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Chasse

Enchères de bouquetins : les chasseurs amateurs subventionnent la campagne anti-loup

Lors des enchères de bouquetins, les chasseurs amateurs paient jusqu'à 40'000 francs pour un abattage. Une partie des recettes alimente le lobby contre le loup.

Rédaction Wild beim Wild — 7 novembre 2019

Alors que dans les Grisons, seuls les chasseurs amateurs locaux sont autorisés à chasser le bouquetin, le Valais l'autorise également aux étrangers, et ce malgré le fait que l'Agence européenne pour l'environnement a évalué le statut de la population dans ces zones comme insuffisant.

Le Valais est le seul canton à autoriser la chasse au bouquetin par des chasseurs de trophées étrangers.

La chasse au bouquetin rapporte 650’000 francs aux caisses de l'État

Le canton de montagne permet à des chasseurs de trophées du monde entier d'abattre des bouquetins contre rémunération, accompagnés d'un garde-chasse valaisan. Ce qui représente une aventure pour les chasseurs amateurs étrangers constitue une affaire lucrative pour les agences de voyages et le canton du Valais : la chasse au bouquetin rapporte chaque année 650’000 francs aux caisses de l'État. Le canton du Valais utilise notamment ces recettes pour lutter ensuite contre le loup.

Dans le canton du Valais, il est possible d'acquérir des permis d'abattage individuels. Les chasseurs amateurs prisent particulièrement les bouquetins, dont les cornes constituent de populaires trophées de chasse. La règle est simple : plus c'est grand, mieux c'est.

Cette chasse aux trophées est pratiquée depuis le début des années 1990, mais elle était largement méconnue du grand public. Cela a changé, du moins en Suisse romande, depuis dimanche dernier. L'émission RTS «Mise au point» a diffusé un reportage sur cette pratique, qui a été très mal accueillie par les téléspectateurs. Des tirs manqués, des animaux souffrants, des personnes fortunées venues du monde entier dont l'unique ambition est d'accrocher chez elles les cornes les plus longues possible d'un bouquetin — au mieux à côté d'une tête de lion ou de cornes de buffle. Une pétition a été lancée, recueillant déjà des milliers de signatures, et les Verts du Bas-Valais ont déjà annoncé leur intention d'intervenir lors de la prochaine session du Grand Conseil.

Le conseiller d'État Jacques Melly a lui aussi réagi à l'émission. Face aux caméras de RTS, le conseiller d'État en charge de la chasse indique que l'idée d'interdire ce type de chasse au bouquetin aux étrangers est à l'étude depuis le mois d'avril. «Elle ne correspond plus à l'esprit du temps.»

Plusieurs aspects de ces safaris au bouquetin méritent d'être remis en question. Ainsi, le service compétent coopère activement avec des agences spécialisées qui font la promotion de toute l'expérience et l'organisent, y compris les vols en hélicoptère vers la haute montagne. Dans certains cas, des gardes-chasse locaux accompagnant les chasseurs invités jusqu'à l'animal auraient en outre perçu des pourboires considérables — ce qui est interdit aux fonctionnaires.

Licences de chasse pour les bouquetins

Cela aboutit à ce qu'environ 350 bouquetins soient abattus chaque année dans la région. Dans le canton des Grisons, ce sont environ 500 animaux. On estime qu'au total 18’000 bouquetins vivent dans les Alpes suisses.

Qui souhaite tirer un bouquetin en Suisse doit cependant mettre la main au porte-monnaie. Un intermédiaire allemand spécialisé dans les voyages de chasse propose une chasse au bouquetin de 3 jours pour environ 3’000 euros, auxquels s'ajoutent les frais d'hôtel et de repas.

La licence pour chasser en Valais un bouquetin mâle dont les cornes atteignent un mètre de long coûte 13’000 francs. Chaque centimètre supplémentaire est facturé 500 francs. S'y ajoutent les frais d'encadrement, d'hôtel et d'accompagnateur, qui s'élèvent à environ 3’000 à 4’000 francs. Une touriste venue des États-Unis spécialement pour la chasse indique avoir déboursé 20’000 francs pour un séjour de trois jours.

La chasse aux trophées menace l'équilibre

L'inspecteur de la chasse valaisan Peter Scheiberl explique à l'émission «Rundschau» qu'il ne s'agit pas de chasse au trophée, mais d'une régulation des effectifs . Cela serait tout à fait justifiable, même si les trophées finissent par être exportés à l'étranger. Cette chasse garantirait néanmoins la durabilité.

L'objectif de la chasse est donc la stabilisation des effectifs. Selon la statistique fédérale de la chasse, la population de bouquetins dans le canton du Valais est stable à environ 5’000 individus depuis 2008.

Jean-Michel Gaillard, directeur de recherche à l'université de Lyon, indique qu'environ 36 % de tous les bouquetins âgés de plus de 11 ans sont abattus. C'est une proportion très élevée. Étant donné que ce sont surtout les bouquetins plus âgés qui se reproduisent, la chasse menacerait l'équilibre des hardes. Les autorités de chasse valaisannes ne voient toutefois aucun risque.

L'exemple des administrations cynégétiques perverties du Valais, des Grisons ou de Zurich montre que la Confédération ne doit en aucun cas céder davantage de pouvoir aux cantons. Au contraire !

Dossier : Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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