5 avril 2026, 20:07

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Chasse

Comment la Suisse continue d'abattre des renards la nuit et ce que Genève fait mieux depuis longtemps

Depuis le 1er février 2025, une interdiction officielle de la chasse nocturne en forêt est en vigueur dans toute la Suisse. La Confédération promet davantage de tranquillité pour les animaux sauvages, moins de dérangement et plus de respect envers l'habitat forestier. Dans les communiqués de presse, cela sonne comme une avancée pour la protection des animaux. Dans la pratique, rien ne change pour les renards et autres prédateurs.

Rédaction Wild beim Wild — 1er décembre 2025

Car dans le même souffle par lequel le Conseil fédéral interdit la chasse nocturne en forêt, il ouvre une porte dérobée : la chasse à l'affût des carnassiers chassables en hiver reste autorisée, notamment pour le renard, le blaireau, la martre et les néozoaires tels que le raton laveur.

Tandis que sur les rives de la Limmat, dans la vallée du Rhin ou dans les vallées grisonnes, les chasseurs amateurs sont toujours autorisés à viser des renards la nuit, un petit canton démontre depuis des décennies qu'une autre voie est possible : Genève. Lors de la dernière saison de chasse, exactement zéro renard n'y a été abattu pour le plaisir de chasseurs amateurs, car ce type de chasseurs problématiques n'existe tout simplement plus.

Interdiction de la chasse nocturne en Suisse : protection dans le titre, exception dans les petits caractères

Le Conseil fédéral justifie l'interdiction de la chasse nocturne par le fait que de nombreux animaux sauvages étaient à l'origine actifs le jour ou au crépuscule, mais ont été de plus en plus contraints de se réfugier dans la nuit sous l'effet de la pression des loisirs, de l'utilisation intensive des terres et de la chasse de loisir. Interdire la chasse nocturne en forêt devrait offrir à ces animaux davantage de tranquillité, au moins dans l'obscurité.

Mais le même article de l'ordonnance sur la chasse précise :

  • La chasse est interdite en forêt pendant la nuit (d'une heure après le coucher du soleil jusqu'à une heure avant le lever du soleil).
  • En sont exemptées la chasse à l'affût des carnassiers chassables en hiver, notamment le renard, le blaireau, la martre et le raton laveur.
  • Les cantons peuvent en outre accorder des dérogations lorsqu'ils souhaitent prévenir de prétendus dégâts causés par la faune sauvage.

Ce qui est présenté comme une mesure de protection est donc une interdiction avec une faille intégrée précisément là où se concentre la passion cynégétique de nombreux chasseurs de loisir : le renard.

La passée : standard suisse pour la traque nocturne du renard

La passée est la forme typique de la chasse nocturne hivernale au renard en Suisse. Les défenseurs de la faune sauvage la décrivent ainsi : les animaux sont attirés vers des points d'agrainage avec des appâts tels que de la nourriture pour chats ou chiens, des déchets de chasse et des abats, y sont habitués aux structures humaines, puis abattus en toute confiance.

Plusieurs réglementations cantonales attestent clairement de l'étendue de cette pratique :

  • Le canton des Grisons mentionne expressément le renard, le blaireau et la martre parmi les espèces pouvant être chassées à la passée.
  • Le canton d'Argovie précise sans ambiguïté dans une circulaire de 2025 que l'interdiction de la chasse nocturne en forêt s'applique certes de manière générale, mais que la passée aux carnassiers tels que le renard, le blaireau et la fouine en hiver en est exemptée.
  • Les documents de formation cynégétique résument ainsi la situation en droit fédéral : la chasse nocturne en forêt au sanglier ainsi qu'au renard et à la martre reste autorisée en février 2025.

Il apparaît ainsi clairement que ce n'est pas un seul canton, mais la pratique cynégétique dans une grande partie de la Suisse qui repose précisément sur cette dérogation qui exclut le renard du concept de «repos nocturne» mis en avant.

Zurich, Grisons, reste de la Suisse : calme officiel, champ libre dans les faits

Qu'il s'agisse de Zurich, des Grisons, de Soleure ou d'Argovie : le schéma se répète.

  • Officiellement, l'interdiction de la chasse nocturne en forêt s'applique partout.
  • Dans les prescriptions cantonales d'exploitation de la chasse, les périodes de chasse sont définies de sorte que la chasse de plaine se déroule de jour, tandis que la passée couvre l'hiver et les nuits.
  • Les carnassiers sont expressément désignés comme groupe cible dans le cadre de la passée.

Pour les renards, cela signifie :

  • De jour, ils sont abattus dans de nombreux cantons dans le cadre de la chasse de plaine.
  • La nuit, des chasseurs de loisir sont postés aux points d'agrainage en lisière et dans la forêt, attendant les «carnassiers» que la réglementation libère expressément en dépit de toute protection supposée.

Le renard devient ainsi un animal dans un no man's land juridique : volontiers présenté publiquement comme porteur de problèmes, défini dans la loi comme exception à la protection et constamment dans le viseur dans la pratique.

Genève : Zéro renard pour les chasseurs de loisir, et pourtant ça fonctionne

Le canton de Genève démontre depuis plus de 50 ans qu'une autre politique est possible.

  • En 1974, la population a voté en faveur d'une interdiction générale de la chasse pour les chasseurs de loisir privés. La chasse milicienne a été abolie.
  • Depuis lors, il n'existe plus de chasse de loisir. La régulation des populations de faune sauvage est assurée par des gardes-faune professionnellement formés du canton, dans le cadre d'une gestion étatique de la faune sauvage.
  • Les renards, blaireaux et martres ne sont pas considérés comme des espèces chassables à Genève. Il n'existe pas de chasse de loisir en cours ; les interventions ne sont effectuées qu'en cas de besoin par la garde-faune cantonale dans le cadre de tirs spéciaux.

Concrètement, cela signifie :

Lors de la dernière saison de chasse, exactement zéro renard a été abattu pour le plaisir à Genève, car il n'y a plus de chasseurs de loisir depuis 1974. Lorsqu'une intervention est nécessaire, elle est ciblée et réalisée par des gardes-faune étatiques, et non comme passe-temps.

Le bilan après des décennies sans chasse de loisir est sans équivoque :

  • La biodiversité a nettement augmenté. Selon les évaluations, Genève abrite plus de 20’000 espèces animales, malgré une superficie réduite et une forte densité de population.
  • Les oiseaux aquatiques et autres animaux sauvages bénéficient visiblement de l'absence de perturbations liées à la chasse de loisir.

Tandis que le lobby de la chasse aime à présenter Genève comme un cas particulier, le canton est régulièrement cité dans les milieux de protection animale comme exemple démontrant que les populations de faune sauvage se régulent largement d'elles-mêmes, tant que l'être humain ne les soumet pas à un tir continu avec fusil et chien.

Ce que toute la Suisse pourrait apprendre de Genève

Plutôt que d'orner une interdiction de la chasse nocturne de règles d'exception cynégétiques, la Suisse pourrait s'inspirer de Genève. Des mesures concrètes seraient possibles sans que le ciel ne s'effondre ou que la forêt n'implose.

1. Interdiction de la chasse nocturne sans échappatoire pour le renard

  • Suppression de l'exception pour la chasse à l'affût au gibier prédateur de l'ordonnance fédérale sur la chasse.
  • Règle claire : pas de chasse nocturne en forêt, y compris pour le renard, le blaireau ou la martre.
  • Pas d'autorisations spéciales pour les chasseurs problématiques lorsque de meilleures mesures non létales sont disponibles.

2. Abandon de la chasse au renard

Les connaissances épidémiologiques et écologiques modernes montrent que la chasse au renard ne permet pas de contenir de manière fiable ni la rage ni l'échinococcose alvéolaire, mais qu'elle déstabilise plutôt les populations et amplifie les mouvements migratoires.

La conséquence logique serait :

  • Abandon progressif de la chasse au renard dans tous les cantons.
  • Priorité à l'hygiène, à l'élimination des déchets d'abattage, à la protection des animaux domestiques et de rente ainsi qu'à l'information de la population, plutôt qu'à la frénésie de tir.
  • Suivi des populations de renards par des services spécialisés indépendants, et non par le lobby qui profite de la chasse.

3. Gardes-faune professionnels plutôt que chasse de loisir

Genève démontre que des gardes-faune professionnellement formés peuvent effectuer des interventions ciblées et transparentes lorsque cela s'avère exceptionnellement nécessaire.

Un modèle pour le reste de la Suisse pourrait être le suivant :

  • Réduction de la chasse milicienne et transition progressive vers des gardes-faune employés par les cantons.
  • Séparation entre exécution, recensement des populations et représentation des intérêts, afin que les mêmes acteurs ne soient pas simultanément chargés de compter, de chasser et de faire de la politique.
  • Rapports publics sur les interventions, leur nécessité et leur efficacité, plutôt que des tableaux de tir opaques.

4. Une politique de la faune sauvage fondée sur des objectifs clairs, non sur les desiderata des chasseurs

Une politique crédible en matière de faune sauvage doit s'orienter vers des objectifs tels que la biodiversité, le bien-être animal et la minimisation des conflits, et non vers la question de savoir quelles espèces produisent les «palmarès de chasse» les plus «atrrayants».

Cela signifierait :

  • Des lignes directrices écologiques au niveau fédéral, qui ne soient pas vidées de leur substance par des exceptions cynégétiques.
  • Renonciation à la chasse ludique et à la chasse aux trophées, en particulier sur les prédateurs tels que le renard et le blaireau.
  • Participation de spécialistes indépendants et d'organisations de protection des animaux à l'élaboration des stratégies cynégétiques et faunistiques.

Genève prouve que «zéro renard pour les chasseurs de loisir» fonctionne

Depuis février 2025, la Suisse se targue d'une interdiction de la chasse nocturne en forêt. Pour les renards, cela ne représente guère plus qu'un artifice sur le papier dans de nombreux cantons. L'exception de la chasse à poste fixe fait en sorte que les animaux les plus fortement persécutés continuent d'être abattus la nuit aux postes d'affût.

Genève montre depuis un demi-siècle comment les choses peuvent se passer autrement : pas de chasse de loisir, une garde-faune professionnelle, une priorité claire accordée à la biodiversité et au bien-être animal. Résultat : lors de la dernière saison de chasse, exactement zéro renard n'y a été tué pour le plaisir par des chasseurs de loisir, car ce «loisir» a été aboli.

Si le Conseil fédéral et les cantons sont sincères quant à la tranquillité en forêt et au respect de la faune sauvage, la voie à suivre est claire : moins de chasse milicienne, pas de chasse nocturne aux renards, plus de Genève et moins de romantisme de la chasse à poste fixe. Tout le reste relève du marketing, non de la protection des animaux.

Luxembourg : l'interdiction de la chasse au renard comme test de réalité

Le Luxembourg représente un test de réalité supplémentaire pour la Suisse. La chasse au renard y est interdite depuis le 1er avril 2015, et le renard a été retiré de la liste des espèces chassables. Les scénarios catastrophistes brandis par le lobby de la chasse pour combattre toute restriction ne se sont pas réalisés. Ni une «explosion de renards» ni une épidémie n'ont déferlé sur le pays. Au contraire : l'administration compétente et les données de monitoring analysées indiquent que les populations ont évolué de manière stable et qu'il n'existe aucune situation d'urgence en matière de politique cynégétique.

Le regard porté sur l'échinococcose alvéolaire est particulièrement révélateur. Avant l'introduction de l'interdiction de chasse, environ 40 % des renards examinés étaient infectés ; quelques années plus tard, ce taux était d'environ 20 %. La chasse aux renards n'a donc pas empêché la maladie, et l'interdiction ne l'a pas aggravée. En 2024, le gouvernement luxembourgeois a expressément confirmé l'interdiction et déclaré que l'évolution de la situation sanitaire ne justifiait pas la réouverture de la chasse au renard. Alors que dans des régions voisines comme la Sarre, des dizaines de milliers de renards ont été abattus durant la même période sans influence mesurable sur la densité des populations, le Luxembourg démontre que l'absence de chasse peut constituer une gestion efficace.

Pour le débat suisse, cela est d'une clarté inconfortable : une interdiction permanente de la chasse au renard est possible, ne conduit pas au chaos et prive les arguments alarmistes habituels du lobby de la chasse de tout fondement. Avec Genève, le Luxembourg prouve que «zéro renard pour les chasseurs amateurs» n'est pas le rêve de défenseurs des animaux, mais une pratique depuis longtemps établie dans un pays européen voisin, dans le canton de Genève et dans de nombreux parcs nationaux.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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