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Éducation

La Roumanie veut compter ses ours

La Roumanie procède pour la première fois au recensement de ses ours bruns par analyse ADN. Les défenseurs des animaux craignent que les résultats ne légitiment la chasse de loisir.

Rédaction Wild beim Wild — 20 août 2021

La Roumanie va prochainement procéder pour la première fois à un recensement de ses ours bruns à partir de données ADN.

«Dans les prochains mois, 400 spécialistes et bénévoles prélèveront sur le terrain des échantillons de fèces et de poils pour analyse ADN», a déclaré le ministre de l'Environnement Barna Tanczos.

Cela a engendré des tensions entre les habitants des villages, qui craignent de nouvelles attaques, et les défenseurs de la nature, qui mettent en garde contre un assouplissement des lois sur la chasse.

Une faille dans l'interdiction de chasse est détournée

Une faille dans l'interdiction de chasse, qui autorise l'abattage de ce que l'on appelle des ours à problèmes, est déjà détournée, affirment des militant·e·s qui redoutent une hausse des abattages si le recensement révèle que cette espèce protégée n'est pas aussi menacée qu'on le pensait.

La chasse aux trophées, qui attirait des chasseurs amateurs du monde entier en quête d'un « trophée », est interdite depuis 2016 pour protéger l'espèce, même si des organisations non gouvernementales dénoncent parfois des infractions, comme dans le cas du prince du Liechtenstein, accusé d'avoir tué en mars le « plus grand » ours roumain, surnommé Arthur, lors d'une partie de chasse de loisir.

L'objectif de ce projet financé par Bruxelles à hauteur de 11 millions d'euros est de « déterminer la taille de la population d'ours ». Selon des estimations des années 1990, environ 6’000 de ces animaux sauvages vivent dans les forêts ancestrales du pays, ce qui représente le nombre le plus élevé d'Europe (hors Russie).

La colère après une série d'attaques

L'exaspération face au nombre croissant d'attaques — une centaine au cours des trois dernières années — ne cesse de grandir. Fin juillet, un berger a été grièvement blessé et un autre, qui avait réussi à prendre la fuite, a été retrouvé mort à 300 mètres de là, avec des traces de morsures et de griffes. La cause est à rechercher avant tout dans la réduction de l'habitat des ours.

Jusqu'à présent, seules les traces laissées par les ours dans la neige ou dans la boue étaient recensées. La collecte de déjections et de poils permettra désormais de constituer une base de données dans laquelle chaque échantillon sera enregistré avec un code-barres, a indiqué le ministre.

Robin Rigg, président de la Slovak Wildlife Society, est familier de cette méthode, qu'il a appliquée lors du comptage des loups . Elle peut fournir une multitude d'informations, notamment le sexe de l'animal sauvage ou d'éventuels liens de parenté avec des congénères. Il est important de couvrir une grande zone et de «collecter trois fois plus d'échantillons que le nombre d'animaux attendus», selon Djuro Huber, professeur à l'Université de Zagreb (Croatie).

Vers une reprise de la chasse de loisir ?

Sans remettre en question l'utilité de ce projet, qui comprend également la création de la première zone de protection des ours ouverte au public, les défenseurs des animaux craignent qu'il ne prépare le terrain à une reprise de la chasse de loisir, s'il s'avère qu'il y a trop d'ours.

Cristian Papp, un représentant du WWF, réclame «de la transparence dans la collecte et l'interprétation des données». Un décret récemment promulgué suscite déjà des inquiétudes : dans l'effort d'apaiser la population, le gouvernement, qui était jusqu'alors le seul à pouvoir autoriser l'abattage d'ours au cas par cas, a décidé d'accorder aux autorités locales le droit de décider de la vie ou de la mort d'un ours posant problème.

Des villageois effrayés

Sous prétexte de leur dangerosité, un massacre se prépare contre ces animaux souvent affamés, victimes de la déforestation, de la réduction et de la destruction de leur habitat, ainsi que des tentatives de diabolisation menées par les sociétés de chasse.

Fondation Brigitte Bardot

«Ces accusations sont infondées», a déclaré Tanczos. «Un ours n'est abattu que dans des situations critiques, lorsqu'il met la vie de personnes en danger», et une «relocalisation» loin des zones habitées est privilégiée.

Pour Marton-Csaba Bacs, maire du village de Bixad, «la situation est devenue intenable». «Chaque jour, des ours pillent des vergers, attaquent des moutons et ont même pénétré dans la cour de la clinique», s'est-il plaint.

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