9 mai 2026, 07h25

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Chasse

Ce que la chasse de loisir coûte au contribuable : une facture que personne ne présente ouvertement

Qui paie réellement pour les conséquences de la chasse de loisir ? La réponse sobre est : la collectivité. Et ce, dans un ordre de grandeur qui n'est presque jamais mis sur la table dans le débat public. Lorsque les associations parlent de « tradition » et de « gestion cynégétique », elles ne parlent jamais de la facture qui se trouve au bas de la table. Cette facture doit ici être étalée au grand jour.

Rédaction Wild beim Wild — 9 mai 2026

Environ la moitié de la forêt suisse remplit une fonction de protection, soit quelque 6000 kilomètres carrés.

La Confédération, les cantons et les bénéficiaires mettent chaque année à disposition environ 150 millions de francs pour l'entretien des forêts de protection. La Confédération à elle seule supporte 40 pour cent de ces coûts, soit près de 60 millions de francs par an. En Valais et au Tessin, près de 90 pour cent des forêts sont considérées comme des forêts de protection.

Ces moyens sont en principe judicieux. La forêt de protection empêche les avalanches, les chutes de pierres et les laves torrentielles, et elle est dix fois moins coûteuse que les ouvrages techniques. Mais une part considérable de ces coûts n'est pas naturelle ; elle est la conséquence du système qui, pendant des décennies, a produit artificiellement des effectifs d'ongulés excessifs.

Quand l'abroutissement devient un risque se chiffrant en milliards

Les données officielles sont sans équivoque. La part de la forêt de protection présentant très peu de régénération a augmenté au cours des dix dernières années et atteint désormais 30 pour cent de la surface de forêt de protection, 34 pour cent dans les Alpes, et même 41 pour cent sur le versant sud des Alpes. La Confédération désigne comme cause principale « l'abroutissement toujours élevé des jeunes arbres par les chevreuils, les cerfs et les chamois ». Précisément les effectifs que la chasse de loisir prétend réguler tout en les produisant elle-même de manière déterminante.

Les conséquences financières sont énormes. Un seul cas exemplaire issu de Disentis aux Grisons (Runfoppa) montre que, pour garantir l'effet protecteur dans une zone restreinte, des investissements d'environ 180’000 francs en mesures de prévention des dégâts de gibier sont déjà nécessaires. Extrapolé à toutes les forêts de protection concernées, nous parlons de montants à deux chiffres, à terme à trois chiffres en millions. La forêt grisonne risque de s'engager dans une évolution où, sans mesures correctives, les coûts des ouvrages de protection pourraient atteindre des milliards.

Indemnisations pour dégâts de gibier puisées dans les caisses de l'État

À cela s'ajoutent les indemnisations directes pour dégâts de gibier. Dans le seul petit canton de Thurgovie, les dépenses annuelles pour les dégâts de gibier aux forêts et aux cultures agricoles se sont élevées en moyenne à environ 432’000 francs ces cinq dernières années, et à près de 440’000 francs en 2023. Extrapolé aux 26 cantons, nous parlons de montants à deux chiffres en millions par an, supportés par les agriculteurs, les propriétaires forestiers et, en fin de compte, les contribuables.

Les chasseurs de loisir y participent de manière symbolique. En Thurgovie, les sociétés de chasse contribuent à hauteur de 15 pour cent des dégâts causés par les cerfs, les sangliers et les blaireaux. En Argovie, la participation des associations de chasse est plafonnée à un maximum de 25 pour cent de leur fermage. Le reste est pris en charge par le canton, donc par la collectivité.

25 millions de francs de dégâts matériels dus aux accidents avec la faune

La chasse de loisir défend le niveau artificiellement élevé des populations de gibier en avançant également l'argument de la « régulation des effectifs ». Les statistiques démontrent le contraire. En Suisse, en moyenne, une voiture entre en collision avec un chevreuil chaque heure. Il en résulte 20 000 animaux accidentés sur la route chaque année. 60 personnes sont blessées dans ces accidents et les dégâts matériels s'élèvent à 25 millions de francs. Les assurances paient, les primes sont payées par tous.

Des gardes-faune en intervention permanente, financés par tous

L'exemple tessinois montre à quel point la charge de travail étatique augmente dès que la chasse de loisir ne remplit plus sa prétendue mission centrale. Les 22 gardes-faune tessinois ont consacré 1200 heures aux tirs individuels de loups et 1’900 heures supplémentaires entre septembre et janvier pour la régulation des meutes. Au final, seuls six loups ont été abattus, malgré quatre arrêtés cantonaux de tir et l'autorisation de tuer jusqu'à 20 jeunes animaux. 3’100 heures de travail étatique rémunéré pour six prédateurs morts. À un coût complet réaliste d'environ 100 francs de l'heure pour les gardes-faune, cela représente près de 310’000 francs d'argent du contribuable, rien que pour cette régulation des loups dans un seul canton et au cours d'une seule saison.

Ces chiffres sont remarquables, car les chasseurs de loisir eux-mêmes n'abattent pas les loups. Le président de la fédération des chasseurs de loisir, Davide Corti, dit ouvertement que le chasseur de loisir ordinaire ne peut pas être la solution au « problème du loup ». Traduit, cela signifie : la garde-faune étatique devient l'atelier de réparation d'un système que la chasse de loisir a elle-même déstabilisé, en combattant politiquement les prédateurs naturels pendant des décennies.

Ce que la chasse de loisir rapporte à l'État : presque rien

À cela s'opposent les recettes du système de la chasse de loisir. Les redevances de patente, les loyers d'affermage et les contributions de gestion des sociétés de chasse sont marginaux en chiffres absolus. Ils ne couvrent les coûts directs et indirects induits dans aucun canton. Les sociétés de chasse participent aux dégâts dus au gibier à hauteur de quelques pour cent à un chiffre, aux coûts liés à la forêt protectrice pratiquement pas du tout, et aux dégâts routiers absolument pas. La chasse de loisir est un bénéficiaire net de subventions publiques, et non le partenaire payeur qu'elle aime à se présenter.

S'y ajoutent d'autres subventions indirectes : rien que pour la surveillance dans les zones protégées, la Confédération octroie 2,5 millions de francs par an, et nouvellement 2 millions de francs supplémentaires pour les mesures de protection liées aux prédateurs. Ce sont des moyens qui ne seraient pas nécessaires à cette hauteur sans les effectifs de gibier artificiellement gonflés depuis des décennies et sans le combat politique contre le loup et le lynx.

Les prédateurs travaillent gratuitement. 24 heures sur 24.

C'est là que se situe le point décisif pour chaque contribuable. Une meute de loups régule les effectifs d'ongulés de manière durable, sélective et sans un centime de salaire. Les loups sont en action 365 jours par an, ils sélectionnent de préférence les animaux faibles, malades et vieux et contribuent ainsi à la santé des populations. Ils répartissent la pression sur la forêt, car les proies modifient leur comportement et ne stationnent pas des heures durant sur la même surface de régénération. Ils créent des charognes pour les charognards et stimulent les cycles de nutriments. Des études menées à Yellowstone et à Banff montrent que le retour des loups a entraîné une diminution spectaculaire des dégâts d'abroutissement en forêt.

En d'autres termes : ce que la Suisse doit aujourd'hui compenser en partie avec 150 millions de francs pour l'entretien des forêts protectrices, des millions d'indemnités pour dégâts de gibier, des milliers d'heures de gardes-faune et 25 millions de dégâts matériels dans la circulation routière, serait assuré gratuitement et mieux par une population intacte de prédateurs. Une meute de loups n'a, sur une année, ni charges sociales, ni déficit de caisse de pension, ni frais professionnels.

Il en va de même pour le lynx, qui régule avec précision les chevreuils dans les forêts denses, c'est-à-dire précisément là où les chasseurs de loisir n'arrivent pas. Le lynx ne provoque ni accidents de la circulation, ni indemnités pour dégâts de gibier, ni ouvrages de protection.

Le bilan que personne ne dresse

Si l'on additionne les postes, on obtient le tableau suivant. Le contribuable paie aujourd'hui pour un système qui produit des effectifs de gibier excessifs, en combat les conséquences et lutte en même temps contre les acteurs qui résoudraient le problème par voie naturelle. Une estimation prudente aboutit facilement, pour la Suisse, à un ordre de grandeur de plusieurs centaines de millions de francs par an de coûts directement ou indirectement imputables au système de la chasse de loisir : part de l'entretien des forêts protectrices liée à l'abroutissement, indemnités pour dégâts de gibier, mesures de prévention, interventions des gardes-faune pour la régulation des prédateurs, dommages causés à la circulation, subventions pour les plans de protection des troupeaux, recherche sur la résolution des conflits.

Face à cela, les recettes des patentes et des baux de chasse ne représentent qu'une petite fraction de cette somme. La chasse de loisir coûte au contribuable suisse plus qu'elle ne rapporte. Beaucoup plus.

Lorsque le lobby de la chasse de loisir en Suisse défend son existence, un argument précis finit toujours par tomber : « Nous payons bien des patentes, nous nous finançons nous-mêmes. » L'inspecteur de la faune genevois Gottlieb Dandliker a déjà démonté cet argument en 2013, lors d'une conférence à l'Université de Bâle, en une seule phrase. Et ce, non par la polémique, mais par une comptabilité administrative dépassionnée.

L'idée selon laquelle les chasseurs et pêcheurs de loisir « financeraient eux-mêmes » leur hobby repose sur une simple confusion. Les patentes ne couvrent qu'une fraction des coûts d'administration, de surveillance, des dommages et des conséquences. Il s'agit d'une redevance pour une autorisation, et non d'une contribution couvrant les coûts complets.

Ce qui doit changer pour que le contribuable en profite

Laisser les prédateurs faire leur travail. Le loup, le lynx et l'ours ne sont pas des concurrents des gardes-faune cantonaux, mais leur renfort le plus économique. Chaque meute de loups stable supplémentaire réduit à moyen terme les coûts liés aux forêts protectrices et les dégâts de la circulation.

Introduire le principe du pollueur-payeur. Lorsque les associations de chasse de loisir font du lobbying politique contre les prédateurs et transforment ainsi les gardes-faune cantonaux en substitut coûteux, elles doivent assumer une part proportionnelle des coûts supplémentaires. Cela vaut également pour les conséquences sur les forêts protectrices dues à des effectifs trop élevés.

Comptabilité transparente des coûts complets. Chaque canton devrait publier une fois par an le coût total du système de chasse de loisir, de l'entretien des forêts protectrices en raison de l'abroutissement, des indemnisations pour dégâts causés par le gibier, des dégâts de la circulation et des interventions des gardes-faune pour la régulation des prédateurs. La population a droit à ce chiffre.

Étendre les zones protégées et les zones de tranquillité pour la faune. Le modèle genevois et le Parc national suisse démontrent depuis des décennies que la nature sans chasse de loisir ne coûte pas plus cher, mais moins. Des effectifs stables, moins d'abroutissement, plus de biodiversité, des coûts induits plus bas.

Conclusion

Pendant des décennies, on a laissé croire à la population que la chasse de loisir était une contribution des particuliers à la collectivité. Les chiffres racontent une autre histoire : il s'agit d'un loisir dont la collectivité supporte les coûts induits. Celui qui paie 150 millions de francs pour l'entretien des forêts protectrices, 25 millions de dégâts matériels lors d'accidents avec du gibier, des indemnisations pour dégâts du gibier se chiffrant en millions, et des milliers d'heures de gardes-faune pour combattre les seuls régulateurs gratuits, paie pour un système qui lui reviendrait moins cher sans les chasseurs de loisir. Les prédateurs travaillent gratuitement. Ils ne sont pas une menace pour le contribuable, mais son allègement le plus efficace. Ce message doit figurer dans chaque débat, chaque votation et chaque analyse des coûts relative à la politique suisse de la faune sauvage.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous regroupons fact-checks, analyses et reportages d'arrière-plan.

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