Chasse au trophée de loup : interdictions UE comme farce
Tandis que la Suisse se bat pour chaque abattage de loup et que la Convention de Berne classe les abattages préventifs comme illégaux, les voyagistes de chasse commerciaux font ouvertement la promotion de la chasse au trophée de loup en Bulgarie, Pologne et Russie. Le prestataire danois Diana Jagdreisen promet une « chasse de loisir de classe supérieure » dans des lodges luxueux avec spa, piscines et « miradors confortables avec lits ». Le taux de réussite serait de 50 pour cent. Ce qui ressemble à première vue à une violation flagrante du droit se révèle être une leçon sur la façon dont le droit de protection des espèces devient une farce par des échappatoires systématiques.
Les offres se lisent comme des catalogues de voyages bien-être, sauf qu'à la fin, ce n'est pas la détente mais un loup mort qui doit être au rendez-vous.
Diana Jagdreisen fait la promotion de la chasse au loup en Bulgarie avec des détails précis : saison de chasse de loisir de janvier à début mars, affût près d'appâts, bonnes populations grâce à « un peuplement particulièrement bon en cerfs élaphes, daims, chevreuils, mouflons et sangliers ». Les chasseurs de loisir résident dans un pavillon de chasse 5 étoiles avec douze chambres doubles, télévision par satellite, cheminée, bar et salon des trophées. Pour ceux qui souhaitent encore améliorer le confort, il y a des lodges de luxe avec piscine extérieure et espace bien-être.
La chasse de loisir elle-même est vendue comme une expérience « passionnante », où l'on attend les loups depuis des miradors chauffés, attirés par des appâts disposés. Parallèlement, il existe une chance de sanglier, chacal et renard. Le prix de ce forfait reste discrètement non mentionné sur le site web, mais les frais CITES d'environ 300 euros par trophée sont expressément cités, ainsi que l'indication que le permis d'exportation « peut prendre jusqu'à six mois ».
Outre la Bulgarie, Diana Jagdreisen liste d'autres pays : Pologne, Russie, Roumanie, Estonie, Biélorussie, Ukraine. Le loup est ainsi mis sur le même plan que le cerf élaphe, le daim et le sanglier, comme s'il s'agissait d'une espèce de chasse de loisir ordinaire et non d'un prédateur protégé, dont la population demeure critique dans de vastes parties de l'Europe.
L'interdiction : Règlement européen de protection des espèces et Convention de Berne
Parallèlement à ces offres commerciales, les gouvernements européens proclament sans équivoque dans leurs communiqués de presse officiels : « Pas de commerce de trophées de loup : Les règles du règlement européen de protection des espèces continuent également de s'appliquer au loup : ainsi, l'exposition et le commerce de loups morts demeurent interdits à l'avenir. »
La base juridique en est le règlement européen 338/97, qui transpose la Convention de Washington sur la protection des espèces (CITES) en droit européen. Le loup y est listé à l'annexe A, ce qui signifie : stricte interdiction d'importation, d'exportation et de commercialisation. De plus, la Convention de Berne de 1979 protège le loup, que la Suisse a signée le 12 mars 1981 et ratifiée le 1er juin 1982. Cette obligation de droit international interdit fondamentalement la mise à mort intentionnelle de loups.
En octobre 2024, la Convention de Berne a expressément confirmé : les tirs « proactifs », soit l'abattage préventif sans dommage concret, sont illégaux. En décembre 2024, le comité de la Convention de Berne a ouvert une procédure d'enquête contre la Suisse, car le système de régulation en vigueur est considéré comme non conforme à la Convention.
En Suisse, la mise à mort intentionnelle d'un loup est fondamentalement interdite selon la loi sur la chasse (LChP) et peut faire l'objet de poursuites pénales. Des exceptions ne sont possibles que dans des conditions strictement définies. Néanmoins, rien que pendant la période de régulation 2025/2026 dans le canton du Valais, 27 loups ont été tués, trois par ordonnance de tir individuel, 24 via la soi-disant régulation des effectifs de meutes entières.
L'échappatoire : « Usage personnel » au lieu de commerce commercial
Comment se fait-il alors que des voyagistes de chasse commerciaux fassent ouvertement la promotion de la chasse au loup ? La réponse réside dans une disposition d'exception ancrée dans le droit de protection des espèces : les trophées de chasse peuvent être importés dans l'UE comme « objets personnels et articles ménagers », s'ils sont destinés à l'usage personnel et qu'un permis d'importation correspondant est présenté.
Concrètement, cela signifie : un chasseur de loisir suisse pourrait se rendre en Bulgarie, y tirer un loup, faire préparer sa dépouille et l'importer en Suisse, tant qu'il démontre de manière crédible que le trophée est destiné à son propre foyer et n'est pas exploité commercialement. Le permis d'importation est délivré par l'autorité compétente, assorti d'une interdiction de commercialisation. Le trophée ne peut donc pas être vendu, échangé ou exposé publiquement, mais peut être accroché, montré et possédé dans le cadre privé.
Cette échappatoire permet aux organisateurs commerciaux comme Diana Jagdreisen de proposer légalement leur service : ils organisent le voyage, fournissent guides de chasse et équipement, s'occupent des papiers nécessaires et se chargent du permis d'exportation CITES. Le client paie pour ce service, pas formellement pour le trophée lui-même. Au final, il y a un loup mort qui est officiellement non pas une marchandise, mais un « objet personnel ».
La pratique : opacité et absence de contrôle
Le problème : il n'existe aucune procédure transparente pour l'octroi de tels permis d'importation. Les organisations de protection des animaux comme Pro Wildlife et Humane World for Animals critiquent depuis des années le fait qu'il reste flou selon quels critères les autorités établissent l'« innocuité » d'une importation de trophée. Vérifie-t-on si la population de loups dans le pays d'origine est réellement stable ? Contrôle-t-on si l'abattage a eu lieu légalement et qu'il ne s'agit pas d'un loup dominant d'une population déjà réduite ? Quel rôle joue le bon état de conservation qu'exige la directive FFH ?
Les données disponibles suggèrent que ces vérifications sont plutôt de nature formelle. Entre 2014 et 2018, des trophées d'au moins 15’000 mammifères internationalement protégés ont été légalement importés dans l'UE. Les importations de trophées ont augmenté de près de 40 % durant cette période. L'Allemagne fait partie des cinq États membres de l'UE les plus importants qui importent des trophées de chasse, avec l'Espagne, le Danemark, l'Autriche et la Suède.
Pour la Suisse, il n'existe certes pas de statistiques d'importation spécifiques, mais les chiffres des importations et exportations suisses peuvent être consultés via la base de données CITES (https://trade.cites.org/). Le fait que des organisateurs commerciaux fassent ouvertement la promotion de cette chasse de loisir depuis des années indique de plus que les autorisations correspondantes sont régulièrement accordées, sinon ce modèle d'affaires se serait effondré depuis longtemps.
La contradiction : protection nationale, chasse aux trophées de loisir à l'étranger
La situation devient particulièrement absurde quand on la considère dans le contexte de la politique suisse actuelle sur le loup. En Valais fait rage un débat acharné sur la question de savoir si et dans quelles conditions les loups peuvent être abattus. Christophe Darbellay (ex-PDC Valais), lui-même chasseur de loisir, prône le « bilan loup 2025/2026 » comme « régulation proactive », tandis que les associations de protection de la nature parlent d'un « massacre politiquement voulu ». Dans l'article « La guerre aux loups de Christophe Darbellay : polémique contre les faits » wildbeimwild.com montre comment des événements isolés sont délibérément dramatisés pour créer une atmosphère de menace permanente.
Parallèlement, des chasseurs de loisir suisses pourraient voler en Bulgarie pour quelques milliers d'euros, loger dans un complexe de luxe et abattre un loup depuis un mirador chauffé, attiré par des appâts disposés. Ils pourraient importer légalement le trophée en Suisse tant qu'ils promettent de ne pas le vendre. Le fait qu'ils aient payé pour l'ensemble du voyage, l'hébergement, le guidage et le permis d'exportation n'est pas un problème, car ce ne serait pas une « utilisation commerciale du trophée ».
Cette double morale n'est pas un hasard, mais inhérente au système. Le droit de protection des espèces protège les animaux du commerce, pas des chasseurs de loisir prêts à payer beaucoup d'argent pour le privilège de tuer un animal protégé. La distinction entre « commerce » et « usage personnel » peut être juridiquement propre, elle est absurde écologiquement et éthiquement.
Bulgarie : population de loups sous pression
La situation en Bulgarie montre à quel point cette pratique est discutable. La Bulgarie est présentée par Diana Jagdreisen comme la « perle des Balkans », avec une « gestion stricte de la faune sauvage » qui conduit à des « trophées robustes de haut niveau international ». En réalité, la Bulgarie est l'un des rares pays de l'UE où la chasse au loup est légale, mais sous certaines conditions. La taille de la population est estimée à environ 1000 à 2000 animaux, mais les données de surveillance fiables font défaut. Les organisations de protection de la nature mettent en garde contre le fait que, précisément dans les zones frontalières, des loups sont chassés qui appartiennent à des populations transfrontalières et qui sont importants pour la diversité génétique d'autres pays.
La chasse de loisir avec des appâts aux places d'affouragement, telle qu'elle est promue par Diana Jagdreisen, est particulièrement problématique d'un point de vue de biologie de la faune sauvage. Elle ne vise pas des animaux à problème isolés, mais plutôt ces loups qui se laissent attirer le plus facilement, souvent des juvéniles inexpérimentés ou des solitaires curieux. Les loups dominants, qui sont décisifs pour la stabilité des meutes, sont tués tout comme les animaux qui n'ont causé aucun dommage. Cette pratique s'oppose radicalement à la critique de biologie de la faune sauvage qu'ontformulée plus de 200 scientifiques : les espèces menacées n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse, car la chasse de loisir aggrave les conflits plutôt qu'elle ne les résout.
Le lobby de la chasse : entre ethos et affaires
Les associations de chasseurs aiment à souligner l'« ethos de la chasse », la responsabilité envers la nature et le rôle d'« avocats du gibier ». En Suisse, des acteurs comme Fabio Regazzi (ex-PDC Tessin), ancien président de chasse, réclament des régulations « basées sur la science », tout en vantant simultanément le modèle suédois du loup comme exemple à suivre. Précisément ce modèle quia été arrêté par les tribunaux pour violations des directives de l'État de droit et de protection des espèces.
Simultanément, des organisateurs commerciaux de voyages de chasse, souvent étroitement liés aux associations de chasseurs, organisent des voyages de luxe pour la chasse aux trophées de loups dans des pays où ni les structures de meutes ne jouent un rôle, ni les critères de biologie de la faune sauvage ne sont déterminants. Il s'agit de l'expérience, du trophée, de la photo avec le loup abattu. Le discours sur l'ethos sonne comme une phrase creuse dans ce contexte.
Diana Jagdreisen se vante d'être dans le métier depuis 1974, avec « plus de quatre décennies d'expérience dans le secteur des voyages de chasse ». L'entreprise se présente comme un prestataire sérieux qui garantit « sécurité » et « conseil hautement qualifié ». Le site web montre des images de loups morts, de lodges élégants et de clients satisfaits. La violence est esthétisée, la mort du loup devient une prestation de service.
Hypocrisie politique au niveau européen
La Commission européenne, qui a abaissé en 2024 le statut de protection du loup de « strictement protégé » à « protégé », souligne simultanément que l'état de conservation favorable reste déterminant. Ursula von der Leyen, qui a personnellement poussé l'initiative de déclassement après la mort de son poney, parle d'une « approche équilibrée » entre protection des espèces et intérêts de l'agriculture. Le fait que simultanément, les citoyens de l'UE puissent légalement chasser des loups dans des pays tiers et importer leurs trophées n'est pas abordé.
Le Parlement européen a demandé en octobre 2022 une interdiction d'importation à l'échelle de l'UE pour les trophées de chasse d'espèces protégées par la CITES. Depuis lors, rien ne s'est passé. Les Pays-Bas ont interdit en 2016 l'importation de trophées de chasse de plus de 200 espèces. La Belgique a depuis 2024 une interdiction d'importation de trophées de chasse de toutes les espèces de l'annexe A plus toutes les espèces de l'annexe B soumises à autorisation d'importation (éléphants africains, rhinocéros blancs, lions, hippopotames, ours polaires et sept espèces de mouflons argali). Cette interdiction a récemment été confirmée judiciairement après avoir fait l'objet de recours. La Finlande a également des restrictions d'importation comparables, qui ne s'appliquent toutefois explicitement qu'aux trophées provenant de l'extérieur de l'UE (probablement parce que le contrôle au sein de l'UE est difficile à réaliser – c'est volontiers le prétexte invoqué pour expliquer pourquoi l'Allemagne se réfère toujours au niveau de l'UE et n'agit pas). La France n'a jusqu'à présent que des interdictions d'importation pour les trophées de lions.
Pour la Suisse, la situation est particulièrement explosive : tandis que la Convention de Berne a ouvert une procédure d'enquête contre la Suisse parce que les tirs « proactifs » sont considérés comme illégaux, les chasseurs de loisir suisses pourraient simultanément légalement chasser des loups dans d'autres pays et importer les trophées. Cette contradiction potentielle montre à quel point le droit de protection des espèces pourrait être appliqué de manière sélective.
Revendications : fermer les échappatoires, créer la transparence
Du point de vue de wildbeimwild.com, la situation actuelle est intenable. Tant que les organisateurs commerciaux peuvent légalement faire de la publicité pour la chasse au loup et que les trophées peuvent être importés sous le prétexte d'« usage personnel », l'interdiction commerciale reste sans effet. Il est nécessaire de :
Interdiction d'importation des trophées de loups : Indépendamment du fait qu'ils soient déclarés comme « objet personnel ». Qui tue un loup devrait devoir laisser le trophée dans le pays d'origine.
Interdiction des voyages de chasse commerciaux sur des espèces protégées : Qui, en tant qu'organisateur, fait de la publicité pour la chasse de loisir sur des espèces sous protection dans l'UE et en Suisse, devrait pouvoir être poursuivi pénalement.
Mise en œuvre conséquente du droit de protection des espèces : Au lieu de promouvoir la déclassification du statut de protection, l'UE et la Suisse devraient prendre au sérieux leurs propres obligations et assurer effectivement l'état de conservation favorable.
Respect de la Convention de Berne : La Suisse doit prendre au sérieux la procédure d'enquête en cours et adapter sa politique du loup aux obligations du droit international.
Quand la protection devient une farce
Les offres de chasse aux trophées de loups de Diana Jagdreisen et d'autres organisateurs commerciaux ne sont pas un phénomène marginal, mais un symptôme d'un problème structurel : un droit de protection des espèces qui est miné par des échappatoires et un manque de contrôle. Tant qu'il est légal de chasser des loups en Bulgarie et d'importer leurs trophées en Suisse, l'interdiction commerciale reste un geste symbolique sans effet pratique.
La politique du loup en Europe est marquée par des contradictions : en Valais, sous Christophe Darbellay, des meutes entières sont déclarées libres au tir, tandis qu'en même temps les chasseurs de loisir suisses pourraient légalement tirer des loups depuis un mirador en Bulgarie moyennant paiement. Qui prend au sérieux la protection du loup doit fermer ces échappatoires. Tout le reste n'est que poudre aux yeux.
Particulièrement explosif : tandis que la Suisse est enquêtée par la Convention de Berne pour ses programmes de tir de loups, parce qu'ils sont considérés comme contraires au droit international, le système juridique existant permettrait simultanément aux chasseurs de loisir suisses d'importer légalement des trophées de loups de pays où la chasse de loisir sur les prédateurs est à peine réglementée. Cette incohérence structurelle montre à quel point la protection des espèces est pratiquée de manière sélective et à quel point les intérêts commerciaux du lobby de la chasse priment sur les principes écologiques et éthiques.
Ressources complémentaires :
- Le loup en Suisse : faits, politique et les limites de la chasse
- Bilan des loups valaisans 2025/2026 : chiffres d'un massacre
- La guerre des loups de Christophe Darbellay : polémique contre les faits
- Fabio Regazzi et la politique du loup des tirs rapides
- Chasse au loup 2026 stoppée : comment les tribunaux protègent le loup
- Pourquoi les espèces menacées n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse
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