6 mai 2026, 16:56

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Faune sauvage

Cent chiens courants suisses à Malvaglia

Alors qu'environ cent chiens courants suisses sont évalués dans la vallée de Blenio selon leur morphologie et leur « aptitude à la chasse », le canton de Genève démontre depuis 1974 qu'une gestion moderne de la faune sauvage peut se passer entièrement de meutes, de chiens de débusquage et de chiens de sang dressés. Une mise en contexte.

Rédaction Wild beim Wild — 6 mai 2026

Le dimanche dernier, Malvaglia, dans la vallée de Blenio, s'est transformée en rendez-vous national des éleveurs de chiens courants suisses.

Près d'une centaine d'animaux venus de toute la Suisse, avec une majorité tessinoise, ainsi que des participants de pays voisins et de Grande-Bretagne, ont été évalués sur le ring selon «la morphologie, le comportement de chasse et le standard de race». L'organisateur était le Club Segugio Svizzero, qui assure la promotion et le développement de la race. Nouveauté de cette année : la fondation du «Pool Cinofilo Venatorio Ticino», dont l'objectif est d'institutionnaliser davantage la collaboration entre chasseurs amateurs, éleveurs et autorités dans le canton du Tessin.

Ce qui ressemble à du folklore et à une exposition canine est en réalité un rouage central d'un système qui réduit les animaux sauvages au rang de gibier et fait des chiens de simples outils.

Les chiens de chasse : des outils, pas des membres de la famille

La chasse de loisir en Suisse ne fonctionne dans une large mesure que grâce aux chiens de chasse, qui débusquent, pourchassent, aculent les animaux sauvages ou les recherchent après le tir souvent manqué des chasseurs amateurs. Les chiens de sang retrouvent les chevreuils et les sangliers blessés que leurs maîtres n'ont pas abattus proprement. Les chiens courants rabattent les sangliers en fuite panique vers les tireurs lors de battues et de traque. Les chiens de meute aculent les animaux sauvages jusqu'à ce qu'un tir à très courte distance soit possible, ou s'acharnent dans des combats d'animaux que la loi sur la protection des animaux interdit pourtant.

«Wild beim Wild» documente depuis des années à quel point l'utilisation de chiens de chasse est problématique. À Wehrheim, en Hesse, des chiens courants suisses ont provoqué en 2024 de longues agonies de sangliers hurlants, filmées par des témoins oculaires (voir «Maltraitance animale avec la complicité suisse»). À Cham, en Bavière, un chasseur amateur a lancé ses chiens sur des sangliers en bonne santé jusqu'à ce que ceux-ci, épuisés, puissent être tués à l'épieu. La procédure s'est conclue par une ordonnance pénale pour cruauté envers les animaux (voir Affaire Lasse Böckmann). À Davos, le chien de sang d'un membre du comité de «Jagd Schweiz» a pourchassé un chevreuil à travers un quartier résidentiel (voir Affaire Tarzisius Caviezel).

Le chenil plutôt que la famille : la maltraitance animale invisible entre les saisons de chasse

Ce qui est mis en valeur sur le ring de Malvaglia, ce sont des chiens en tenue de fête : brossés, présentés, évalués. Ce que l'on ne montre pas, c'est le quotidien de ces animaux entre les saisons de chasse. Précisément parce que de nombreux chiens de chasse sont sélectionnés et conditionnés pour l'agressivité, la vivacité et un instinct de prédation exacerbé, leurs détenteurs les considèrent comme trop dangereux pour une vie de famille normale. La conséquence : une grande partie des chiens de chasse suisses ne coule pas ses jours dans un salon, mais dans des chenils, des caves ou au bout d'une laisse, souvent sans sortie quotidienne et sans contact social avec des humains ou leurs congénères.

La législation suisse sur la protection des animaux est claire sur ce point : les chiens doivent être sortis quotidiennement en plein air, conformément à leurs besoins. La détention à l'attache ou en chenil tout au long de l'année ne correspond pas aux besoins des chiens de chasse et doit être rejetée. La Protection Suisse des Animaux PSA affirme dans sa prise de position sur les chiens de chasse qu'elle est absolument opposée à leur formation et à leur utilisation, hormis pour la recherche au sang.

La réalité chez de nombreux chasseurs amateurs est pourtant tout autre. Dans le canton du Jura, il a été documenté que des chiens de chasse sans sortie quotidienne et sans enclos extérieur sont détenus dans de mauvaises conditions, avec un comportement agressif correspondant, conséquence directe de maltraitance prolongée. Les chiens utilisés pour la chasse passent souvent toute l'année une existence misérable et morne dans un chenil contraire à la loi et ne peuvent se défouler que pendant la saison de chasse. Certains se perdent lors de la chasse de loisir ou sont tués.

Le mécanisme qui sous-tend tout cela est cynique : l'instinct cynégétique intensément sélectionné n'est souhaité que pendant la chasse de loisir. Le reste de l'année, soit environ dix à onze mois, ce même instinct est réprimé de force par le chenil ou la laisse. Ce n'est pas une vie de chien, mais une forme de stress permanent qui se décharge à chaque battue en une agressivité encore plus grande envers les animaux sauvages. Le chien devient ainsi doublement victime : d'une part comme animal domestique martyrisé, d'autre part comme outil qui fait souffrir d'autres animaux à son tour.

Terriers artificiels et enclos à sangliers : le côté obscur de la «https://formation des chiens de chasse»

La chasse de loisir pratique, à travers la formation de ses chiens sur des animaux sauvages vivants, une maltraitance systématique. Dans des terriers artificiels, des renards sont maintenus en captivité dans des terriers reconstitués afin que les chiens apprennent à les acculer. Dans des enclos à sangliers, telles qu'elles sont également discutées en Suisse, des chiens sont «hardis» sur des sangliers apprivoisés. La Fondation Droit des animaux a établi dans un rapport d'expertise que la chasse au terrier remplit à plusieurs reprises les éléments constitutifs de l'infraction pénale de cruauté envers les animaux.

Derrière l'éclat du salon canin de Malvaglia se cache ainsi un modèle économique qui conditionne délibérément les chiens à traquer et à débusquer des animaux sauvages, entraînant souvent de graves blessures, la maladie d'Aujeszky et un abrutissement psychologique.

Genève : sans chasseurs amateurs ni chiens de chasse depuis 1974

Ceux qui présentent fièrement des pedigrees à Malvaglia devraient jeter un œil du côté du Rhône. Dans le canton de Genève, la chasse de loisir est interdite depuis le vote populaire du 19 mai 1974. Environ deux tiers des votants avaient alors approuvé cette initiative motivée par la protection des animaux. Depuis lors, douze gardes-faune professionnels cantonaux, la «Police de la nature», effectuent toutes les interventions nécessaires sur les populations d'animaux sauvages. Sans meutes de chiens, sans chiens de sang, sans chiens de recherche.

Le bilan après plus de 50 ans est sans équivoque (voir dossier «Comment fonctionne l'interdiction de chasse genevoise ?»):

  • Taux de mort immédiate de 99,5 pourcent lors des tirs sanitaires effectués par les gardes-faune professionnels, une valeur qu'aucun autre canton n'atteint avec la chasse de milice.
  • Densité de lièvres des champs de 17,7 individus par 100 hectares, l'une des valeurs les plus élevées de Suisse, alors que le lièvre des champs était menacé d'extinction à Genève avant 1974.
  • Multiplication par dix des oiseaux aquatiques hivernants sur les rives du lac Léman et du Rhône.
  • Pratiquement aucun dégât forestier, des chiffres de dégâts comparables à ceux du canton de Schaffhouse, géré par la chasse traditionnelle.
  • Coût total d'environ 1,2 million de francs par an pour 500’000 habitants, incluant la prévention des dommages et l'indemnisation des agriculteurs. Moins d'une tasse de café par habitant.

L'inspecteur de la faune genevois Gottlieb Dandliker constate : «Cette régulation est assurée exclusivement par des gardes-faune, aucun chasseur amateur n'est impliqué.» Les gardes-faune professionnels travaillent avec des amplificateurs de lumière et des technologies de vision nocturne, et non avec des meutes de chiens. Le fait que des animaux sauvages provenant de France, très chassée, et du canton de Vaud traversent même le Rhône à la nage pour chercher «asile» à Genève est désormais bien documenté.

Ce que cela signifie pour Malvaglia, le Tessin et toute la Suisse

Le spectacle de Malvaglia met en scène une «tradition» abolie sans remplacement dans un canton suisse depuis plus de cinq décennies. Sans catastrophe écologique, sans invasion de sangliers, sans problèmes de sécurité. Bien au contraire : la biodiversité est plus élevée à Genève, les animaux sauvages moins craintifs, et le taux de mort immédiate lors des rares abattages nécessaires bien meilleur que dans les cantons où la chasse est pratiquée.

Quiconque évalue des chiens selon leur «aptitude à la chasse» à Malvaglia évalue en réalité l'efficacité avec laquelle un animal peut en faire souffrir d'autres, en acceptant que ces mêmes animaux passent la majeure partie de leur vie en chenil. Genève n'en a pas besoin. Le Luxembourg n'en a largement pas besoin. Le reste de la Suisse pourrait s'en passer également. Ce qui manque, ce n'est pas un nouveau «Pool Cinofilo Venatorio», mais la volonté politique de mettre enfin le modèle genevois en discussion au Tessin et en Suisse alémanique.

Les cent chiens courants de Malvaglia ne sont pas du folklore. Ils sont le symbole d'un système qui instrumentalise et enferme tout autant les animaux sauvages que les chiens. Genève a apporté la preuve qu'une autre voie est possible. Il est temps de prendre cette preuve au sérieux.

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