Que sont les prédateurs et quel rôle jouent-ils ?
Les prédateurs – c'est-à-dire les espèces de faune sauvage qui chassent d'autres animaux pour se nourrir – ne constituent pas, d'un point de vue écologique, une menace, mais un pilier fondamental des écosystèmes fonctionnels.
En Suisse, on compte parmi eux le loup, le lynx, l'ours brun ainsi que de plus petites espèces comme le renard, le blaireau, le putois et la martre.
Malgré ce rôle écologique, les prédateurs sont systématiquement poursuivis, régulés et – dans le cas du loup et du lynx – de plus en plus légalement abattus en Suisse. Cet article explique ce que les prédateurs apportent, pourquoi les chasseurs de loisir les considèrent comme des concurrents et ce que la science dit de leur statut de protection.
Qu'est-ce que la cascade trophique ? Le principe de Yellowstone
L'exemple le plus connu de la force écologique des prédateurs est le parc national de Yellowstone aux États-Unis. Les loups y ont été exterminés en 1926 et réintroduits en 1995. Ce qui suivit dépassa toutes les attentes : les loups régulèrent la population d'élans (espèce de cerf nord-américain). Les élans modifièrent leur comportement et évitèrent les vallées profondes et les berges des rivières. Dans les vallées soulagées, saules, trembles et peupliers se rétablirent. Les castors revinrent car il y avait à nouveau des branches de saule. Les étangs de castors modifièrent le régime hydrique des rivières. Poissons, amphibiens et oiseaux aquatiques profitèrent des nouveaux habitats.
L'écologie nomme cet effet cascade trophique : les modifications à un niveau de la chaîne alimentaire déclenchent des effets en cascade à d'autres niveaux. Les prédateurs se situent au sommet de cette cascade. Là où ils font défaut, les écosystèmes perdent leur dynamique et leur complexité. Le principe de Yellowstone ne vaut pas seulement en Amérique du Nord. Des études européennes – notamment de Suisse, Scandinavie et Pologne – attestent d'effets similaires après le retour du loup et du lynx.
Le lynx en Suisse : régulation du chevreuil et rajeunissement forestier
Le lynx (Lynx lynx) fut réintroduit en Suisse dans les années 1970 et s'est depuis établi dans plusieurs régions. Sa proie principale est le chevreuil – plus précisément, les chevreuils faibles, malades et âgés, qu'il capture préférentiellement grâce à sa perception sensorielle supérieure.
Les conséquences de cette sélection sont écologiquement significatives : premièrement, des populations de chevreuils plus saines – la fitness génétique de la population s'accroît car les individus faibles sont éliminés plus tôt. Deuxièmement, moins de dégâts d'abroutissement en forêt : là où les lynx sont présents, le chevreuil modifie son comportement et évite les espaces ouverts, ce qui protège les jeunes arbres dans les situations exposées. Troisièmement, rajeunissement forestier : des études du Jura et des Grisons montrent que dans les zones avec présence de lynx, le rajeunissement forestier est nettement meilleur que dans les zones sans lynx.
KORA – Raubtierökologie und Wildtiermanagement (le centre de recherche suisse pour les prédateurs) a documenté ces corrélations dans plusieurs études. La conclusion est claire : le lynx est un atout pour la forêt suisse – et une concurrence pour la chasse de loisir, ce qui explique pourquoi les associations de chasse font du lobbying contre la protection du lynx. Davantage sur le lynx en Suisse dans notre dossier.
Le loup en Suisse : retour, impact et conflits
Le loup (Canis lupus) est revenu naturellement d'Italie en Suisse dans les années 1990. Selon KORA – Raubtierökologie und Wildtiermanagement, environ 43 meutes de loups vivaient en Suisse en 2025/26. L'impact écologique du loup sur les populations de cerfs est analogue à l'effet Yellowstone : les loups régulent les populations de cerfs, particulièrement les animaux plus âgés, plus faibles et malades. Dans les régions avec présence de loups, les études montrent un changement comportemental des cerfs élaphes. Un abroutissement moindre par les cerfs dans certaines zones forestières peut contribuer au rétablissement de la forêt protectrice – un enjeu existentiel pour la Suisse.
Davantage sur la corrélation entre prédateurs et forêt protectrice dans le dossier sur le conflit forêt-gibier. Des informations complètes sur le loup offre notre dossier loup.
Le chacal doré : nouveau prédateur en Suisse
Le chacal doré (Canis aureus) se propage depuis les années 2010 du sud-est de l'Europe vers l'Europe centrale et a également atteint la Suisse. Il est nettement plus petit que le loup – similaire à un chien de taille moyenne – et se nourrit principalement de petits mammifères, charognes, fruits et occasionnellement de petits animaux sauvages ou descendants d'animaux de rente.
Le chacal doré n'est pas encore un habitant établi de la Suisse avec des populations stables, mais des individus isolés sont régulièrement détectés. Il comble une niche écologique et peut contribuer à la régulation des populations de petits animaux. La réaction du lobby de la chasse au chacal doré est remarquable : bien qu'il ne puisse guère être considéré comme un concurrent de la chasse de loisir, il est déjà qualifié de « problématique » dans les milieux cynégétiques – un schéma qui se répète pour chaque nouveau prédateur.
Convention de Berne et statut de protection : ce que dit le droit international
La Convention de Berne (Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe) est l'accord de protection de la nature européen le plus important. Le loup, le lynx et l'ours brun sont listés dans l'Annexe II de la Convention de Berne comme « espèces de faune strictement protégées ». Cela signifie que les États contractants – y compris la Suisse – sont obligés de protéger ces espèces et de préserver leurs habitats.
Les dérogations à l'obligation de protection ne sont autorisées que dans des conditions strictes : elles doivent servir à protéger la santé publique ou la sécurité, prévenir des dommages graves ou être dans l'intérêt de la recherche. Le niveau de protection de la Convention de Berne est de plus en plus sous pression : la Commission européenne a proposé en 2024 une rétrogradation du statut de protection du loup de « strictement protégé » à « protégé » – sous la pression du lobby de la chasse et de l'agriculture.
Révision LChP 2025 : ce qui a changé en Suisse
La Loi révisée sur la chasse et la protection (LChP) est entrée en vigueur le 1er février 2025. Du point de vue des prédateurs, les changements suivants sont pertinents : les cantons peuvent désormais prélever les loups de manière préventive et en plus grand nombre, sans qu'un dommage spécifique doive être prouvé. Les autorités peuvent agir plus rapidement lorsqu'une certaine taille de population de loups est dépassée. Le WWF, Pro Natura, BirdLife Suisse et d'autres organisations de protection de la nature ont vivement critiqué la révision de la LChP, car elle sape la protection des prédateurs et favorise les intérêts du lobby de la chasse.
La révision de la LChP est un exemple paradigmatique de la façon dont le narratif du lobby de la chasse trouve son chemin dans la législation : le loup est présenté comme une « menace » pour le bétail et le gibier, alors qu'une protection professionnelle des troupeaux pourrait résoudre la plupart des conflits. Plus d'informations sur les mesures de protection des troupeaux dans le Dossier sur la protection des troupeaux en Suisse.
Pourquoi les chasseurs de loisir voient les prédateurs comme une concurrence
Le conflit fondamental entre les chasseurs de loisir et les prédateurs est un conflit de concurrence : les deux « veulent » les mêmes animaux. Le loup et le lynx capturent des cerfs, des chevreuils et des chamois – exactement les espèces animales qui sont préférentiellement chassées par les chasseurs de loisir. Quand les prédateurs capturent des animaux sauvages, ces animaux manquent comme objets de tir pour la chasse de loisir.
Ce conflit de concurrence est rarement nommé si clairement dans le débat public. Au lieu de cela, les prédateurs sont présentés par le lobby de la chasse comme un danger pour le bétail (loup), comme une cause d'appauvrissement de la faune (lynx) ou comme des espèces invasives (chacal doré) – des narratifs qui masquent le véritable conflit d'intérêts. D'un point de vue écologique, la métaphore de la concurrence est fausse : les prédateurs régulent naturellement les populations d'animaux sauvages et ne tirent pas par intérêt récréatif, mais parce qu'ils ont faim.
Prédateurs et forêt protectrice : une connexion sous-estimée
La forêt protectrice est d'importance vitale pour la Suisse : elle protège les habitations, les routes et les lignes de chemin de fer contre les avalanches, les chutes de pierres et les glissements de terrain. Environ 43 % de la forêt suisse ont une fonction protectrice. Pour que cette forêt puisse remplir sa fonction, elle a besoin de régénération – c'est-à-dire de jeunes arbres qui repoussent. Le plus grand obstacle à la régénération forestière dans l'espace alpin suisse est l'abroutissement par le gibier. Les prédateurs peuvent contribuer au soulagement de la forêt protectrice par leur effet régulateur sur les populations d'ongulés sauvages. Cela est scientifiquement prouvé. Plus d'informations dans le Dossier sur le conflit forêt-faune sauvage.
Petits prédateurs : renard, blaireau, martre et rapaces
Le loup et le lynx ne sont pas les seuls prédateurs. D'autres espèces plus petites remplissent également d'importantes fonctions régulatrices : le renard régule les populations de souris et de petits rongeurs, qui causeraient sinon des dégâts considérables dans l'agriculture. Le blaireau mange des vers de terre, des larves d'insectes et des petits mammifères et contribue à l'aération du sol. Les martres des rochers et des arbres régulent les petits mammifères et les oiseaux. Les rapaces (autour, buse, faucon pèlerin) régulent les populations de petits mammifères et d'oiseaux d'en haut.
Toutes ces espèces subissent la pression des chasseurs de loisir ou de l'agriculture industrielle. Les rapaces sont encore illégalement persécutés malgré leur protection légale. Les renards, blaireaux et martres sont abattus en grand nombre. Les justifications se ressemblent toujours : « dommages au bétail », « concurrence pour le gibier » ou « espèce invasive » – des narratifs qui ne résistent souvent pas scientifiquement.
Conclusion : protéger les prédateurs au lieu de les combattre
Les prédateurs ne sont pas une menace – ils sont une nécessité écologique. La cascade trophique du parc de Yellowstone, la régénération forestière par la présence du lynx en Suisse, la pertinence de la régulation des ongulés pour la forêt protectrice : tout cela prouve que les prédateurs fournissent des services écosystémiques qui ne peuvent jamais être remplacés par les chasseurs de loisir.
La révision LChP 2025 va dans la mauvaise direction. Elle affaiblit la protection des prédateurs au profit d'une industrie de loisir et d'un lobby agricole qui rejette la protection professionnelle des troupeaux comme trop chère ou trop contraignante. Pourtant, une protection conséquente des troupeaux – combinée à un cadre de tolérance pour les populations de prédateurs – serait à la fois plus sensée écologiquement et économiquement que le prélèvement permanent des populations de loups.
Contenus complémentaires sur wildbeimwild.com :
- Dossier : Protection des troupeaux en Suisse
- Dossier : Conflit forêt-faune sauvage – Abroutissement, narratif, chasse de loisir
- Dossier : Le loup en Suisse
- Dossier : Le lynx en Suisse
- Dossier : L'ours en Suisse
- Dossier : Chasse et biodiversité
Plus d'informations sur la politique cynégétique actuelle en Suisse dans notre Dossier sur wildbeimwild.com.
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