En France, 100 accidents de chasse impliquant des armes à feu ont été officiellement recensés durant la saison 2024/2025 : 11 décès, 16 blessés (dont trois grièvement) et 135 dégâts matériels, concernant 58 habitations, 27 véhicules et 50 animaux domestiques. En Italie, l’Université d’Urbino a fait état de 62 accidents et 14 décès pour la même saison, bien que ces chiffres soient basés sur des analyses médiatiques et laissent supposer un nombre important de cas non déclarés. En Espagne, au moins 125 personnes sont décédées des suites de blessures par armes de chasse entre 2007 et 2022, et plus de 729 ont été blessées. En Suisse, un accident de chasse se produit statistiquement toutes les 29 heures ; depuis 2000, plus de 75 personnes ont perdu la vie dans le cadre de la chasse de loisir.
Ces chiffres ont en commun de ne pas provenir d'un suivi européen systématique, mais plutôt de fragments glanés dans des rapports gouvernementaux nationaux, des analyses médiatiques, des dossiers d'ONG et des demandes de transparence. Il n'existe pas de registre central et public des accidents de chasse en Europe. Le lobby de la chasse n'a aucun intérêt à sa création. Et la plupart des gouvernements n'en font pas la demande.
Ce que les chasseurs de loisir présentent comme un « risque résiduel inévitable » d’une « activité de loisir responsable » se révèle, à y regarder de plus près, comme un problème structurel de sécurité : des dizaines de milliers de chasseurs armés parcourent chaque année forêts, champs et régions montagneuses, des lieux fréquentés simultanément par des promeneurs, des randonneurs, des cueilleurs de champignons, des agriculteurs, des riverains et des propriétaires d’animaux de compagnie. Lorsque des personnes décèdent dans ces situations, l’incident est considéré comme isolé. Ce rapport démontre pourquoi il n’en est rien.
Le dossier de l'AVC en Italie , les statistiques de l'OFB en France, les données issues de la demande de transparence en Espagne, les analyses du BFU en Suisse et la chronique de PETA dans les pays germanophones prouvent tous que les victimes de la chasse ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont la conséquence prévisible d'une activité récréative armée de masse, sans contrôle étatique suffisant, sans coordination européenne et avec un lobby qui, depuis des décennies, a réussi à dissimuler au public l'ampleur réelle du problème.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- France : seul pays doté d’un système de collecte de données exhaustif géré par l’État – et ce que révèlent ces chiffres. Comment l’Office français de la biodiversité (OFB) recense systématiquement les accidents de chasse, pourquoi les chiffres de la saison 2024/2025 sont alarmants et que disent les 135 incidents de dommages matériels par saison quant à l’ampleur du problème.
- Italie : Le dossier AVC et une organisation qui lutte contre le lobby de la chasse. Comment l’Associazione Vittime della Caccia (AVC) documente les victimes de la chasse depuis 2007, que révèle le dossier 2025/2026 et pourquoi le lobby de la chasse a obtenu gain de cause en recommandant à l’État de retirer à l’organisation son statut d’organisme reconnu de protection de l’environnement.
- Espagne : 125 morts en 15 ans – et aucun registre national : Comment l’Espagne a obtenu les données sur les accidents de chasse grâce à une demande de transparence, que montrent les données de la Guardia Civil et pourquoi des régions comme la Catalogne et le Pays basque n’apparaissent même pas dans les statistiques nationales.
- Suisse : 300 accidents par an – et un nombre systématiquement sous-estimé de cas non déclarés : que disent les statistiques de la BFU et les données de l’UVG sur la chasse de loisir, quels groupes de personnes sont absents des statistiques et que révèlent 3,6 millions de francs de coûts annuels sur l’ampleur réelle du problème.
- Allemagne : Absence de statistiques centrales – PETA recense les accidents : Pourquoi l’Allemagne ne dispose toujours pas de statistiques globales officielles sur les accidents de chasse, comment PETA comble cette lacune et quelles sont les caractéristiques structurelles communes aux rapports de cas individuels.
- Les témoins comme victimes : promeneurs, animaux domestiques, résidents : qui, en dehors de la communauté des chasseurs amateurs, devient victime ? Quels schémas les documentaires révèlent-ils et pourquoi l’espace public n’est-il pas un lieu sûr tant que la chasse de loisir y est pratiquée ?
- Le chiffre noir européen : ce que les données ne montrent pas : pourquoi tous les chiffres disponibles sont des sous-estimations, quelles distorsions résultent de registres manquants, de définitions différentes et de pressions politiques, et ce que signifierait un aperçu honnête.
- Ce qui devrait changer : Exigences politiques concrètes : registre des accidents à l’échelle de l’UE, obligation nationale de déclaration, zones d’exclusion publique, réforme de la responsabilité.
- Argumentation : Réponses aux justifications les plus courantes des chasseurs amateurs et de leurs associations.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d’œil.
France : Le seul pays à disposer d'un recensement national complet – et ce que révèlent ses chiffres
La France constitue un cas particulier en Europe : l’Office français de la biodiversité (OFB) recense systématiquement les accidents de chasse depuis des années et publie des rapports annuels – une pratique qui n’existe pas dans la plupart des pays européens. Cette transparence a un prix : elle révèle ce qui reste caché ailleurs.
Pour la saison 2024/2025, l'OFB (Office for Hunting and Wildlife Management) a recensé 100 accidents impliquant des armes à feu, ayant entraîné 11 décès (tous des chasseurs de loisir) et 16 blessures (dont trois grièvement) chez des non-chasseurs. On a également dénombré 135 incidents matériels, au cours desquels 58 maisons, 27 véhicules et 50 animaux domestiques ont été visés par des tirs. Il ne s'agit pas d'un cas isolé : lors de la saison 2024/2025, le nombre d'accidents mortels est passé de 6 à 11, soit près du double des deux années précédentes. L'association de protection animale ASPAS parle d'une « augmentation significative » et souligne que la tendance à la baisse du nombre d'accidents observée sur le long terme ne justifie pas ces pics annuels.
Ce qui rend les chiffres de l'OFB particulièrement révélateurs, c'est qu'ils recensent non seulement les accidents de chasse ayant entraîné des blessures corporelles, mais aussi les maisons, les véhicules et les animaux domestiques visés par les tirs – une catégorie qui n'existe tout simplement pas dans les autres statistiques nationales. Lorsque 58 maisons et 27 véhicules sont la cible de tirs en France au cours d'une seule saison, il ne s'agit pas d'un phénomène marginal, mais bien d'un indicateur de l'ampleur du danger potentiel lié à la chasse de loisir dans les espaces publics, un danger bien plus important que ne le laissent supposer les statistiques d'accidents corporels.
À lire aussi : Un homme meurt à Harchies, l’Europe détourne le regard ; La chasse en Suisse : vérification des faits, méthodes de chasse, critiques
Italie : Le dossier AVC et une organisation qui lutte contre le lobby
En Italie, il n'existe pas de registre officiel et exhaustif des accidents de chasse. L'Associazione Vittime della Caccia (AVC) analyse systématiquement les articles de presse, documente les cas individuels et publie un dossier annuel depuis 2007. Parallèlement, l'Université d'Urbino analyse les communiqués de presse à l'échelle nationale. Les deux sources dressent un bilan identique pour la saison 2024/2025 : 62 accidents et 14 décès.
Le dossier de l'AVC pour 2025/2026 va encore plus loin. Il recense 33 décès de chasseurs de loisir imputables à leurs propres actes, et 13 décès de personnes n'ayant absolument aucun lien avec la chasse : randonneurs, voisins, membres de la famille et passants. Les régions de Sardaigne, du Piémont et de Toscane affichent les statistiques les plus alarmantes. Le dossier indique que le ratio entre les victimes de la chasse et les victimes non-chasseurs n'est « pas un phénomène marginal, mais un signal d'alarme structurel ». De plus, il constate que malgré une baisse du nombre de chasseurs, le nombre de victimes reste toujours élevé : l'amélioration de la sécurité annoncée ne se concrétise pas.
Comment le lobby de la chasse réagit-il à ces documents ? En 2023, la Fédération italienne de la chasse (Federazione Italiana della Caccia) s’est félicitée de la décision du ministère italien de l’Environnement de retirer à l’AVC son statut d’organisme reconnu de protection de l’environnement. Justification officielle : les chiffres publiés par l’AVC étaient « indéniablement biaisés » et susceptibles de susciter une « inquiétude sociale ». Autrement dit, le lobby de la chasse a réussi à faire discréditer par l’État le principal document italien recensant les victimes. Il ne s’agit pas d’une solution à un problème de sécurité, mais d’une tentative de dissimulation.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Les victimes de la chasse en Italie : le dossier AVC 2025/2026 et Chasse et bien-être animal : les conséquences de cette pratique sur les animaux sauvages
Espagne : 125 décès en 15 ans – et aucun registre national
Il n'existe pas de registre national des accidents de chasse en Espagne. Les données disponibles proviennent d'une demande de transparence formulée par la plateforme d'investigation Maldita.es auprès de la Guardia Civil : sur la période allant d'août 2007 à décembre 2020 – soit près de 14 ans –, l'analyse a révélé 63 décès et 483 blessés, dont 215 graves. Ces chiffres excluent les données de la Catalogne et du Pays basque, qui disposent de leurs propres forces de police et ne sont pas intégralement prises en compte dans les statistiques nationales de la Guardia Civil.
Une enquête parlementaire menée en 2022 a révélé des chiffres actualisés : entre 2007 et mars 2022, au moins 125 personnes sont décédées et 729 ont été blessées par des armes de chasse en Espagne. Pour la seule année 2025, une analyse médiatique a recensé 9 décès et 27 blessés dans au moins 9 communautés autonomes. L’ accident de chasse mortel survenu en Catalogne en novembre 2025 – un chasseur amateur a tué un autre chasseur lors d’une chasse en groupe sur une réserve privée – illustre une tendance : la province de Tolède arrive en tête du classement espagnol des accidents, suivie par certaines zones de Castille-La Manche, une région où la chasse est profondément ancrée dans la culture locale et, par conséquent, rarement remise en question.
Les données espagnoles mettent clairement en évidence l'inégalité géographique d'accès aux données : là où les pouvoirs de police sont décentralisés, les accidents de chasse disparaissent des statistiques nationales. Il ne s'agit pas d'un problème technique, mais politique : si les accidents de chasse ne sont pas enregistrés de manière centralisée, aucune pression politique n'incite à les réduire.
Plus d'informations : Accident de chasse mortel en Espagne : un coup de feu qui devrait secouer l'Europe et Un homme meurt à Harchies, l'Europe détourne le regard.
Suisse : 300 accidents par an – et un nombre systématiquement sous-estimé de cas non déclarés
En Suisse, les données de l'OFSP (Conseil suisse pour la prévention des accidents) et de la SUVA (Caisse nationale d'assurance accidents) permettent de nuancer, au moins en partie, ce constat. Entre 2000 et 2019, plus de 75 personnes ont perdu la vie dans des accidents de chasse. Statistiquement, un accident de chasse se produit toutes les 29 heures ; environ tous les trois mois et demi, une personne décède. Pour les années 2016 à 2020, les données de l'assurance accidents confirment : environ 300 accidents déclarés par an, environ un décès, deux nouvelles pensions d'invalidité et un coût annuel total d'environ 3,6 millions de francs suisses.
Cependant, ces chiffres doivent être interprétés avec une mise en garde cruciale : les statistiques d’assurance accidents ne concernent que les personnes salariées bénéficiant d’une assurance accidents obligatoire. Les retraités, les indépendants, les enfants, les personnes au foyer et les étudiants en sont totalement exclus. Or, les chasseurs de loisir retraités représentent une part importante et croissante de ceux qui pratiquent la chasse avec leurs armes à feu en automne. Ce qu’ils vivent, subissent ou provoquent n’apparaît dans aucune statistique officielle suisse sur les accidents de chasse. Il n’existe aucune obligation de déclaration des blessures et des décès à la chasse – quel que soit le statut d’assurance – ni au niveau fédéral ni au niveau cantonal. En Suisse, par conséquent, les statistiques sur les accidents de chasse mortels ne reflètent fidèlement que ce que le système d’assurance enregistre et ignorent systématiquement ce qui se passe en dehors de ce cadre.
Le canton des Grisons est particulièrement touché par les accidents de chasse, suivi par les accidents survenus à l'étranger et les cantons du Tessin, d'Argovie, du Valais, de Saint-Gall et de Berne. Toutes les personnes décédées dans des accidents de chasse depuis 2000 et dont les cas sont enregistrés par le Conseil suisse pour la prévention des accidents (CSP) étaient des résidents suisses ; le tourisme cynégétique étranger n'est pas inclus dans ces statistiques. L'ampleur réelle du danger est donc bien plus élevée que ne le laissent entendre les chiffres officiels.
Plus d'informations sur ce sujet : Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels et initiative préconisant le remplacement des chasseurs par des gardes-chasse
Allemagne : Pas de statistiques centralisées – PETA tient les registres
À ce jour, l'Allemagne ne dispose pas de statistiques officielles et nationales sur les accidents de chasse. Au niveau fédéral, il existe des données fragmentaires issues de rapports de santé sur les décès par armes à feu, qui ne tiennent pas compte du contexte et ne permettent pas de tirer de conclusions spécifiques concernant les accidents de chasse. L'association de défense des animaux PETA comble cette lacune en recensant les accidents de chasse et les actes de violence impliquant des armes de chasse dans les pays germanophones – un recueil constamment mis à jour de cas individuels qui révèle ce que les organismes gouvernementaux omettent d'enregistrer systématiquement
La chronique documente un large éventail d'incidents : animaux domestiques abattus, randonneurs blessés, accidents de chasse impliquant des chasseurs, confusions entre humains et animaux sauvages, et cas de chiens de chasse tués par balle. Elle révèle également que les armes de chasse sont utilisées dans le cadre de conflits et de fusillades de masse – un aspect qui n'apparaît systématiquement dans aucune analyse statistique de la chasse. Une vérification des faits effectuée par Correctiv concernant l'affirmation selon laquelle environ 130 personnes seraient mortes à cause de chasseurs en Allemagne depuis 2015 n'a pas permis de confirmer ce chiffre – non pas parce qu'il est faux, mais simplement parce que les données disponibles sont insuffisantes pour le prouver ou l'infirmer. Ce constat est en soi révélateur.
L'exemple allemand illustre un schéma européen : en l'absence d'obligation de déclaration, aucune donnée n'est produite. Sans données, aucune pression politique n'existe. Et sans pression politique, rien ne change. En Allemagne, comme ailleurs, le lobby de la chasse est parvenu à empêcher l'enregistrement des accidents de chasse en utilisant la même méthode systématique que pour les accidents de la route ou du travail. Il en résulte un déficit structurel d'information qui pénalise avant tout les victimes.
Plus d'informations : Chasse et cruauté envers les animaux et la page de catégorie « Criminalité et chasse »
Les témoins comme victimes : passants, animaux domestiques, résidents
Les accidents de chasse sont souvent présentés au grand public comme des incidents survenant au sein de la communauté des chasseurs : un chasseur amateur blesse accidentellement un autre animal, un tir part dans la mauvaise direction, une chute se produit sur un terrain escarpé. Cette vision est erronée, non seulement d'un point de vue descriptif, mais aussi en tant que cadre politique. Une part croissante des victimes n'a aucun lien avec la chasse de loisir.
En France, durant la saison de chasse 2024/2025, 16 personnes non chasseuses ont été officiellement blessées par balle, dont trois grièvement. Les chiffres des dégâts matériels pour la même année font état de 58 habitations et 27 véhicules visés par des tirs – soit les lieux de vie de personnes qui se trouvaient chez elles ou dans la rue le dimanche après-midi et qui ignoraient la présence d'un chasseur amateur tirant à proximité. Selon le dossier de l'AVC, au moins 13 personnes sont décédées en Italie durant la saison de chasse 2025/2026 sans aucun lien avec la chasse. En Espagne, une analyse médiatique indique que ce phénomène n'est pas aléatoire d'un point de vue géographique, mais étroitement lié à l'intensité de la chasse dans chaque région.
En Suisse et dans d'autres pays germanophones, les archives de PETA recensent régulièrement des cas d'animaux domestiques abattus, de randonneurs blessés et de personnes mises en danger à proximité de zones de chasse. Pendant la saison de la chasse, les espaces publics – forêts, champs, alpages – ne sont plus neutres. Ils deviennent temporairement des zones d'exclusion armées, sans avertissement ni protection systématiques pour les usagers. Il ne s'agit pas d'un effet secondaire de la chasse de loisir ; c'est une caractéristique essentielle.
Plus d'informations à ce sujet : Un homme meurt à Harchies et l'Europe détourne le regard ; dossier sur la chasse et le bien-être animal
Le spectre de l'Europe : ce que les données ne révèlent pas
Tous les chiffres disponibles sur les décès liés à la chasse en Europe sont sous-estimés. Il ne s'agit pas d'une affirmation, mais d'un fait méthodologique résultant de plusieurs facteurs. Premièrement, seule la France recense systématiquement et exhaustivement les accidents de chasse par le biais d'un organisme gouvernemental. Tous les autres pays s'appuient sur des analyses médiatiques, des données d'assurance, des demandes de transparence ou des documents d'ONG – des sources structurellement incomplètes.
Deuxièmement, les définitions varient. Ce qui est considéré comme un « accident de chasse » en France peut être classé comme « accident d’arme à feu », « activité de chasse », « accident de loisirs », ou ne pas être enregistré du tout en Espagne, en Allemagne ou en Suisse. Les chutes et les trébuchements survenant pendant la saison de chasse, dus à la pression du temps, à l’obscurité ou au terrain, n’apparaissent souvent pas comme des « accidents de chasse » dans les statistiques de l’assurance accidents suisse, même s’ils y sont liés. Troisièmement, les retraités, les enfants, les travailleurs indépendants et les autres groupes non couverts par l’assurance obligatoire sont presque totalement absents des statistiques nationales. Les plus de 60 ans sont surreprésentés, notamment dans la chasse de loisir.
Ce qu'un registre européen complet révélerait peut être déduit des données fragmentaires disponibles : des centaines de morts par décennie, des milliers de blessés, des dizaines de milliers de dégâts matériels, une proportion croissante de victimes innocentes parmi les passants – et un lobby qui parvient à empêcher la compilation et la publication de ces chiffres dans leur intégralité. La demande d'un registre à l'échelle de l'UE n'est donc pas bureaucratique, mais démocratique : ceux qui ne mesurent pas les risques ne peuvent en être tenus responsables.
Lire la suite : Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels et mythes liés à la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
Qu'est-ce qui devrait changer ?
Premièrement : un registre européen standardisé des accidents de chasse. La Commission européenne tient à jour des statistiques détaillées sur les accidents de la route, du travail et de la consommation. Il n’existe aucun équivalent pour les accidents de chasse. Un système de déclaration obligatoire et standardisé au niveau de l’UE – avec des définitions uniformes, des systèmes de catégorisation et une obligation de publication – est la condition préalable essentielle pour mettre en lumière l’ampleur structurelle du problème.
Deuxièmement : une obligation nationale de déclaration pour tous les accidents de chasse ayant entraîné des blessures. En Suisse, en Allemagne, en Espagne, en Italie et dans d’autres pays européens, les accidents de chasse ayant causé des blessures doivent être déclarés immédiatement et intégralement à une autorité centrale, indépendamment du statut d’assurance des personnes impliquées. Cette obligation de déclaration s’applique également aux accidents survenus hors saison de chasse et aux accidents impliquant des armes de chasse dans un contexte récréatif.
Troisièmement : Signalisation publique des zones réglementées pendant la saison de chasse. Lors des battues et des chasses en haute altitude, les zones concernées doivent être clairement et publiquement balisées pendant toute la durée de l’événement. Le droit à la libre circulation dans l’espace public ne s’arrête pas là où un groupe de chasseurs armés y pénètre. Les sentiers de randonnée, les zones de loisirs et les forêts publiques ne sont pas des réserves de chasse.
Quatrièmement : Réforme de la responsabilité. Quiconque, en tant que chasseur de loisir ou organisateur de chasse, blesse ou tue des personnes par négligence doit être tenu pleinement responsable en vertu du droit civil, y compris pour le préjudice psychologique, les frais consécutifs et les dommages causés aux animaux domestiques. La législation actuelle de nombreux pays privilégie la chasse de loisir par rapport aux autres activités de loisirs impliquant des armes.
Cinquièmement : Assurance et certifications de sécurité obligatoires. L’obtention d’un permis de chasse doit être conditionnée, dans toute l’Europe, par une certification de sécurité à jour : stages de recyclage réguliers, tests de tir et évaluations d’aptitude psychologique. Toute personne portant une arme mortelle en public doit prouver sa compétence, et ce, pas seulement lors de sa formation initiale à la chasse.
Sixièmement : Interdiction des battues et des chasses en groupe les dimanches et jours fériés. En France et en Italie, des propositions visant à interdire la chasse les dimanches et jours fériés ont déjà été débattues au Parlement. La raison est simple : ces jours-là, de nombreuses personnes fréquentent les espaces publics pour leurs loisirs, et le risque de croiser une chasse de loisir est donc maximal. Une sortie en forêt le dimanche ne devrait pas présenter de risque pour la sécurité.
Argumentation
« Les accidents de chasse sont rares – les statistiques montrent une tendance positive. » Cette tendance prétendument positive repose sur des données structurellement incomplètes. Les retraités, les travailleurs indépendants et d'autres groupes non couverts par l'assurance obligatoire sont absents de la quasi-totalité des statistiques nationales. En France, seul pays disposant d'une collecte de données véritablement exhaustive, le nombre d'accidents mortels a presque doublé lors de la saison 2024/2025 par rapport aux deux années précédentes. Quiconque parle d'une tendance positive décrit une partie de la réalité, et non la réalité dans son intégralité.
« La plupart des victimes sont elles-mêmes des chasseurs – c’est un risque qu’elles prennent volontairement. » Premièrement, cela est faux pour une proportion croissante de victimes : selon le dossier de l’AVC, au moins 13 personnes sont mortes en Italie en 2025/2026 sans aucun lien avec la chasse. En France, 16 personnes non chasseuses ont été blessées par balle. Deuxièmement, même si les chasseurs prennent des risques entre eux, ils le font dans des espaces publics – des espaces que d’autres utilisent également sans y être invités.
« Les formations modernes et les réglementations en matière de sécurité ont considérablement réduit le nombre d'accidents. » Si cela est vrai, pourquoi n'existe-t-il pas de statistiques complètes et accessibles au public sur les accidents dans aucun pays européen autre que la France ? L'affirmation selon laquelle le nombre d'accidents est en baisse ne peut être vérifiée en l'absence de données. Et lorsque des données sont disponibles – par exemple, en France pour 2024/2025 – elles contredisent cette affirmation.
Les accidents de chasse ne sont pas comparables aux accidents de la route : ils sont trop rares pour avoir une incidence politique. En France, durant la saison 2024/2025, 58 habitations, 27 véhicules et 50 animaux domestiques ont été officiellement recensés comme ayant été la cible de tirs. Il s’agit d’incidents de dommages matériels en zones habitées, indépendamment du fait qu’il y ait eu des blessés. Si un nombre équivalent d’habitations étaient visées par des tirs lors d’une autre activité de loisirs armée, la question deviendrait immédiatement un enjeu politique. La différence ne réside pas dans l’ampleur du phénomène, mais dans son acceptation sociale.
« Nous-mêmes, la sécurité nous importe – le lobby de la chasse y travaille activement. » La Fédération italienne de la chasse (Federazione Italiana della Caccia) a obtenu du ministère italien de l'Environnement la révocation du statut protégé de l'AVC – le document le plus important du pays concernant les victimes. Il ne s'agit pas de sécurité, mais de censure.
« La chasse est bien réglementée en Suisse. » Pourtant, les statistiques de l’assurance accidents de chasse excluent systématiquement de larges pans de la population – notamment les chasseurs de loisir retraités – du recensement des accidents. Il n’existe aucune obligation légale de déclarer les blessures et les décès à la chasse en dehors du système d’assurance. Le nombre réel d’accidents et de décès à la chasse est donc bien supérieur aux chiffres officiels, dans un pays qui se targue de défendre le bien-être animal.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels ;
Victimes de la chasse en Italie : Le dossier AVC 2025/2026 ;
Un homme meurt à Harchies et l’Europe détourne le regard ;
Accident de chasse mortel en Espagne : Un coup de feu qui devrait secouer l’Europe ;
Une initiative réclame des gardes-chasse à la place des chasseurs ;
La Suisse pratique la chasse, mais pourquoi encore ? ;
Chasse et cruauté envers les animaux
; Les chasseurs amateurs et leur plaisir de la cruauté envers les animaux
Dossiers connexes :
La chasse en Suisse : vérification des faits, méthodes de chasse, critiques.
Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique.
Psychologie de la chasse.
Chasse et bien-être animal : conséquences de cette pratique sur les animaux sauvages.
Chiens de chasse : utilisation, souffrance et bien-être animal.
Animaux sauvages, peur de la mort et absence d’étourdissement.
Chasses en battue en Suisse.
Photos de chasseurs : deux poids, deux mesures, dignité et angles morts de la chasse récréative.
Chasse en haute altitude en Suisse.
Alternatives à la chasse : ce qui aide réellement sans tuer d’animaux.
Sources externes :
Office français de la biodiversité (OFB) : Statistiques des accidents de chasse 2024-2025 ;
ASPAS : Analyse des accidents de chasse 2024/2025 ;
Association des victimes de la chasse (AVC) / I-Care Italia ;
Maldita.es : Accidents de chasse en Espagne 2007-2020 (Espagne, données de la Guardia Civil) ;
Servimedia : 125 décès et 729 blessés en Espagne dus à la chasse 2007-2022 ;
PETA : Chronique des accidents de chasse en Allemagne, en Autriche et en Suisse
; Correctiv : Vérification des faits concernant 130 décès causés par des chasseurs en Allemagne ;
Université d’Urbino : Analyse médiatique des accidents de chasse en Italie ;
Étude : Accidents de chasse impliquant des armes à feu en Croatie 2000-2009 (SEEFOR, 2025)
; BFU/SUVA : Accidents de chasse en Suisse (PDF)
Notre revendication
Les accidents de chasse en Europe ne constituent pas un risque résiduel inévitable d'une activité de loisir inoffensive. Ils sont la conséquence prévisible d'activités armées de masse, sans contrôle étatique suffisant, sans coordination européenne et sous l'influence d'un lobby qui, depuis des décennies, empêche le public de prendre la mesure réelle du problème. La France montre ce qui est possible lorsqu'un État recense et publie intégralement les accidents. Les chiffres français sont alarmants. Dès lors, les conclusions d'un recensement européen complet sont prévisibles.
La première et la plus urgente conséquence est politique : la mise en place d’un registre européen standardisé des accidents de chasse, associée à des obligations nationales de déclaration, à une signalétique publique indiquant les zones réglementées et à une réforme de la responsabilité civile protégeant efficacement les victimes innocentes. La seconde conséquence est sociétale : la chasse de loisir est une activité de loisir armée pratiquée dans l’espace public. Il ne s’agit pas d’un domaine privilégié échappant au contrôle de l’État par simple tradition. Là où des personnes meurent et où des habitations sont visées par des tirs, la transparence n’est pas une option, mais une exigence démocratique minimale. Ce dossier sera régulièrement mis à jour en fonction des nouvelles données, des décisions de justice ou de l’évolution de la situation politique.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.