9 mai 2026, 07h14

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Chasse

« Tradition » comme feuille de vigne : quand la chasse de loisir tessinoise cultive ses propres contradictions

Davide Corti, président depuis deux ans de la Federazione cacciatori ticinese (FCTI), déplore dans le « Corriere del Ticino » une chasse de loisir qui risquerait de perdre son « identité et sa tradition ». Il s'y consoliderait « une chasse de loisir de régulation », une orientation que l'on ne souhaite pas. Une déclaration remarquable, car elle révèle une contradiction qui traverse toute la politique cynégétique tessinoise.

Rédaction Wild beim Wild — 9 mai 2026

Corti cite lui-même les chiffres décisifs : lorsqu'il a passé son permis de chasse, on abattait au Tessin environ 1600 ongulés par an, aujourd'hui ce sont environ 7000.

Une multiplication par quatre en une seule génération de chasseurs. Mais celui qui pense que cette hausse a été imposée aux chasseurs se trompe. Pendant des décennies, les fédérations de chasseurs de loisir en Suisse ont politiquement réclamé des quotas de tirs plus élevés, en invoquant des « populations de gibier trop importantes », des « dégâts d'abroutissement » et des « risques sanitaires ». Ce sont précisément ces arguments que Corti utilise à nouveau aujourd'hui.

La chasse de loisir n'est donc pas devenue par hasard une « chasse de régulation ». Elle a été activement orientée dans cette direction. Lorsque la FCTI s'inquiète aujourd'hui de la tradition et des « valeurs », il s'agit moins d'une autocritique que d'un grand écart rhétorique : on veut conserver les chiffres élevés de tirs tout en cultivant l'image du chasseur posé, en harmonie avec la nature.

Quand le loup se met soudain en travers de la « tradition »

La contradiction devient particulièrement révélatrice sur la question du loup. Lors de la dernière saison de chasse, les chasseurs de loisir tessinois n'ont abattu aucun loup, car les règles seraient trop complexes et il existerait un risque de perdre son permis de chasse en cas d'erreur. Corti le dit clairement : le chasseur de loisir, qui exerce son activité normale, ne peut pas être la solution au « problème du loup ».

Ici, la logique devient totalement transparente. Là où la tradition de la chasse semble menacée, on invoque les valeurs, la patience et le respect de l'animal. Mais lorsqu'il s'agit de prédateurs qui concurrencent la chasse de loisir pour les cerfs et les chevreuils, on réclame de manière pragmatique des compétences élargies. C'est exactement ce qui se passe au Tessin : le département tessinois prévoit une sorte de « groupe de soutien » composé de chasseurs de loisir sélectionnés, qui seraient autorisés à tuer des loups en dehors de la période de chasse et avec les mêmes moyens que les gardes-faune, si possible à partir de septembre 2026.

La chasse de loisir sort ainsi du cadre « traditionnel » que Corti défend dans la même phrase. En 2024, 322 chasseurs amateurs ont été formés à la régulation du loup, et 119 autres s'y sont ajoutés en 2025. Ce n'est pas une tradition, c'est un armement systématique contre un seul prédateur.

Le bilan de l'abattage étatique des loups

Les chiffres cités dans l'article parlent d'eux-mêmes. Malgré quatre autorisations de tir visant des loups individuels et la possibilité, dans le cadre de la régulation proactive des meutes, de tuer jusqu'à 20 jeunes animaux, seuls six animaux ont finalement été abattus. Les 22 gardes-faune tessinois y ont consacré 1200 heures pour les tirs individuels et 1900 heures supplémentaires entre septembre et janvier pour la régulation des meutes.

3100 heures de travail étatique rémunéré pour six loups morts. Cela soulève une question qui n'est pas posée dans l'article original : l'effort écologique, social et financier est-il dans un rapport raisonnable avec le résultat ? Et lorsque le succès n'est pas au rendez-vous, la réponse semble être un réflexe : encore plus de tireurs, encore plus de compétences, encore moins de protection pour l'animal.

Des citadins avec un permis de chasse : un problème d'image, pas un renouvellement générationnel

Corti se réjouit de la relève et constate qu'un nombre croissant de chasseuses et chasseurs proviennent des centres urbains, alors que la chasse de loisir était autrefois pratiquée majoritairement par les habitants des vallées tessinoises. C'est honnête, mais cela mine précisément le récit de la tradition paysanne et enracinée que la FCTI cultive en parallèle. Celui qui part de Lugano ou de Bellinzone le week-end pour aller tirer des cerfs en montagne pratique un loisir, pas une pratique culturelle au sens des aïeux.

Conclusion : quand la tradition devient un argument à toutes les sauces

L'intervention de la FCTI avant l'assemblée annuelle d'aujourd'hui à Mendrisio est un cas d'école sur la manière dont le lobby de la chasse de loisir évolue entre des images de soi contradictoires. La tradition est invoquée lorsqu'il s'agit de la perception extérieure. L'efficacité, les nouveaux moyens et l'élargissement des compétences d'intervention sont exigés dès que des intérêts concrets sont en jeu, au premier rang desquels la réduction d'un prédateur indésirable.

Un débat honnête sur la chasse de loisir au Tessin devrait être abordé différemment : combien d'animaux sauvages une activité de loisir peut-elle tuer chaque année ? Quel rôle joue la chasse de loisir dans un écosystème où le loup serait depuis longtemps redevenu un régulateur naturel ? Et pourquoi l'État assume-t-il de plus en plus des tâches que les chasseurs de loisir ne peuvent ou ne veulent pas remplir, financées par les deniers publics ? Tant que ces questions restent sans réponse, le renvoi aux « racines » et à l'« identité » n'est avant tout qu'une chose : un rideau commode devant des réalités inconfortables.

De 1600 à 7000 ongulés abattus : ce que les chiffres tessinois révèlent sur tout le système

Davide Corti, président de la Federazione cacciatori ticinese, a livré dans le «Corriere del Ticino» un chiffre qui explique tout ce qui ne va pas dans le système de la chasse de loisir. Lorsqu'il a passé son permis de chasse, environ 1600 ongulés étaient abattus chaque année au Tessin. Aujourd'hui, ils sont environ 7000. Un quadruplement en une génération. Corti présente cela comme une contrainte, comme la conséquence d'un climat et d'un territoire qui ont changé. Mais la lecture honnête est tout autre — et elle dérange.

Ce que 7000 ongulés abattus disent vraiment

Si le tableau de chasse est multiplié par quatre et que les chasseurs de loisir affirment dans le même temps qu'ils « régulent », il y a quelque chose qui cloche dans le récit. Si l'on régule, les effectifs devraient diminuer après quelques années de chasse intensive, et le tableau de chasse également. Au lieu de cela, c'est le contraire qui se produit : les effectifs augmentent, les tirs augmentent, la pression augmente. Ce n'est pas une régulation, c'est une spirale.

La biologie de la faune sauvage a un terme précis pour cela : la dynamique reproductive compensatoire. Les animaux sauvages réagissent aux pertes d'effectifs dues à la chasse par une augmentation du taux de natalité, une maturité sexuelle plus précoce et des portées plus grandes. Chez le sanglier, normalement seule la laie meneuse se reproduit. Si elle est abattue, toutes les femelles de la harde se reproduisent soudainement. Chez le renard, des études menées dans le Parc national de la forêt bavaroise montrent que le taux de natalité sans chasse est d'environ 1,7 renardeau par portée, alors qu'il est plusieurs fois supérieur dans les territoires fortement chassés. La chasse de loisir crée précisément les effectifs dont elle vend ensuite la réduction comme sa raison d'être.

Les raisons qui ne sont pas évoquées

Corti évoque le « climat et le territoire ». Les deux jouent un rôle, mais cela n'explique pas, même de loin, le facteur quatre. Les véritables moteurs sont plus profonds et sont systématiquement passés sous silence dans la communication officielle.

Premièrement, la chasse de loisir a, durant des siècles, exterminé les prédateurs naturels en Europe centrale : loup, lynx, ours. Précisément les espèces qui établiraient un équilibre écologique durable chez les ongulés. Deuxièmement, ce sont les animaux les plus forts et les plus expérimentés qui sont prélevés en priorité, c'est-à-dire précisément les individus qui stabilisent les structures sociales et régulent la reproduction du groupe. Troisièmement, la pression de la chasse détruit les unités familiales, ce qui entraîne une maturité sexuelle plus précoce et des portées plus nombreuses.

Le résultat est un système autoporteur : la chasse de loisir engendre le problème qu'elle prétend résoudre. Et plus elle tire, plus elle doit tirer.

Pourquoi les zones sans chasse démontrent le contraire

Les données empiriques sont sans équivoque et disponibles depuis des décennies. Dans le Parc national suisse, la chasse est interdite depuis 1914. Les populations d'animaux sauvages sont stables, la forêt se régénère, la biodiversité augmente. Sur les sentiers empruntés par la faune dans le parc, on a trouvé environ 30 fois plus de jeunes pousses d'arbres qu'à l'extérieur, parce que les cerfs disséminent les graines. Dans le parc national italien du Grand Paradis, la chasse est interdite depuis 1922. Le vétérinaire responsable, Bruno Bassano, résume sobrement le résultat : on n'a jamais eu de dégâts et on n'a jamais eu à réduire les populations.

Dans le canton de Genève, la population a décidé en 1974 par votation populaire d'interdire la chasse. Aujourd'hui, environ 60 cerfs et 200 à 300 chevreuils y vivent dans une population stable. Le lièvre, menacé d'extinction avant l'interdiction de la chasse, présente l'une des plus fortes densités de Suisse. Le nombre d'oiseaux d'eau hivernants a plus que décuplé. L'inspecteur de la faune genevois Gottlieb Dandliker, biologiste et défenseur de la nature, déclare : « Il y a donc, d'une manière ou d'une autre, une régulation qui s'opère ».

Cette régulation fonctionne par l'offre alimentaire, les conditions météorologiques, les maladies, le comportement territorial, les structures sociales et, là où ils sont présents, les prédateurs. Elle n'a pas besoin du chasseur de loisir avec son fusil. Au contraire, elle a besoin de son absence.

Quiconque confronte le Tessin à des zones de comparaison sans chasse comprend que la hausse de 1600 à 7000 ongulés abattus n'est pas une constante de la nature. Elle est l'expression d'un système de gestion qui produit des populations pour devoir ensuite les réduire.

La population est-elle mensongée depuis des décennies ?

La réponse honnête est : elle est systématiquement induite en erreur. Non pas par un seul mensonge, mais par un enchevêtrement de demi-vérités, de contextes omis et d'astuces langagières.

« Gestion », « entretien », « régulation », « protection de la nature » sont les notions centrales de la communication de la chasse de loisir. Aucune d'elles ne résiste à un examen sous l'angle de la biologie de la faune sauvage. Qui fait croître les populations en détruisant les structures sociales ne pratique pas la gestion. Qui abat les animaux les plus forts ne pratique pas l'entretien. Qui travaille sans prédateurs et combat politiquement leur retour ne pratique pas la régulation. Qui tue 130'000 animaux sauvages par an en Suisse pour une activité de loisir ne pratique pas la protection de la nature.

La politique tessinoise du loup s'inscrit également dans ce tableau. Malgré quatre décisions cantonales d'abattage et la possibilité, dans le cadre de la régulation proactive des meutes, de tuer jusqu'à 20 jeunes, seuls six loups ont été abattus durant la saison. Les 22 gardes-faune y ont consacré 1200 heures pour les abattages individuels et 1900 heures supplémentaires pour la régulation des meutes. 3100 heures de travail rémunéré pour six animaux morts, tandis que le seul prédateur qui régulerait effectivement et durablement les populations d'ongulés est repoussé par des moyens toujours nouveaux. La contradiction est évidente, mais elle est rarement nommée dans les médias.

La population apprend depuis des décennies que la chasse de loisir est nécessaire, sinon tout déraperait. Elle apprend rarement que ce « dérapage » est une construction de la chasse de loisir elle-même. Elle apprend rarement que des zones non chassées dans le voisinage immédiat prouvent le contraire.

Ce qui doit changer

Une réforme honnête de la politique de la faune sauvage en Suisse et au Tessin nécessiterait plusieurs étapes.

Les prédateurs doivent pouvoir assumer leur rôle écologique. Le loup, le lynx et l'ours régulent durablement, sélectivement et gratuitement les populations d'ongulés. Toute politique qui freine leur retour par des décisions d'abattage de plus en plus larges perpétue le système de la chasse de loisir aux frais des contribuables.

Les zones protégées et les zones de tranquillité pour la faune doivent être étendues. Genève et le Parc national suisse sont des modèles qui fonctionnent depuis des décennies. Ce ne sont pas des exceptions, ce sont des preuves.

La gestion de la faune sauvage relève de mains professionnelles et étatiques, et non du temps libre de tireurs amateurs. La surveillance de la faune, la biologie de la faune sauvage et le monitoring officiel sont les structures dont a besoin un pays moderne. Là où des interventions sont nécessaires, ce sont des professionnels formés qui doivent les effectuer selon des critères scientifiques, avec une documentation transparente et un contrôle politique.

Le langage doit être désintoxiqué. « Chasse de loisir » est le terme précis pour une activité de loisir avec une arme à feu. « Gestion cynégétique » et « entretien » relèvent du vocabulaire de relations publiques. Un débat honnête commence par des termes honnêtes.

Et enfin : la population doit pouvoir se prononcer sur le système de la chasse de loisir. Genève l'a fait en 1974. Le résultat constitue, depuis cinquante ans, une preuve vivante que la nature n'a pas besoin du chasseur de loisir armé.

Le chiffre tessinois passé de 1 600 à 7 000 n'est pas un accident, c'est un aveu. Il montre que la chasse de loisir contribue à produire le problème dont elle prétend être la solution. Il montre que le récit de la tradition et de l'identité est invoqué dès que les statistiques minent la crédibilité. Et il montre qu'une politique honnête de la faune sauvage en Suisse devrait enfin commencer à tenir compte de la réalité des zones sans chasse, au lieu de l'ignorer. La population a droit à ce débat. Elle ne l'a malheureusement pas eu, depuis des décennies, avec la clarté nécessaire.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous regroupons fact-checking, analyses et rapports de fond.

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