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Faune

Les chamois face au changement climatique : adaptation ou disparition

Le changement climatique soumet les chamois des Alpes à une pression croissante. Les animaux doivent s'adapter à la hausse des températures et à la diminution de la neige.

Rédaction Wild beim Wild — 10 juillet 2022

Depuis la dernière période glaciaire, les chamois ont colonisé des altitudes de plus en plus élevées.

C'est ce que montre une étude de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, dans laquelle des chercheurs ont combiné des informations génétiques des animaux avec des modèles informatiques. Les simulations qui en résultent pourraient à l'avenir montrer également comment les animaux réagissent au réchauffement climatique en cours.

On trouve aujourd'hui des chamois en Suisse dans le Jura, dans certaines régions du Plateau et surtout dans l'espace alpin. Mais il n'en a pas toujours été ainsi : il y a 20’000 ans, lors de la dernière période glaciaire, les Alpes étaient entièrement recouvertes de glaciers. À cette époque, les chamois vivaient dans des zones à forte déclivité, au nord et au sud de cette masse de glace.

La manière dont l'habitat des animaux s'est déplacé de cette époque à aujourd'hui, et les facteurs qui ont joué un rôle dans ce processus, a été étudiée par le scientifique de l'environnement Flurin Leugger dans son mémoire de master à la WSL . À l'aide d'analyses génétiques et de simulations informatiques, il a retracé ce qui a limité les chamois dans leurs voies de dispersion. Cette méthode permettra à la recherche de se projeter à l'avenir — et notamment de prédire comment les animaux pourraient réagir au réchauffement climatique actuel. 

Un regard dans les gènes des chamois

Leugger a d'abord étudié, en collaboration avec des chercheurs des universités Grenoble Alpes et Savoie Mont Blanc (France), le degré de parenté génétique entre les différentes populations de chamois dans l'espace alpin. Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé notamment des échantillons de sang ou des touffes de poils collectés par diverses administrations de la chasse, des parcs naturels et des ONG. Au total, les chercheurs ont analysé l'information génétique de 449 chamois provenant de France, d'Autriche, d'Italie, de Slovénie, de Croatie et de Suisse.

Il en est ressorti que la population alpine de chamois se compose de deux grands groupes génétiques. L'un vit dans les Alpes occidentales jusqu'à la vallée du Rhône en Valais, l'autre à l'est de la vallée du Rhône.

La répartition géographique des chamois il y a 15 000 ans (à gauche) et aujourd'hui (à droite). Les couleurs indiquent la similarité génétique des populations, les points noirs les découvertes de fossiles. (Carte : Flurin Leugger)

De l'ère glaciaire à aujourd'hui

Dans un deuxième temps, Leugger a reconstitué, à partir de la répartition actuelle des chamois et de données climatiques et topographiques, les caractéristiques de l'habitat idéal du chamois. «Ce sont avant tout la déclivité des pentes, la température et les précipitations qui influencent le bien-être des chamois», explique Leugger. À partir de ces caractéristiques, le chercheur a entraîné différents modèles d'apprentissage automatique, qu'il a ensuite appliqués aux conditions climatiques d'il y a 20’000 ans. Il en a résulté une carte détaillée de la répartition potentielle des chamois à la fin de la dernière période glaciaire.

Dans une dernière étape, Leugger a simulé, sur la base de l'évolution des conditions climatiques, la répartition des populations de chamois au cours des 20’000 années suivantes jusqu'à aujourd'hui. Les simulations ont ainsi montré comment les chamois ont colonisé progressivement l'espace alpin avec le réchauffement croissant et le recul des glaciers. Le chercheur a fait varier certains paramètres des simulations, comme la vitesse moyenne de migration des chamois, ou a introduit des obstacles géographiques artificiels. Il a ensuite comparé le résultat de chaque simulation avec la distribution génétique actuelle des animaux. Leugger a ainsi mieux compris quels facteurs influencent la dispersion des populations de chamois. 

L'avenir des chamois

L'un des résultats : les chamois ne migrent que sur de courtes distances et passent généralement leur vie à proximité immédiate de leur lieu de naissance. Il existe en outre des obstacles géographiques que les animaux ne franchissent pas — notamment les grands cours d'eau et les larges vallées planes. «Les chamois semblent éviter les fonds de vallée plats, où ils étaient exposés à leurs prédateurs tels que le loup et le lynx», explique Leugger. C'est sans doute pourquoi ils s'aventurent très rarement au-delà de ces frontières géographiques.

Ces connaissances peuvent désormais être utilisées pour étudier les évolutions futures. En effet, tout comme pour le climat de la période glaciaire, les modèles de Leugger peuvent être appliqués à des projections de données climatiques — et pourraient ainsi montrer, dans des travaux ultérieurs, comment les chamois réagiront au réchauffement climatique croissant. «On pourrait ainsi identifier à l'avenir les populations particulièrement isolées et donc vulnérables, qui devraient faire l'objet d'une chasse modérée», déclare le chercheur en environnement. Ses partenaires de coopération travaillent en outre à affiner le modèle afin d'étudier des influences à plus petite échelle. Il sera alors même possible de prédire si et comment de nouvelles constructions – des routes, par exemple – affecteront les chamois.

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