaques, réintroduits dans les années 1970. Selon KORA, le service spécialisé dans l'écologie des prédateurs, les lynx des Alpes ont perdu 46 pour cent de leur diversité génétique par rapport à leurs ancêtres, ceux du Jura 30 pour cent. La consanguinité n'est depuis longtemps plus un risque théorique, mais se manifeste entre autres par des souffles cardiaques fréquents et des malformations documentées, comme chez le lynx sans oreilles dans le Jura. KORA et l'Institut pour la santé des poissons et de la faune sauvage (FIWI) réclament donc un rafraîchissement génétique de la population, et non sa réduction. Une demande de tir précisément maintenant inverse la logique scientifique.
C'est justement en Valais que le lynx a été braconné pendant des décennies
Le canton du Valais n'est pas un terrain neutre en ce qui concerne le lynx. En 2021, une équipe de recherche internationale dirigée par le Prof. Raphaël Arlettaz (Université de Berne) a démontré dans « Frontiers in Conservation Science » que la faible population de lynx dans le Bas-Valais est due à un braconnage systématique. Dans le seul corridor d'immigration du lynx vers le Valais, un réseau de 17 pièges à collet a été découvert, dont certains encore opérationnels. Vingt ans se sont écoulés entre les premiers indices et la première condamnation d'un chasseur de loisir pour braconnage de lynx. Plus d'informations dans le dossier Braconnage et criminalité liée à la chasse en Suisse. L'IG Wild beim Wild pose la question : comment un canton peut-il invoquer une pression « trop élevée » du lynx, alors que sa population a été maintenue artificiellement basse par le braconnage ?
Le plus grand concurrent du chevreuil n'est pas le lynx
La demande de tir est justifiée par le déclin des populations de chevreuils et de chamois dans le Haut-Valais. Cependant, une preuve scientifique que le lynx serait responsable de ce déclin fait défaut à ce jour. Pro Natura Valais souligne que dans le canton, environ 1000 chevreuils sont abattus chaque année par la chasse de loisir elle-même. Le lynx remplit en même temps une fonction écologique importante : il maintient le gibier en mouvement et protège ainsi la forêt d'un abroutissement excessif. Les chevreuils et les chamois servent en premier lieu, en tant que proies, de base alimentaire aux prédateurs et non à la chasse de loisir.
Un conflit d'intérêts qui doit être nommé ouvertement
Le conseiller d'État Christophe Darbellay est lui-même chasseur de loisir. Que ce soit précisément lui qui fasse préparer une demande de tir pour une espèce strictement protégée, dont la population dans son propre canton a été manifestement décimée par le braconnage, soulève des questions fondamentales quant à la situation des intérêts. En Suisse, les animaux sauvages sont juridiquement un bien sans maître, qui appartient à l'ensemble du peuple, et non à une minorité d'environ quatre pour cent de chasseurs de loisir. À quoi ressemble une politique de la faune sauvage sans ce conflit d'intérêts, le canton de Genève le montre depuis plus de 50 ans.
Des obstacles juridiques élevés qui ne doivent pas être contournés
Le lynx est plus fortement protégé que le loup. Une régulation ne serait admissible que si le canton démontre scientifiquement l'existence d'un dommage grave. C'est finalement l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) qui décide de la demande. C'est précisément cette preuve qui est douteuse, tant que la question centrale reste ouverte : comment un canton peut-il faire valoir une pression trop élevée du lynx, alors que sa population a été artificiellement maintenue à un niveau bas par le braconnage et souffre de plus en plus des conséquences de la consanguinité ?
Une intervention prête à l'emploi pour les parlements cantonaux
Afin que les membres des conseils puissent agir rapidement, l'IG Wild beim Wild met à disposition un texte type librement utilisable. L'intervention «Moratoire sur les tirs de lynx en cas de population génétiquement menacée» peut être déposée dans chaque parlement cantonal moyennant quelques adaptations. Elle exige un moratoire sur les régulations du lynx en cas d'état génétique manifestement menacé, des analyses indépendantes des populations ainsi qu'une lutte conséquente contre le braconnage plutôt que des demandes de tir. Le texte type fait partie de la collection Textes types pour les interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux.
Revendications de l'IG Wild beim Wild
- Le canton du Valais renonce à la demande de régulation, respectivement de tir de lynx, tant que l'espèce est génétiquement à la limite selon KORA et le FIWI.
- Le canton prend des mesures cohérentes contre le braconnage documenté du lynx, au lieu de réguler davantage une population déjà décimée.
- Les intérêts des titulaires de fonctions publiques qui, en tant que chasseurs de loisir, décident des demandes de tir sur des espèces strictement protégées ou les font préparer, sont divulgués.
- Le Grand Conseil du canton du Valais se positionne politiquement clairement contre le projet.
- L'Office fédéral de l'environnement rejette toute éventuelle demande tant que la preuve scientifique d'une atteinte grave n'est pas apportée de manière exhaustive.
À propos de l'IG Wild beim Wild
L'IG Wild beim Wild est une organisation de droit animal d'utilité publique. Elle se consacre à la protection des animaux sauvages contre la chasse de loisir et s'engage pour une conception éthique de la faune et de la chasse à l'exemple du canton de Genève.
Contact : info@wildbeimwild.com
Pétition : https://wildbeimwild.com/petitionen/petition-luchse-wallis/
Article de fond sur le sujet : https://wildbeimwild.com/wallis-wuenscht-erstmals-luchse-abzuschiessen-obwohl-die-art-genetisch-am-limit-ist/
Texte type pour les parlements cantonaux : https://wildbeimwild.com/mustertexte-fuer-jagdkritische-vorstoesse-in-kantonsparlamenten/moratorium-fuer-luchsabschuesse-bei-genetisch-gefaehrdetem-bestand/
Sources :
- KORA, service spécialisé en écologie des prédateurs : Génétique des populations suisses de lynx
- Wildbeimwild.com : Lynx sans oreilles, conséquence de l'appauvrissement génétique
- Wildbeimwild.com : Dossier braconnage et criminalité liée à la chasse en Suisse
- Wildbeimwild.com : Dossier Genève et l'interdiction de chasse
