Braconnage en forêt : quand la violence devient la norme
Un reportage de la ZDF sur le braconnage brutal met en lumière ce que le système de chasse fait fondamentalement mal.
Dans les forêts allemandes, les animaux sauvages ne meurent pas seulement légalement dans le viseur des chasseurs de loisir.
Un récent reportage de la rédaction environnement de la ZDF montre comment, parallèlement à la chasse de loisir officielle, un monde criminel parallèle s'est établi : le braconnage, organisé, violent, lucratif. Mais qui y regarde de plus près s'en aperçoit : la frontière entre chasse légale et braconnage illégal ne se situe pas là où le lobby de la chasse aimerait la placer. Elle commence bien plus tôt, à savoir dans la façon dont notre société conçoit la place des animaux sauvages.
Longtemps, le braconnage en Allemagne a été raconté comme une anecdote presque romantique de l'histoire. Le pauvre homme dans la forêt qui abat secrètement un chevreuil pour nourrir sa famille. La ZDF rappelle une figure connue de Wiesbaden, le braconnier Heinrich Anton Leichtweiss, dont la grotte est aujourd'hui une attraction touristique. Ce récit fait partie de notre folklore. Il n'a plus guère de rapport avec la réalité du braconnage moderne.
Aujourd'hui, il est question d'argent, d'armes et de pouvoir. L'affaire peut-être la plus connue : en 2022, lors d'un contrôle nocturne dans l'arrondissement de Kusel en Rhénanie-Palatinat, deux policiers ont été abattus. Les auteurs n'étaient pas de «pauvres braconniers», mais des chasseurs de loisir lourdement armés, l'un d'eux avec des méfaits avérés dans des centaines de territoires de chasse. Il a depuis été condamné définitivement à la réclusion à perpétuité.
Cette affaire montre à quel point la forêt est devenue une scène de crime. Là où se dressent des miradors, on ne trouve plus seulement des chasseurs bénéficiant d'une autorisation de l'État, mais aussi des individus qui considèrent les animaux sauvages comme une marchandise et acceptent de recourir à la violence contre des personnes.
Le braconnage augmente, l'élucidation diminue
Selon des chiffres cités par l'Association allemande de chasse, qui se réfère à l'Office fédéral de la police criminelle, les cas enregistrés de braconnage ont nettement augmenté depuis 2012. De moins de 900 cas à un pic de plus de 1’100 infractions en 2024, soit une hausse d'environ un tiers. Dans le même temps, le taux d'élucidation diminue. Moins d'un tiers des cas est résolu.
Les experts estiment en outre que le nombre de cas non déclarés est considérable. Il n'existe pas de statistique nationale uniforme sur la criminalité liée à la faune sauvage. Chaque autorité collecte les données selon ses propres critères, et il n'existe pas de centre de signalement centralisé. Melina Sowah, experte en criminalité faunique au WWF, pointe précisément ce problème et réclame de meilleures structures ainsi que des outils médico-légaux plus performants pour pouvoir identifier les auteurs.
Ainsi, tandis que les associations et les responsables politiques semblent ne pas même connaître l'intégralité des chiffres, la violence s'intensifie au niveau local. Selon l'association de chasse, des armes à feu sont utilisées dans environ un cas enregistré sur cinq. Mais l'usage d'arbalètes, de collets et d'appâts empoisonnés est également en hausse.
C'est ici au plus tard que les choses deviennent claires : il ne s'agit pas d'un «petit péché en forêt», mais d'une criminalité organisée au sens classique du terme, avec des conséquences graves pour les animaux et les êtres humains.
Le système de territoire de chasse : quand les animaux sauvages sont traités comme une propriété
Un autre point soulevé par le reportage de la ZDF est particulièrement explosif : le système allemand de territoires de chasse. La loi stipule que le titulaire d'un territoire dispose du droit exclusif de s'approprier les animaux chassables sur son terrain — qu'ils soient morts ou vivants.
Cela conduit à des situations absurdes pour les non-initiés : celui qui charge simplement un chevreuil renversé dans son coffre peut se rendre coupable d'une infraction pénale. Sur le plan juridique, cela relève déjà du braconnage, régi par le § 292 du Code pénal.
Du point de vue de la protection animale, ce paragraphe révèle moins quelque chose sur la morale que sur la logique de la propriété. Le problème central est le suivant : l'animal sauvage n'est pas considéré comme un individu à part entière, mais comme un objet sur lequel un être humain exerce un pouvoir de disposition.
Cette logique est commune à la chasse illégale et à la chasse légale. Les deux systèmes reposent sur le fait que des êtres humains prétendent pouvoir disposer librement de la vie et de la mort, dès lors qu'ils respectent certaines règles — que ce soit le droit de la chasse ou le droit pénal. La question de savoir si l'animal sauvage devrait même être tué n'est pas posée par le système.
Chasse de loisir et braconnage : deux faces d'une même médaille
Les associations de chasseurs aiment se présenter comme les gardiennes de la nature en matière de braconnage. On connaît la formule : « Nous connaissons notre territoire, nous veillons, nous sommes les premiers à remarquer quelque chose. » Le Deutsche Jagdverband souligne dans le reportage de ZDF que le système de territoire constitue précisément un avantage, car des chasseurs de loisir responsables sont présents sur place et savent ce qui se passe dans leur secteur.
Ce récit comporte deux failles :
- La violence inhérente au système est occultée.
La chasse de loisir elle-même n'est rien d'autre que la mise à mort systématique d'animaux sauvages. Du point de vue de la protection animale, il est moralement sans pertinence que la balle provienne d'une arme « légale » ou « illégale ». Pour l'animal touché, la souffrance est identique. - Il s'instaure un climat dans lequel les animaux sauvages sont fondamentalement considérés comme une ressource gérable.
Quiconque « prélève », « régule » et « contrôle les effectifs » d'animaux sauvages de manière routinière établit une pensée dans laquelle tuer des animaux est normal. Dans ce climat, le passage du « légal » à l'« illégal » apparaît moins comme une rupture morale que comme une infraction aux règles au sein d'un même club.
La frontière entre chasseur de loisir et braconnier ne se situe pas dans le canon du fusil. Elle se situe dans la question éthique de savoir si la forêt est un habitat ou un stand de tir.
Espèces menacées : quand un coup de feu de trop change tout
Le WWF rappelle que le braconnage ne concerne pas seulement les chevreuils ou les sangliers. Des espèces strictement protégées sont régulièrement victimes de mises à mort illégales : lynx, loups, pygargues à queue blanche, milans royaux, loutres, castors. Dans des populations réduites, la perte de quelques individus peut être déterminante, notamment dans le cadre de projets de réintroduction ou pour la diversité génétique.
Un loup abattu ou un pygargue empoisonné n'est pas simplement un cas isolé. Cela peut signifier qu'une population bascule, qu'une meute ne parvient pas à s'établir durablement, que des jeunes animaux se retrouvent sans leur mère.
Dans ce contexte, il paraît grotesque de constater à quel point il est banal, dans de nombreux Länder, de débattre simultanément de plans d'abattage, de « plafonds » ou de « chasse régulatrice » pour des espèces déjà menacées ou sources de conflits. La chasse légalement autorisée et le braconnage criminel tirent souvent à la même corde : celle de la violence contre des animaux qui souffrent déjà de la perte d'habitat, du trafic routier, de la crise climatique et de l'agriculture.
Lignes d'urgence, formations, forensique – mais aucune éthique animale
Le reportage de ZDF présente un projet financé par l'UE auquel participe notamment le WWF. La police, les autorités, la recherche et les ONG travaillent à mieux recenser la criminalité contre la faune sauvage, à sécuriser les preuves de manière forensiquement rigoureuse et à former les autorités compétentes. Ce projet comprend également une ligne téléphonique nationale permettant de signaler des cas suspects.
Tout cela est important. Mais il s'agit d'une approche purement technique qui ne fait qu'effleurer la surface du problème. La médecine légale, les bases de données et les formations ne répondent pas à la question centrale : pourquoi une société accepte-t-elle un système dans lequel les animaux sauvages n'apparaissent presque exclusivement que comme un problème, une ressource ou un trophée ?
Tant que les animaux sauvages sont réduits dans le discours officiel à du « tableau de chasse », à des « pièces », à du « gibier », le seuil moral reste bas. Celui qui entend constamment que les populations doivent être « réduites » ne percevra pas le passage à l'abattage illégal comme une rupture éthique fondamentale, mais plutôt comme une infraction aux règles au sein d'un système déjà fondé sur la violence.
« Les animaux sauvages n'ont pas de lobby » — et c'est politiquement voulu
Le texte de ZDF cite en substance la phrase suivante : les animaux sauvages n'auraient pas de lobby. En réalité, ce n'est pas une loi naturelle. C'est le résultat de décisions politiques.
Le lobby de la chasse est bien implanté, siège dans des comités, entretient des associations et organise des événements de tir avec des politiciens. Dès qu'il est question de contrôles plus stricts, de législation sur les armes, de périodes de protection ou de droits accrus pour les organisations de protection des animaux, il se fait très bruyant.
Les animaux n'ont pas de voix. Mais ils pourraient bénéficier d'une représentation puissante si la politique et la société le voulaient vraiment. Au lieu de cela, ceux qui remettent fondamentalement en question la chasse de loisir sont encore volontiers qualifiés d'« émotifs » ou de « déconnectés de la réalité ».
Ce que signifierait une véritable protection contre le braconnage
Celui qui veut véritablement lutter contre le braconnage ne peut pas se contenter d'intervenir en bout de chaîne de la violence. Il ne suffit pas de confondre quelques braconniers supplémentaires et de promouvoir une ligne téléphonique, tandis que des centaines de milliers de chasseurs de loisir sillonnent les forêts avec fusil et silencieux.
Une véritable protection contre le braconnage impliquerait :
- De limiter significativement les armes et les privilèges de la chasse.
Moins d'armes en forêt signifie moins d'auteurs potentiels et moins d'espace pour la violence. - De ne plus traiter juridiquement les animaux sauvages comme des objets sans maître.
Plutôt que des droits d'appropriation pour les détenteurs de territoires de chasse, ce sont les droits des animaux eux-mêmes qui sont nécessaires, au moins sous la forme d'un droit animalier solide et opposable en justice. - Réduire progressivement la chasse en tant qu'activité de loisir.
Les animaux sauvages ne peuvent pas rester un décor pour les loisirs et les trophées. Les interventions nécessaires devraient être strictement justifiées, contrôlées par l'État et réduites au minimum. - S'attaquer aux causes écologiques plutôt qu'aux symptômes.
Quiconque veut endiguer le braconnage doit également tarir le commerce de venaison, de trophées et de produits illégaux, notamment par des contrôles plus stricts, des sanctions sévères et une coopération internationale.
Le problème n'est pas seulement le tir illégal
Le reportage de ZDF montre de manière saisissante à quel point le braconnage est devenu brutal en Allemagne et quelles lacunes persistent encore du côté de la police et de la protection de la nature. Il illustre clairement que le braconnage n'est pas un «délit anodin», mais une menace sérieuse pour les animaux individuels, des populations entières et, en fin de compte, pour les êtres humains.
Ce que le reportage n'effleure qu'en marge : la chasse de loisir légale crée le climat culturel et juridique dans lequel cette violence peut prospérer. Tant que les animaux sauvages sont considérés comme une propriété quasi disponible dans le système des territoires de chasse, tant que leur mise à mort est comprise comme une «exploitation» normale de la forêt, le braconnage ne restera toujours qu'à un écart de règle de distance.
Quiconque veut vraiment se ranger du côté des animaux sauvages doit avoir le courage de remettre en question l'ensemble du système de chasse, et pas seulement ses dérives illégales.
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