Point de bascule de la régulation du loup
Pourquoi le quota d'abattage prévu, combiné aux maladies, peut mettre l'espèce en danger en Suisse.
La Suisse poursuit avec la soi-disant régulation de base un concept risqué dans la gestion des loups.
L'objectif est d'abattre préventivement 66 % des louveteaux d'une génération afin de limiter les conflits avec l'agriculture et de maintenir prétendument l'acceptation du loup . Mais d'un point de vue de la biologie de la conservation des espèces, cette démarche soulève de sérieuses préoccupations — en particulier lorsque la mortalité naturelle et les épidémies au sein de la population sont prises en compte.
Reproduction et mortalité naturelle
Une meute de loups typique met au monde environ 4 à 6 louveteaux par an. Même dans des conditions naturelles, seuls environ 30 à 50 % survivent à la première année de vie. Les causes de mortalité sont les maladies, les accidents, le manque de nourriture ou la compétition intraspécifique.
Or, si deux tiers des louveteaux sont délibérément abattus, il ne reste dans le meilleur des cas que 1 à 2 individus, dont une part considérable meurt en outre de causes naturelles. Cela signifie que de nombreuses meutes n'atteignent plus aucun accroissement reproductif.
Menace supplémentaire liée aux maladies
La situation devient encore plus critique lorsque des épizooties telles que la maladie de Carré (CDV) ou la gale sarcoptique surviennent — des maladies régulièrement détectées dans les populations de faune sauvage en Suisse. Ces affections sont particulièrement dangereuses pour les jeunes animaux et les groupes sociaux tels que les meutes de loups :
- La maladie de Carré peut provoquer des taux de mortalité supérieurs à 80 % chez les louveteaux.
- La gale entraîne un affaiblissement physique, des infections secondaires et la désintégration sociale des meutes.
- Les deux maladies sont hautement contagieuses et se propagent rapidement d'une meute à l'autre.
Lorsque ces facteurs s'ajoutent à la régulation, il arrive qu'aucun descendant ne survive par meute — ce qui peut conduire à moyen terme à un effondrement de la population.
Évaluation scientifique
Selon des études reconnues au niveau international (p. ex. Chapron et al., 2015, Science) un prélèvement annuel de plus de 30 à 40 % d'une population de loups ou de grands prédateurs est considéré comme non durable. L'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) avertit également que des interventions à grande échelle sur des espèces animales à structure sociale peuvent entraîner des perturbations de la reproduction, des modifications comportementales et un effondrement des populations.
D'autres études le confirment :
- Boitani & Mech (2010) soulignent que des structures de meute stables sont essentielles à la survie de l'espèce. Lorsque des jeunes ou des parents sont abattus, de nombreux loups perdent la capacité de chasser naturellement, ce qui aggrave en retour les conflits avec le bétail.
- Une étude de Treves et al. (2016) montre même que la chasse intensive n'augmente pas l'acceptation de l'espèce, mais tend au contraire à ancrer les conflits au sein de la population.
La politique du loup du conseiller fédéral Albert Rösti : un pilotage à l'aveugle sur le plan écologique !
Le quota de 66 % prévu n'est pas justifiable du point de vue de la protection des espèces, si les pertes naturelles et les risques de maladies ne sont pas simultanément pris en compte. Il risque de déstabiliser durablement une espèce animale qui n'est pas protégée par hasard, mais en raison de sa valeur écologique.
Plutôt que de miser sur une simple réduction numérique, une gestion du loup à long terme et scientifiquement étayée serait nécessaire, qui :
- favorise le maintien de structures de meute fonctionnelles,
- priorise les interventions non reproductives (p. ex. effarouchement, mesures de protection),
- et mise sur le monitoring, la prévention et l'acceptation locale.
Les risques et conséquences scientifiquement documentés de cette prétendue « régulation proactive » réfutent clairement l'affirmation souvent répétée selon laquelle il ne s'agirait pas d'une extermination, mais simplement d'une régulation contrôlée des effectifs — comparable à celle d'autres espèces sauvages. D'un point de vue scientifique, cela n'est pas soutenable. (Cf. Analyse de vulnérabilité des populations de l'espèce loup – BfN-Schriften / 715 – 2024)
Étant donné qu'il est raisonnable de supposer que les décideurs politiques et administratifs connaissent les études pertinentes, le soupçon s'impose : l'objectif de cette stratégie n'est pas la régulation, mais le recul délibéré, voire la réextermination des loups en Suisse.
Sources :
- Chapron, G. et al. (2015) : Recovery of large carnivores in Europe's modern human-dominated landscapes. Science, 346(6216), 1517–1519.
- Boitani, L., & Mech, L.D. (2010) : Wolves: Behavior, Ecology, and Conservation. University of Chicago Press.
- Treves, A., Krofel, M., & McManus, J. (2016) : Le contrôle des prédateurs ne devrait pas être une décision prise dans l'obscurité. Frontiers in Ecology and the Environment, 14(7), 380–388.
- Lignes directrices de l'UICN pour les réintroductions et autres translocation de conservation (2013).
- KORA (Centre de recherche coordonné sur les carnivores, Suisse) : Rapports de monitoring du loup 2023/24.
- Analyse des risques pour la population de l'espèce loup – ISBN 978-3-89624-477-2
- https://bfn.bsz-bw.de/…/docId/1899/file/Schrift715.pdf
Dossier : Loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
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